Diplomatie

Libye : la bataille en coulisses entre Ghassan Salamé et Moussa Faki Mahamat

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Ghassan Salamé, envoyé spécial des Nations unies en Libye, et Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine, s’opposent notamment sur l’opportunité de créer un poste de médiateur conjoint ONU-UA pour résoudre la crise qui secoue le pays depuis plusieurs années.

« En aidant la Libye, nous nous aidons nous-mêmes », affirmait le Tchadien Moussa Faki Mahamat lors d’une réunion du comité de l’Union africaine (UA) sur la crise libyenne. C’était en avril 2018, à Addis-Abeba. À l’époque, le président de la Commission de l’UA ne tarissait pas d’éloges sur son « frère » Ghassan Salamé, nommé quelques mois plus tôt représentant du secrétaire général des Nations unies pour la Libye, louant « la détermination et le dynamisme avec lesquels il s’acquitt[ait] de ses lourdes responsabilités ».

Un an et demi plus tard, le ton a bien changé. Le contexte aussi : en avril, le maréchal Khalifa Haftar a attaqué Tripoli, balayant en quelques jours des années de négociations. Divisions internes, ingérences étrangères… La Libye est plongée dans une guerre sans fin. Conséquence : la feuille de route de Ghassan Salamé – conférence nationale pour réintégrer tous les acteurs « ostracisés ou marginalisés » et nouvelle Constitution soumise à référendum, le tout devant mener à l’organisation d’élections générales – ne paraît plus d’actualité.

« Mauvaise gestion » et « double jeu »

Pendant que les affrontements se poursuivent au sud de Tripoli, une autre bataille se joue dans les coulisses de l’Assemblée générale de l’ONU. En septembre, Moussa Faki Mahamat est intervenu en marge d’une réunion du Conseil de sécurité pour demander aux Nations unies de « s’associer » à l’UA en vue d’un changement de stratégie.

De ces pourparlers à huis clos, on ne connaît pas les détails. Mais, dans une interview accordée à Jeune Afrique, le président de la Commission de l’UA s’est exprimé sans ambiguïté : « La situation [en Libye] a été très mal gérée depuis 2011, et ce n’est pas la première fois que nous nous en plaignons. »

La Libye reste un pays d’Afrique : pour l’UA, les acteurs du continent doivent être inclus dans le processus de paix

Ce n’est pas la première fois non plus que l’UA regrette de ne pas être suffisamment associée à la résolution de la crise. Tout comme elle a déjà accusé, à mots plus ou moins couverts, certains de ses partenaires occidentaux de jouer double jeu en soutenant Haftar alors qu’ils sont engagés aux côtés du Gouvernement d’entente nationale que dirige Fayez el-Sarraj.

En juillet, à Niamey, lors du sommet de l’UA, plusieurs dirigeants africains ont à nouveau demandé avec insistance l’inclusion des acteurs du continent dans le processus de paix : la Libye « reste un pays d’Afrique », ont-ils répété.

Un émissaire conjoint ?

Tentant de reprendre la main, l’UA a proposé que soit désigné un émissaire conjoint de l’UA et de l’ONU – une proposition formulée au Conseil de sécurité par les représentants de l’Afrique du Sud, de la Côte d’Ivoire et de la Guinée équatoriale. Cela mettrait de facto Ghassan Salamé sur la touche. Or le diplomate libanais ne semble pas disposé à se laisser faire.

« Un accord sur le règlement du conflit et sur les bases d’un retour au processus politique est encore possible », a-t-il affirmé à New York, le 18 novembre, en annonçant qu’un sommet serait bientôt organisé… en Allemagne. Il n’a pas dit un mot, en revanche, sur une éventuelle implication de l’UA.

Pourquoi l’idée de nommer un envoyé spécial conjoint ne convainc-t-elle pas les Occidentaux ? À les en croire, il serait inutile – voire contre-productif – de « changer de cheval au milieu du gué ». Surtout au profit d’une organisation qui, selon Ghassan Salamé, ignore les rapports qui lui sont communiqués tous les quinze jours. Ce dernier dit reconnaître « la dimension africaine du conflit », mais refuse de céder sa place et insiste : c’est « autour du plan d’action de l’ONU » que les initiatives doivent converger.

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