Justice

Nigeria : Allen Onyema, le PDG d’Air Peace, dans le viseur de la justice américaine

En septembre, il avait rapatrié à ses frais des centaines de compatriotes victimes d’attaques xénophobes en Afrique du Sud.

En septembre, il avait rapatrié à ses frais des centaines de compatriotes victimes d’attaques xénophobes en Afrique du Sud. © DR

Le fondateur de l’une des principales compagnies aériennes nigérianes est accusé de blanchiment d’argent par la justice américaine. Et voit son image de héros national écornée.

« Le statut de riche homme d’affaires d’Allen Onyema n’était qu’une escroquerie. » C’est en ces termes que Robert J. Murphy, enquêteur de la division d’Atlanta (Géorgie) de la Drug Enforcement Administration (DEA), a commenté la mise en accusation pour fraude et blanchiment d’argent du directeur général d’Air Peace, le 22 novembre.

À la tête de l’une des principales compagnies aériennes du Nigeria, Allen Onyema, jusqu’ici incarnation du self-made-man, est soupçonné d’avoir blanchi plus de 20 millions de dollars lors de l’achat de Boeing 737 aux États-Unis. Selon la justice américaine, il aurait notamment acheté les appareils en question avec des fonds provenant des comptes de plusieurs ONG lui appartenant.

« Allégations infondées et étranges »

Des accusations que ce dernier a aussitôt rejetées. « Je suis innocent de toutes les charges, et le gouvernement américain ne trouvera pas de dossiers sales sur moi car je n’ai jamais été dans l’illégalité », a twitté Allen Onyema, rappelant que tous les transferts avaient été effectués via la Banque centrale nigériane. « Ces allégations sont infondées et étranges », a insisté le cabinet A.O. Alegeh & Co, conseil d’Onyema, ajoutant que son client « attend[ait] de pouvoir les réfuter devant un tribunal ».

Sur les réseaux sociaux, le hashtag #IStandWithAllen, accompagné de photos de soutien, a essaimé. Et pour cause, depuis septembre, le patron de 55 ans portant le fez rouge traditionnel de l’ethnie igbo est un héros national : il n’a pas hésité à mobiliser ses avions pour faire rapatrier, à ses frais, des centaines de compatriotes victimes d’attaques xénophobes en Afrique du Sud.

Avant ce coup d’éclat, Allen Onyema était connu pour le succès éclair de sa compagnie, à l’image de sa spectaculaire ascension personnelle. Né dans l’État d’Anambra, dans le sud-est du Nigeria, le jeune Allen, aîné d’une fratrie de neuf enfants, refuse le destin d’employé local de Shell tracé par ses parents. « Je voulais être libre. Je sentais qu’en restant à Warri [l’une des villes où il a grandi], je ne pourrais échapper à la pression familiale », a-t-il confié à la presse nigériane. Devenu avocat en 1989, il part l’année suivante à Lagos, où il exerce quelques années tout en investissant dans l’immobilier. Il ouvre ensuite son propre cabinet et développe d’autres activités.

Trop beau pour être vrai ?

Au tournant des années 2010, il décroche différents contrats dans le cadre du programme d’amnistie instauré par les présidents Umaru Yar’Adua puis Goodluck Jonathan. Pour mettre fin aux attaques contre les infrastructures pétrolières menées par les militants du delta du Niger, les autorités ont promis aux rebelles qui déposeraient les armes des indemnités et des emplois. Ce business de la paix fonctionne très bien, et Allen Onyema sait en tirer parti.

Comme son patron, Air Peace a connu une fulgurante ascension

En 2013, Air Peace voit le jour. La compagnie profite de l’essor du secteur et des difficultés chroniques de ses concurrentes, dont Arik Air. En quelques années, Air Peace multiplie les liaisons (nationales puis régionales), achète plus de vingt appareils et emploie quelque cinq cents personnes. En novembre 2019, elle annonce l’ouverture de lignes internationales vers Dubaï, Londres et Houston, entre autres, tout en étant la première compagnie africaine à commander le dernier modèle d’E195 du brésilien Embraer. Trop beau pour être vrai ?

Avant l’action de la justice américaine, des signaux de faiblesse étaient déjà apparus. Dans une lettre ouverte publiée en 2014, un militant du delta du Niger, Diepreye Dikibo, avait accusé Kingsley Kuku, ancien conseiller du président Jonathan chargé du programme d’amnistie, et Allen Onyema, alors consultant sur le projet, d’avoir profité des fonds publics pour lancer Air Peace. Des rumeurs faisaient même de la première dame Patience Jonathan, surnommée Mama Peace, la véritable détentrice de la compagnie.

Risque d’extradition ?

Onyema avait balayé ces accusations, affirmant être l’unique propriétaire d’Air Peace, dont les appareils portent les noms de ses enfants et de son épouse. Mais, quatre ans plus tard, nouveau doute. « Je suis étonné qu’une compagnie si modeste dispose de 1,17 milliard de dollars pour acheter d’un seul coup dix 737 MAX », twittait, en 2018, le journaliste américain spécialiste de l’aviation Enrique Perrella, après l’annonce de la signature du contrat avec Boeing. Colère des internautes nigérians, pas de réponse d’Allen Onyema.

Ses nouveaux soucis vont-ils faire plonger Air Peace ? Le patron patriote et fervent croyant risque-t-il l’extradition vers les États-Unis ? « L’accusé est présumé innocent », a rappelé la justice américaine. Mais, pour Allen Onyema, le paysage s’assombrit. « L’aviation commerciale est un business à turbulences en Afrique », déclarait-il avec philosophie en 2015.

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