Elections

Présidentielle en Algérie : l’ex-ministre Azzedine Mihoubi voit grand

Réservé aux abonnés | | Par - à Alger
Azzedine Mihoubi lors d’une conférence de presse à son QG de campagne, à Alger, le 16 novembre.

Azzedine Mihoubi lors d’une conférence de presse à son QG de campagne, à Alger, le 16 novembre. © RYAD KRAMDI/AFP

Sa candidature à la présidentielle est passée presque inaperçue. Mais l’ex-ministre entend bien troubler le duel annoncé entre Benflis et Tebboune.

Sur les hauteurs d’Alger, le ballet incessant de voitures rompt la tranquillité de la rue où Azzedine Mihoubi, candidat du Rassemblement national démocratique (RND), a installé une partie de son QG de campagne. Le 23 octobre, huit mois pile après le déclenchement de la révolution qui a conduit à la chute du président Abdelaziz Bouteflika, l’écrivain, ministre de la Culture de 2015 à 2019, a été le premier à déposer son dossier de candidature à l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie).

Pour faire campagne, l’homme s’est entouré de fidèles, anciens du ministère pour la plupart. À la tête de cette garde rapprochée, l’avocat Mohamed Fadene, ex-député RND, qui accompagne Mihoubi depuis 1987. Tous croient dur comme fer que leur champion, qui apparaît comme le candidat le moins lié à l’ancien régime, peut créer la surprise. Face à lui, Abdelkader Bengrina, ancien ministre du Tourisme sous Bouteflika, Abdelaziz Belaïd, ancien cadre du Front de libération nationale (FLN), et, surtout, deux anciens Premiers ministres de Bouteflika, Ali Benflis et Abdelmadjid Tebboune.

Force tranquille

Présenté un temps comme le favori du régime, Abdelmadjid Tebboune a vite vu le vent tourner en sa défaveur. Le premier jour de la campagne, c’est son directeur de campagne et trésorier, Abdallah Baali, qui claque la porte. Depuis, la chaîne de télévision Ennahar – réputée proche du pouvoir – a enfoncé le candidat en révélant ses liens avec Omar Alilat, un homme d’affaires inculpé pour corruption. Et en exhumant les photos d’un périple pas très « halal » en Moldavie, où il voyage en jet privé avec des hommes d’affaires sulfureux.

L’équipe Mihoubi se refuse à tout commentaire sur les déboires de son principal rival. « Nous sommes la force tranquille. Les médias parlent moins de nous car nous avançons lentement… mais sûrement », assure-t-on au QG. « Nous avons nos chances », insiste Mohamed Fadene, pour qui la seule inconnue reste le taux de participation. Car le scrutin pourrait être massivement boycotté.

La base électorale du RND représente 1 million de voix, et nous pouvons facilement réunir le million de voix restantes pour passer le premier tour

L’homme a fait ses calculs : « Sur un collège électoral de 23 millions de personnes, si nous arrivons à un taux de participation de 25 % avec 6 millions de votants, dont les 2 millions de bulletins nuls habituels, il restera 4 millions de suffrages exprimés. Le candidat qui recueillera 2 millions de voix pourrait donc passer le premier tour. »

Et le même de reprendre : « La base électorale du RND représente 1 million de voix, sans compter les sympathisants, les électeurs qui croient en Mihoubi et ceux que notre campagne aura convaincus. Nous pouvons facilement réunir le million de voix restantes. » À condition que la campagne aille à son terme : à ce stade, les candidats évoluent dans un contexte tendu. Les panneaux d’affichage, désespérément vides, ont vu fleurir récemment des sacs-poubelle accrochés par des manifestants pour signifier leur opposition à la présidentielle du 12 décembre.

Rassembleur

Ailleurs, des slogans hostiles recouvrent les affiches des candidats. Certaines ont été arrachées et remplacées par les portraits de détenus d’opinion. Les premiers jours, aucun candidat n’osait encore placarder d’affiche, à l’exception du téméraire Abdelkader Bengrina, dont les photos ont été aussitôt balafrées. « Les premiers temps, nous avons temporisé à dessein, explique-t-on dans l’entourage de Mihoubi, car les affiches auraient été aussitôt déchirées ou arrachées. »

Sur le terrain, les candidats sont en butte à l’hostilité ouverte des manifestants anti-élection. Le 23 novembre, en déplacement à Illizi, le natif d’Aïn Khadra (wilaya de M’Sila), est interpellé dans un café par un opposant. Azzedine Mihoubi tente de le convaincre que le vote est la seule issue. L’échange reste cordial. Mohamed Fadene s’en réjouit. « Nous misons sur le dialogue pour sortir de la crise politique », explique le directeur de campagne. Le quotidien El Watan note de son côté que le programme de déplacement de l’ancien ministre évite soigneusement les wilayas difficiles, comme la Kabylie ou les Aurès.

L’équipe du candidat insiste sur son caractère rassembleur. « Qui d’autre aurait pu prendre la tête du RND en plein Hirak ? » s’interroge Fadene. Après l’incarcération de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, le 12 juin, Azzedine Mihoubi a mis sur la touche Seddik Chihab, son principal opposant en interne. Il prend alors les rênes d’un parti profondément divisé et dont l’image est ternie par des années de soutien à Abdelaziz Bouteflika. Secrétaire général du RND depuis le 20 juillet, il peut aujourd’hui compter sur l’appui de plusieurs cadres du parti.

Grâce collective

« Azzedine est modeste et sensible », poursuit un ami, comme pour expliquer les larmes versées lors de la visite d’une zaouïa à Adrar. « C’est un homme gentil, mais au fond de lui il est intransigeant, prévient le directeur de campagne. Quand il faut dire non, il n’hésite pas. »

Ce ne sera pas un geste à coloration politique. Il graciera les jeunes ou les moins jeunes selon des critères bien définis

Ses proches décrivent encore « un homme ordinaire avec un parcours extraordinaire ». L’énarque de 60 ans, père de trois enfants – qui ont tous fait l’école publique, précise un intime – , est passionné de poésie. Ancien journaliste, écrivain, scénariste, il a occupé la présidence de l’Union générale des hommes de lettres arabes entre 2003 et 2006. Et compte ainsi de nombreux contacts au Moyen-Orient.

Élu, le candidat promet de réconcilier le pays en renforçant les libertés politiques, collectives et individuelles. Et envisage une série de grâces. « Ce ne sera pas un geste à coloration politique. Il graciera les jeunes ou les moins jeunes selon des critères bien définis », précise aussitôt Mohamed Fadene, qui refuse de commenter les centaines d’arrestations qui ont eu lieu ces derniers mois. Le chemin jusqu’au 12 décembre est encore long.

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