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« Aime, ma fille, aime », la pulsion de vie de Marie-Alix de Putter

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Mis à jour le 12 décembre 2019 à 17h34
Marie-Alix de Putter

Marie-Alix de Putter © Photo : Karine S. Bouvatier

Sept ans après l’assassinat de son mari sur un campus de Yaoundé, Marie-Alix de Putter publie « Aime, ma fille, aime » un livre aussi intime qu’universel sur leur histoire.

Que dire quand la mort frappe si brutalement ? Quand les questions qui l’entourent restent obstinément sans réponse ? Le 8 juillet 2012, le Français Éric de Putter, professeur de théologie de 31 ans, était tué sur le campus de l’Université protestante d’Afrique centrale, à Yaoundé, où il était en mission. Sept ans plus tard, son épouse, Marie-Alix, ne connaît toujours pas l’identité ni les motivations de ses assassins, mais pose des mots sur son histoire.

Pour Rachel, d’abord. Aime, ma fille, aime est un « cadeau » pour cette enfant née cinq mois après la mort de son père. « Face aux difficultés, reste debout et en mouvement. Rien n’est permanent. Tout passe, et tout recommence […], lui écrit sa mère. N’oublie pas que le mal ou le bien que les gens font raconte ce qu’ils sont et pas ce que tu es. » Des mantras qui, cette Franco-Camerounaise l’espère, pourront aussi résonner chez les lecteurs qui traversent une épreuve : « Je veux montrer qu’on peut vivre des choses douloureuses et être toujours là, en faire quelque chose. C’est un livre que j’aurais aimé lire à ce moment-là. »

Violences tristement banales

Marie-Alix de Putter retrace le jour terrible où, à 27 ans, elle a vu son époux se vider de son sang dans ses bras, mais témoigne aussi de toutes les autres violences, tristement banales, qu’elle a dû affronter, des brutalités obstétricales aux préjugés racistes. Au Cameroun, où elle a passé son enfance, entre Douala, Yaoundé et Garoua, la rumeur l’a catégorisée comme la femme noire qui a épousé un Blanc, forcément vénale.

Après l’horreur absolue on n’a plus peur

« Il faut regarder en face les préjugés qu’on a en soi, pour nous en libérer », prône-t-elle. Le retour à Paris – où elle est née et où elle avait vécu près de dix ans – et ses premiers pas de mère ont aussi été semés d’embûches. « Mais après l’horreur absolue on n’a plus peur, assure-t-elle. J’ai ressenti comme une pulsion de vie. »

Après avoir été directrice Afrique de la communication du groupe marocain OCP, cette diplômée en sciences politiques a fait une pause il y a un an pour écrire. Elle en a profité pour créer The Map, un podcast dans lequel elle échange avec des « femmes inspirantes », comme la réalisatrice et comédienne afroféministe Amandine Gay ou la femme d’affaires camerounaise Candace Nkoth Bisseck, et pour lancer un réseau de business angels baptisé The Sisters Invest, consacré aux entrepreneuses tournées vers le continent.

Gladiatrice insoumise

Difficile pour celle qui se décrit comme une « gladiatrice insoumise », toujours en quête de solutions, de se résoudre à l’impuissance, à la fatalité. Après l’assassinat d’Éric de Putter, les pistes suivies par la police camerounaise, et qui menaient à des membres de l’université irrités par son intransigeance d’enseignant et ses critiques sur la gestion de l’établissement, n’ont pas abouti.

Je ne veux pas vivre dans l’attente de ce jugement. Mais je suis convaincue qu’on saura un jour

Et au printemps dernier, la justice française a prévenu les parties civiles que, sans élément nouveau, la procédure pourrait bientôt déboucher sur un non-lieu. Mais Marie-Alix, l’optimisme chevillé au corps, garde confiance : « Je ne veux pas vivre dans l’attente de ce jugement. Mais je suis convaincue qu’on saura un jour. »

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