Société

[Tribune] Levons-nous contre les féminicides !

Par

Docteur en sciences politiques. Enseignant et chercheur en relations internationales et études de sécurité

La 2e vice-présidente de l'Assemblée nationale Awa Gueye Diop lors de la manifestation contre les violences faites aux femmes, à Dakar le 25 mai 2019.

La 2e vice-présidente de l'Assemblée nationale Awa Gueye Diop lors de la manifestation contre les violences faites aux femmes, à Dakar le 25 mai 2019. © Manon Laplace pour JA

Deux ans après les réticences du continent à se joindre à la vague planétaire de dénonciation du harcèlement sexuel, #MeToo, la situation est peu ou prou la même face aux campagnes contre les féminicides.

Nous détestons nous faire dicter le tempo par l’Occident. En 2017, au plus fort de la vague #MeToo, c’était l’argument communément avancé par des Africains pour justifier leur réticence à se joindre à la campagne planétaire de dénonciation du harcèlement sexuel. Certains assuraient que le combat n’avait pas lieu d’être sur le continent, les codes de séduction n’étant pas les mêmes partout. Les Harvey Weinstein africains, qui se ramassent à la pelle dans tous les milieux, n’avaient qu’à voguer tranquillement.

Deux ans plus tard, la situation est peu ou prou la même face aux campagnes contre les féminicides : à l’exception notable de l’Afrique du Sud – où une femme est tuée toutes les trois heures par son partenaire – , le continent se tient résolument à l’écart des manifestations. Et pour cause : les violences conjugales sont, hélas, une banalité que beaucoup considèrent comme relevant de la sphère privée.

Pis encore, ceux pour qui harcèlement sexuel n’est que grivoiserie n’hésitent pas à affirmer que battre sa femme est un moyen de réguler la vie de couple, d’autant que certaines estiment normal de recevoir des coups. Question de culture, déclarent-ils… Ce serait risible si ce n’était pas si grave.

Criminalisation

Selon le rapport 2019 de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) sur les homicides liés au genre, l’Afrique est la deuxième région au monde où on compte le plus de féminicides, avec 19 000 cas recensés en 2017, juste derrière l’Asie. C’est aussi la région où les femmes ont le plus de risques de se faire tuer par un partenaire intime ou un membre de la famille.

Les témoignages et les dénonciations doivent sortir du huis clos familial. Le combat doit être porté par des mouvements pour être gagné plus aisément

Cette situation alarmante justifie largement que toute l’Afrique se joigne au mouvement. Qu’il soit impulsé par l’Occident ne peut servir de prétexte à ceux qui entendent se dérober. Certains célèbrent bien Halloween et ne manqueraient le Black Friday pour rien au monde.

Le chemin à parcourir reste très long et toutes les occasions sont bonnes à saisir. Les témoignages et les dénonciations doivent sortir du huis clos familial. Le combat doit être porté par des mouvements pour être gagné plus aisément. La preuve ? En mai, des centaines de Dakarois se sont mobilisés après une série de viols et de meurtres. Et en cette fin de novembre, le Conseil des ministres sénégalais a pris la décision de criminaliser le viol. Un projet de loi en ce sens doit être examiné par les députés. Qu’on se le dise : lutter contre ces violences relève de la conquête d’un droit humain et nous ne pouvons attendre qu’il nous soit octroyé par d’autres.

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