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Cet article est issu du dossier «Afrique-France, le grand malentendu : enquête sur le sentiment anti-français»

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Elections

Présidentielle en Algérie : le discours anti-français, un fonds de commerce électoral

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Mis à jour le 05 décembre 2019 à 13h28
Manifestation exigeant la fin du « système », le 15 mars, à Alger.

Manifestation exigeant la fin du « système », le 15 mars, à Alger. © RYAD KRAMDI /AFP

À l’approche de la présidentielle du 12 décembre, l’exécutif comme le Hirak rivalisent de véhémence dans le « french bashing » pour servir leurs desseins politiques.

« La relation franco-algérienne est au cœur de la campagne. » Mohamed Lagab, porte-parole du candidat Abdelmadjid Tebboune, manie la litote. Critiquer l’ex-puissance coloniale ? Une figure imposée en période électorale, tant les moudjahidin (les anciens combattants) et leurs familles jouent un rôle capital : ils votent quoi qu’il arrive. Précieux à l’heure où se multiplient les appels au boycott !

La crainte d’une forte abstention le 12 décembre a incité l’exécutif à renchérir dans le french bashing, comme pour ranimer la flamme nationaliste et convaincre les indécis de l’impérieuse nécessité du vote. Quand Bensalah, le président par intérim, appelle à refuser « l’ingérence étrangère », le ministre des Moudjahidin – tiens ! – menace de déposer plainte contre la France devant les tribunaux internationaux. « Les crimes commis à l’encontre du peuple algérien ne sont pas obsolescents », justifie Tayeb Zitouni.

Montage photo

Le 27 novembre, le général Gaïd Salah a de nouveau soufflé sur les braises en établissant un parallèle entre le Parlement européen, saisi d’une résolution sur le Hirak algérien, et le « colonisateur français tyrannique », sa « machine de guerre cruelle » et ses « manœuvres fallacieuses ». Le contexte particulier de cette élection favorise ce regain de tension.

La France est un pays puissant, et l’Algérie en a besoin au sein de l’Europe. Mais l’Algérie aussi est puissante en Afrique, et la France en a besoin

Chaque vendredi, dans la rue, les têtes de l’exécutif sont caricaturées en suppôts de la France. À la mi-novembre, alors que le Parlement débat de la nouvelle loi sur les hydrocarbures – jugée trop favorable aux major companies , un montage photo a tourné en boucle sur les réseaux sociaux : Gaïd Salah y brandissait le drapeau de Total, les manifestants celui de l’Algérie.

Les candidats ne s’y trompent pas. « Les Mémoires des généraux français regorgent d’aveux sur les crimes coloniaux », lance Azzedine Mihoubi. « Il est temps de laisser l’Algérie aux Algériens », renchérit Tebboune. Et son porte-parole d’insister : « La France est un pays puissant, et l’Algérie en a besoin au sein de l’Europe. Mais l’Algérie aussi est puissante en Afrique, et la France en a besoin. » Le sujet se décline à l’infini.

« Nous avons battu la France dans le maquis, nous pouvons le refaire sur le terrain économique », estime Abdelaziz Belaïd. On en oublierait presque que, pour la première fois, aucun candidat à la présidentielle n’a combattu pendant la guerre de Libération. Ali Benflis, le plus âgé, avait à peine 10 ans en 1954.

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