Environnement

[Tribune] Pas de développement sans écologie

Par

Professeur de sociologie à l'Université de Strasbourg, auteur de Croire à l'incroyable. Un sociologue à la cour nationale du droit d'asile, Gallimard, 2018

Dégâts causés par le cyclone Enawo, dans les environs de la capitale Antananarivo, à Madagascar, le 9 mars 2017.

Dégâts causés par le cyclone Enawo, dans les environs de la capitale Antananarivo, à Madagascar, le 9 mars 2017. © Alexander Joe/AP/SIPA

La protection de l’environnement, loin d’être un luxe hors de portée des Africains, devient une condition indispensable à son développement. Le réchauffement climatique la menace directement, de la montée des eaux à la mise en danger des rendements agricoles.

Plus une seule réunion internationale ne se déroule sans que ne soit inscrite à l’agenda des discussions la question écologique dans ses multiples aspects : disparition d’espèces animales, dégradation de la biodiversité, montée des eaux menaçant les terres, fonte dramatique des glaciers, migrations climatiques, etc. Ces risques avérés sont aujourd’hui, particulièrement en Europe, évoqués quotidiennement par les principaux acteurs de la vie politique.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) est le premier à alerter les pouvoirs publics et l’opinion sur ces enjeux, mais pas le seul. Deux rapports récents viennent confirmer les conclusions et les prévisions de cet organisme et livrer des indications précieuses sur la situation du continent africain dans ce domaine.

Migrants climatiques

Publié en 2018, le rapport de la Banque mondiale intitulé Groundswell : se préparer aux migrations climatiques internes attire l’attention « sur le lien entre le changement climatique, la migration et le développement ». L’Afrique subsaharienne est concernée au premier chef : si, d’ici à 2050, des actions concertées ne sont pas prises au niveau national et mondial, cette région du monde comptera 86 millions de migrants climatiques internes. Et les espaces les plus violemment touchés par ces bouleversements seront les plus pauvres et les plus dénués d’infrastructures.

On perçoit là, concrètement, les liens entre développement et changement climatique. Alors qu’environ 240 millions d’Africains souffrent déjà de malnutrition, le réchauffement climatique entraînera, selon les experts, une baisse de la productivité agricole et un accès aléatoire à l’eau. On le sait depuis au moins une quarantaine d’années : la diminution des rendements agricoles couplée à l’augmentation démographique accentuera encore la pression sur un système de production alimentaire déjà très précaire. Si rien n’est fait, l’Afrique ne pourra subvenir qu’à environ 15 % de ses besoins d’ici à 2050.

Le continent n’est responsable que de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais, selon le Fonds pour les changements climatiques en Afrique, les effets négatifs des bouleversements environnementaux ont déjà fait reculer son PIB de 1,4 % environ. Et les coûts induits par l’adaptation au dérèglement du climat devraient atteindre 3 % du PIB par an en 2030.

En Ouganda, Leah Namugerwa suit les traces de Greta Thunderg

Pour répondre à l’urgence écologique, il est donc impératif de lancer des politiques publiques d’ampleur sur l’ensemble du continent. Mais, pour y parvenir, il faut provoquer préalablement une véritable prise de conscience des enjeux dans ce domaine. Et celle-ci doit être le fait non pas seulement de quelques personnes, mais de l’ensemble des populations.

Tel ne semble pas être le cas si l’on en croit les résultats d’une enquête Afrobaromètre d’août 2019 : dans 30 pays sur 34 ciblés par l’étude, les personnes sondées affirment que la production agricole s’est fortement détériorée, en qualité et en quantité, ces dix dernières années. Et seuls trois Africains interrogés sur dix pensent avoir connaissance des effets du changement climatique.

Consommer localement

Faut-il désespérer quand on sait que le temps est compté ? Plusieurs indices nous montrent que non. Il n’y a pas que dans les pays riches que la jeunesse se mobilise pour l’environnement. Depuis peu, de manière prometteuse, les Africains aussi se sont lancés dans la lutte contre le changement climatique. Il suffit de penser à Leah Namugerwa, qui a pris pour modèle Greta Thunberg. En août, cette adolescente ougandaise de 15 ans a décidé de planter environ 200 arbres.

À Kampala, une de ses compatriotes arborait, lors d’une manifestation de la jeunesse pour le climat, une pancarte sur laquelle était inscrit : « Combien de personnes doivent mourir avant que vous n’agissiez ? »

Le plus grand défi que devra relever l’Afrique ces prochaines années

Autre nouvelle qui témoigne d’une prise de conscience irréversible : de nombreux maires africains se sont engagés dans une réflexion et dans une lutte concrète contre le réchauffement climatique. Jean-Pierre Elong Mbassi, secrétaire général des Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLU), résume ainsi leur plan de bataille : « consommer localement », « relocaliser la production » ou encore « mieux gérer les ordures ménagères ». Des mesures qui, selon lui, ne nécessitent pas beaucoup de moyens financiers. Encore faut-il que ceux-ci soient mieux investis et mieux distribués.

La majorité des pays africains a d’ores et déjà ratifié les accords internationaux en matière de réchauffement climatique, y compris la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, le protocole de Kyoto, ainsi que l’accord de Paris de 2016. Mais les actions engagées sont insuffisantes pour répondre à l’ampleur et à l’urgence du problème. C’est sans aucun doute le plus grand défi que devra relever l’Afrique ces prochaines années, avec celui du développement durable et d’une authentique démocratie.

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