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Finance : Avec Oragroup, Abidjan revient en force dans la banque

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Façade d'une agence de la banque Orabank à Abidjan, en Côte d'Ivoire, en mars 2016.

Façade d'une agence de la banque Orabank à Abidjan, en Côte d'Ivoire, en mars 2016. © Jacques Torregano pour Jeune Afrique

Approuvé par l’exécutif, le rachat du groupe par la caisse ivoirienne de retraite diversifie le portefeuille de celle-ci et repositionne l’État sur un segment où il était peu présent.

Déjà détentrice de 9 % d’Oragroup, acquis pour 14 milliards de F CFA (21 millions d’euros) en octobre 2018 lors de son introduction à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) d’Abidjan, la Caisse générale de retraite des agents de l’État (IPS-CGRAE) a pris officiellement, à la fin de novembre, le contrôle du groupe bancaire, comme l’avait dévoilé deux mois plus tôt Jeune Afrique Business+.

Avec cette transaction, le fonds de pension des travailleurs du secteur public ivoirien s’octroie 52,45 % supplémentaires d’Oragroup, présent dans douze pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, et contrôlé par le capital-investisseur Emerging Capital Partners (ECP).

De nouvelles têtes

L’opération, structurée autour d’une conversion de créances dues à la CGRAE par l’État est estimée à 123 milliards de F CFA. Cette transaction intrigue le marché, l’institution de prévoyance sociale n’ayant jamais piloté un établissement bancaire. Si ECP reste pour l’instant aux manettes, la CGRAE table sur de nouvelles arrivées.

Parmi les recrues évoquées : Jean-Louis Mattei, responsable des équipes Afrique de Société générale durant les années 2000. Avec cette opération, l’institution au portefeuille jusque-là composé d’actifs immobiliers, d’actions et de dépôts à terme (DAT) diversifie radicalement son bilan. Son portefeuille d’actifs passe de 110 millions à 190 millions d’euros, tandis que la part des actifs immobiliers chute de 66 % à 38 %, et qu’Oragroup devient le principal actif de la CGRAE (42 %).

Aujourd’hui le retour de l’État permettra d’accompagner sa politique d’émergence

Les établissements bancaires de l’Uemoa réalisent en moyenne des résultats nets annuels de plus de 15 % de leurs revenus, alors que l’investissement dans l’immobilier, les actions en Bourse et les infrastructures n’offrentqu’un rendement annuel de 10 %, contre 5 % pour les obligations et les DAT. « Cette diversification nous permet d’éviter une surexposition à un domaine unique. Le montage financier avec l’acquisition d’Orabank n’affecte pas l’équilibre de la Caisse », a confié à Jeune Afrique Abdrahamane Berté, le directeur général de la CGRAE.

Un secteur contrôlé à 85 % par des groupes étrangers

La transaction marque aussi une inflexion dans la stratégie du gouvernement d’Alassane Ouattara. « Le président a changé de plan. Au début de son premier quinquennat, il prévoyait une présence accrue du privé dans le secteur, mais aujourd’hui le retour de l’État permettra d’accompagner sa politique d’émergence, qui passe par un financement accru de l’économie », confie un ministre ivoirien, qui ajoute que, dans les pays où les nationaux sont présents dans les banques, le taux de bancarisation enregistre des progrès.

Le secteur bancaire ivoirien est contrôlé à 85 % par des groupes étrangers. Détenue par l’État, la CGRAE avait multiplié les prises de participation dans le secteur bancaire, ces dernières années, investissant 16 milliards de F CFA dans la banque publique Versus Bank et 15 milliards de F CFA dans NSIA Bank CI. Au contraire de sa consœur du secteur privé, la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), qui préfère détenir des participations non majoritaires dans le secteur bancaire, la CGRAE entend s’implanter durablement en Côte d’Ivoire, avec son potentiel de 85 000 retraités auxquels la caisse entend proposer de nouvelles offres et produits.

Oragroup ne comptait que 16 000 comptes dans le pays, à la fin de 2017. Par ailleurs, d’ici à juillet 2020, le fonds de retraite ivoirien prévoit de céder 10 % de ses parts aux caisses de retraite des pays où sont implantées les filiales d’Oragroup.

Interrogées sur ses capacités à financer la croissance du groupe bancaire, plus prompt que ses concurrents à se financer par l’émission de billets de trésorerie de court terme et onéreux, les équipes de la CGRAE rappellent que celle-ci dégage une plus-value annuelle de 60 milliards de F CFA depuis la réforme de 2012, avec le relèvement du taux de cotisation et l’allongement de l’âge de départ à la retraite. « Chaque année, les cotisations atteignent 250 milliards de F CFA », rappellent ces mêmes équipes, selon lesquelles cela constitue une manne suffisante pour « poursuivre les mutations en cours ».


Oragroup en chiffres
• 3,3 milliards d’euros d’actifs (+ 21 %)
• 192,7 millions d’euros de revenus (+ 17,4 %)
• 45,26 millions d’euros de bénéfices (+ 35,5 %)
(entre parenthèses: progression depuis 2017-2018)

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