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Cet article est issu du dossier «Afrique-France, le grand malentendu : enquête sur le sentiment anti-français»

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Politique

Afrique-France : Kemi Seba, Mamadou Koulibaly, Oumar Mariko… les têtes d’affiche du « french-bashing »

De gauche à droite : Clément Dembélé, Mamadou Koulibaly, Aminata Dramane Traoré, Kemi Seba et Oumar Mariko.

De gauche à droite : Clément Dembélé, Mamadou Koulibaly, Aminata Dramane Traoré, Kemi Seba et Oumar Mariko. © Photomontage Jeune Afrique

Ils sont militants altermondialistes, philosophes ou députés d’opposition. Avec l’anti-colonialisme pour étendard, ils sont le fer de lance des critiques portées contre les ex-puissances coloniales, et en particulier la France. Au risque, parfois, d’en payer le prix fort, mais aussi de nouer des alliances surprenantes ou de se laisser aller aux dérapages.

Les agitateurs

• Kemi Seba, Franco-Béninois, 37 ans

Kémi Séba à Dakar le 4 décembre 2013.

Kémi Séba à Dakar le 4 décembre 2013. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

L’Afrique doit se prendre en charge pour être respectée

Fondateur de la défunte Tribu Ka. Essayiste et patron de l’ONG Urgences panafricanistes. Héraut de la fierté noire, il rêve d’extirper l’Afrique des « tentacules de la pieuvre occidentale ».

Expulsé du Sénégal pour avoir brûlé en public un billet de 5 000 F CFA. Vit à Cotonou et organise conférences et manifestations contre cette monnaie dans toute l’Afrique francophone.

Sa page Facebook est suivi par près de 600 000 personnes. Connu jusqu’aux Antilles, où il se rend régulièrement. Travaille depuis près de deux ans avec les Russes, collabore par exemple à des activités du think tank Afric. Pour lui, « l’Afrique doit se prendre en charge pour être respectée ».

• Oumarou Abdourahamane, Nigérien, 45 ans

Oumarou Abdourahamane, député nigérien.

Oumarou Abdourahamane, député nigérien. © DR / Capture d’écran Facebook

Ce proche de Kemi Seba a organisé une manifestation, le 14 septembre à Niamey, « contre la Françafrique » et le franc CFA

Député. Patron du groupe de presse Liptako.

Chef de la branche locale d’Urgences panafricanistes, ce proche de Kemi Seba a organisé une manifestation, le 14 septembre à Niamey, « contre la Françafrique » et le franc CFA.

• Yaya Sissoko, Malien

Il est à l’origine d’une pétition demandant « l’aide des Russes » dans la lutte antiterroriste

Diplômé de l’université d’État de Simferopol (ex-URSS) et géomorphologue à l’Université des sciences sociales et de gestion de Bamako.

Dirige le Groupe des patriotes du Mali (GPM), qui, à la mi-octobre, a organisé à Bamako et à Sévaré des manifestations hostiles à la Minusma et à Barkhane.

Est à l’origine d’une pétition demandant « l’aide des Russes » dans la lutte antiterroriste, signée (selon lui) par plus de 8 millions de personnes. Des membres du GPM ont été reçus le 7 novembre par Igor Gromyko, l’ambassadeur de Russie.

• Gabin Korbéogo, Burkinabè, 45 ans

L’ODJ dénonce l’hydre terroriste, considérée comme une sécrétion de l’Occident

Maître de conférences de sociologie à l’Université Pr Joseph Ki-Zerbo, à Ouagadougou.

Dirige depuis deux ans l’Organisation démocratique de la jeunesse (ODJ), anti-impérialiste et révolutionnaire. Ancien militant et leader du syndicat étudiant Aneb, il est une figure de la contestation contre la présence française en Afrique.

Créée en 2000, l’ODJ tient annuellement des « journées anti-impérialistes » pour dénoncer l’hydre terroriste, considérée comme une sécrétion de l’Occident, et plaide en faveur d’une jeunesse libérée du joug colonial.

Les inspirateurs

• Oumar Mariko, Malien, 60 ans

Malian politician Oumar Mariko (C-L) addresses a group of demonstrators marching towards the French Embassy in Bamako, to protest against the continued presence of the French Forces in Mali, on January 10, 2018. - On January 11, 2013 the Operation Serval was launched by the French Military, a campaign aimed at ousting Islamic militants from the north of Mali, who had begun a push into the center of Mali. (Photo by Michele CATTANI / AFP)

Le politicien malien Oumar Mariko lors d'une manifestation contre la présence des forces armées françaises au Mali. © Michele CATTANI/AFP

La vision politique de la France est de soumettre davantage les pays africains, de les recoloniser et de faire place au capitalisme financier français

Médecin. Chef du parti d’opposition Sadi et député de Kolondiéba (Sud).

Candidat à la présidentielle en 2002, 2007, 2013 et 2018 (2,33 % des voix), il est l’une des figures de la gauche anti-impérialiste malienne.

Opposé à l’opération Serval en 2013, il a apporté son soutien au musicien Salif Keita, qui, dans une vidéo, avait accusé Paris de « financer » les jihadistes.

« Les militaires français, a renchéri Mariko, ne peuvent pas faire du bien au Mali. La vision politique de la France est de soumettre davantage les pays africains, de les recoloniser et de faire place au capitalisme financier français. »

• Moïse Kérékou, Béninois, 40 ans

Moïse Kerekou.

Moïse Kerekou. © DR / copie d’écran Youtube

Il est l’auteur de L’UA et le processus d’intégration – un sujet qui le passionne depuis sa rencontre, marquante, avec Kadhafi

Fils du défunt président Mathieu Kérékou. Diplômé en sciences politiques de l’Université américaine de Beyrouth (Liban).

Crée en 2001 la Société africaine de pétrole, d’investissement et de négoce (Sapin) et organise des visites d’hommes d’affaires arabes en Afrique.

Possède un solide carnet d’adresses au Moyen-Orient. Ambassadeur du Bénin en Turquie (2013-2016).

Il est l’auteur de L’UA et le processus d’intégration – un sujet qui le passionne depuis sa rencontre, marquante, avec Kadhafi. Dirige un fonds d’investissement créé par la diaspora africaine afin d’aider les jeunes entrepreneurs du continent.

• Clément Dembélé, Malien, 45 ans

Clément Dembélé, en avril 2018.

Clément Dembélé, en avril 2018. © DR / Clément Dembélé

Clément Dembélé demande aux Russes d’aider son pays « à recouvrer son intégrité territoriale »

Docteur en philosophie, formé au Canada. Professeur d’université.

A tenté d’être candidat à la présidentielle de 2018 sous les couleurs d’Ensemble pour un Mali d’avenir.

Dirige le groupe Europa (bâtiment, communication, conseil), ainsi que la Plateforme contre la corruption et le chômage, dont il promeut les activités auprès de la diaspora en France et qui chapeaute divers mouvements, parmi lesquels le Groupe des patriotes du Mali. Demande aux Russes d’aider son pays « à recouvrer son intégrité territoriale ».

• Mamadou Koulibaly, Ivoirien, 62 ans

Mamadou Koulibaly, président de l'Assemblée Nationale. Le 1er juin 2011. Côte d'Ivoire, Abidjan. Photo de Olivier pour JA

Mamadou Koulibaly, pr√©sident de l'Assembl√©e Nationale. Le 1er juin 2011. C√¥te d'Ivoire, Abidjan. Photo de Olivier pour JA © Olivier pour JA

Ancien proche de Laurent Gbagbo, il déplore l’immixtion de la France dans le processus électoral ivoirien

Ex-président de l’Assemblée nationale (2001-2012).

Candidat à la présidentielle de 2020 sous l’étiquette du Lider, cet agrégé en sciences économiques prône depuis longtemps l’abandon du franc CFA. Ancien proche de Laurent Gbagbo, il déplore l’immixtion de la France dans le processus électoral ivoirien et réclame la présence d’observateurs neutres pour le prochain scrutin.

Exhorte la Russie, la Grande-Bretagne et la Chine à faire contrepoids à la France à l’ONU.

Moins volcanique que sa conseillère, Nathalie Yamb, dont la prise de parole, au sommet Russie-Afrique de Sotchi, a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Cette dernière a été expulsée de Côte d’Ivoire, lundi 2 décembre.*

• Henri Koubizara, Burkinabè, 58 ans

Ingénieur hydraulicien. Ex-maire de Pô.

Député, il préside le groupe d’amitié parlementaire Burkina-Russie.

Plaide pour que le continent sorte du pré carré français. « Avec nos enfants, les choses vont changer », espère-t-il.

Les Pasionaras

• Aminata Dramane Traoré, Malienne, 72 ans

Aminata Traore, ancienne ministre de la Culture au Mali.

Aminata Traore, ancienne ministre de la Culture au Mali. © DR

En 2013, elle s’oppose vigoureusement à l’opération Serval dans son pays, ce qui lui vaudra un non-renouvellement de son visa français

Ministre de la Culture sous la présidence d’Alpha Oumar Konaré (1997-2000), cette essayiste et militante altermondialiste est connue sur tout le continent pour ses prises de position contre le libéralisme et les pays occidentaux, à commencer par la France.

En 2013, elle s’oppose vigoureusement à l’opération Serval dans son pays, ce qui lui vaudra un non-renouvellement de son visa français.

Dans un livre coécrit avec le Sénégalais Boubacar Boris Diop en 2014, elle se monte très critique à l’égard de la politique française en Afrique.

• Laurence Ndong, Gabonaise

Professeure de sciences et pasteur. Directrice générale adjointe de la promotion de la femme au sein du ministère de la Famille (1999-2002).

A été la porte-parole de Jean Ping lors de la présidentielle de 2016. Les engagements de cette présidente d’associations : « Alternance démocratique (dans le cadre de la campagne internationale Tournons la page), éducation des populations, lutte panafricaine, protection des veufs et de leurs enfants. »

Est intervenue lors de deux tables rondes au sommet Russie-Afrique : une présence peu compatible avec ses fonctions de défenseuse des droits de l’homme, lui ont reproché ses détracteurs.

(*) Cet article, initialement paru dans Jeune Afrique n°3073, en kiosque du 1er au 7 décembre 2019, a été réactualisé pour prendre en compte l’expulsion de Nathalie Yamb de Côte d’Ivoire, le lundi 2 décembre. 

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