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Cet article est issu du dossier «Gabon : enfin la relance ?»

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Économie

Gabon : éclaircie pour les entreprises françaises

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Mis à jour le 20 décembre 2019 à 15h58
Site de la SEEG (filiale de Veolia réquisitionnée par l'État gabonais) au barrage de Tchimbele (Gabon), le 12 juillet 2014

Site de la SEEG (filiale de Veolia réquisitionnée par l'État gabonais) au barrage de Tchimbele (Gabon), le 12 juillet 2014 © Photothèque Veolia/Christophe Majani d'Inguimbert

Après trois ans de bras de fer, les relations d’affaires entre Libreville et Paris s’apaisent et reprennent sur de meilleures bases, avec l’arrivée de nouveaux investisseurs.

La saisie manu militari, le 16 février 2018, de la Société d’eau et d’énergie du Gabon (SEEG), filiale gabonaise du groupe français Veolia, pour cause de différend technique et financier avec le gouvernement avait fait l’effet d’un coup de tonnerre dans les milieux économiques. Pour d’autres raisons, et au même moment, d’autres groupes français avaient annoncé leur départ du Gabon, notamment Bouygues Energie Services, Veritas et Sodexo.

Renforcer des liens distendus

Une sorte de psychose en est résultée chez les investisseurs et les entrepreneurs originaires de l’Hexagone. Libreville allait-il discriminer les intérêts français ? Allait-il même leur faire la chasse ? Et puis, la France a apporté des facilitations qui ont aidé le Gabon à solder une partie de ses arriérés. Un colloque sur les opportunités économiques du pays, organisé le 29 mars 2019 au Sénat, à Paris, a contribué à renforcer les liens qui s’étaient distendus entre le Gabon et la France.

Chaque fois que je rencontre le Premier ministre, il me demande de promouvoir la venue d’investisseurs français sur le territoire gabonais

« Si je m’en tiens au discours introductif que le Premier ministre gabonais a prononcé lors d’un déjeuner de travail que, nous, membres du Conseil du commerce extérieur de la France (CCEF), avions organisé le 7 octobre en présence de neuf ministres de son gouvernement, les entreprises françaises sont attendues et sont les bienvenues au Gabon », souligne Didier Lespinas, président du Comité Gabon du CCEF et directeur du fonds d’investissement DBL Africa, basé à Libreville. « Chaque fois que je rencontre le Premier ministre, il me demande de promouvoir la venue d’investisseurs français sur le territoire gabonais. »

Changement de paradigme

Pour Étienne Giros, président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian), la situation s’éclaircit. « Nous sortons d’une période morose qui ne s’expliquait pas seulement par l’affaire Veolia, affirme-t-il. Les impayés ont découragé certaines entreprises. Dans leur recherche de moyens pour boucher les trous du budget de l’État, les autorités ont multiplié les redressements fiscaux, qui ont été vécus comme un harcèlement prédateur. Enfin, il y a eu des demandes d’indemnités délirantes lorsque les entreprises ont dû réaliser des plans sociaux pour survivre à la crise. Mais il y a des signes de rapprochement qui vont dans le bon sens, et je n’aurais pas dit cela il y a un an. »

Je ne ressens aucune discrimination ni aucune stigmatisation de la part des Gabonais

Ces témoignages sont confirmés par Francis Rougier, PDG du holding du même nom, qui exploite depuis des décennies des forêts au Gabon, au Cameroun et au Congo-Brazzaville. « Je ne ressens aucune discrimination ni aucune stigmatisation de la part des Gabonais, témoigne-t-il. Que ce soit en matière de climat des affaires comme de paiements d’arriérés, le Gabon me semble le pays le moins compliqué de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale [Cemac].

Il y existe désormais une vraie concurrence, face à laquelle les entreprises françaises ne sont pas toujours les mieux placées. » Effectivement, un changement de paradigme est en train de se produire dans l’économie gabonaise, qui dépendra de moins en moins d’un État désargenté et de plus en plus de la logique entrepreneuriale. Le poids de la France y est toujours considérable, avec 28 % de parts de marché, quoique loin, cependant, des 50 % enregistrés il y a dix ans.

Belles retombées

Les vétérans que sont Eramet, dans le manganèse, ou Rougier, dans le bois, resteront les entreprises françaises phares actives dans le pays. Mais l’on voit apparaître de nouveaux acteurs, qui sont indemnes des pratiques anciennes et devraient accélérer la mue des investissements français. Filiale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) française et de l’Agence française de développement (AFD), Stoa Infra & Energy a annoncé le 8 novembre l’acquisition de 10 % du capital de GSEZ Ports – filiale de Gabon Special Economic Zone (GSEZ), joint-venture créé en 2010 par Olam International, l’État gabonais et Africa Finance Corporation (AFC).

Meridiam se positionne efficacement dans les projets d’infrastructures, notamment pour la construction de l’axe routier stratégique Libreville-Franceville, ainsi que celle d’un complexe hydroélectrique en aval de Kinguélé. La RATP dans les transports urbains, Canal+ dans le divertissement ou JC Decaux dans l’affichage publicitaire arrivent. Enfin, le groupe Suez est en négociations pour combler le départ de son compatriote et concurrent Veolia (qui, en février, a cédé ses parts à l’État gabonais dans la SEEG, redevenue société publique), mais pas sous la forme d’une reprise pure et simple de la concession de celle-ci en matière d’eau et d’électricité.

 Le Gabon est un petit marché, mais avec un pouvoir d’achat élevé

« Le Gabon est un petit marché, mais avec un pouvoir d’achat élevé, conclut un expert. Dans le domaine des services, il peut être la bonne porte d’entrée pour aborder la région. Enfin, les bureaux d’études français ont beaucoup d’atouts qui pourraient leur ouvrir les projets routiers, ferroviaires, énergétiques et environnementaux dont le Gabon a un besoin urgent. » Ce qui augurerait de belles retombées pour des entreprises françaises… compétitives.

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