Immigration

[Tribune] La théorie du « grand remplacement », cette vaste fumisterie

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Mis à jour le 28 novembre 2019 à 14h36

Par  Jean-Hugues Chérif N'doli

Analyste financier et blogueur ivoirien

Glez

© Glez

Les adeptes du « grand remplacement », popularisé par l’écrivain Renaud Camus, oublient une chose : pour qu’il y ait une amorce de remplacement, il faut une volonté de remplacer ! Or personne n’a entendu parler de ce sujet en Afrique, et son évocation soulève au mieux étonnements, au pire moqueries.

Et si le concept de « grand remplacement » qui prospère en France était le fruit d’une stratégie d’influence de l’extrême droite et des conservateurs ? Et si la société assistait à une mise en application de la théorie de la fenêtre d’Overton ? Selon celle-ci, la perception de l’opinion publique peut être modifiée afin que les idées auparavant considérées comme déplacées puissent s’imposer. Science, médias et politiques sont alors convoqués pour faire accepter l’inacceptable.

D’abord, on revêt la pensée raciste d’un vernis scientifique en instrumentalisant des chiffres, comme ceux de l’Insee indiquant que 6 millions d’immigrés vivaient en France en 2014, 43,8 % provenant d’Afrique, soit 3,9 % de la population. Ou ceux d’un sondage Ifop de 2016 selon lequel 18,8 % des nouveau-nés de sexe masculin ont un prénom musulman.

Banalisation

Ces statistiques seraient la preuve qu’une « population de souche » disparaîtrait au profit d’une autre, extra-européenne, en cheville avec une « élite mondialisée » qui l’aiderait à réaliser son projet de destruction de la nation française. Les médias banalisent ce message en donnant la parole à des personnalités telles qu’Éric Zemmour, qui distillent leur venin. Une fois ce poison introduit dans la population, les politiques exploitent sa colère.

En 2017, le nombre de Français en Côte d’Ivoire a augmenté de 4,7 %… Auraient-ils un projet de remplacement ?

Et voilà comment on impose l’immigration et l’identité comme thèmes prépondérants dans le débat. Avec comme résultat la conviction, pour une moitié de la population, qu’il y a trop d’immigrés en France, selon le rapport 2018 de la Commission consultative des droits de l’homme.

Étonnements et moqueries

Les adeptes du « grand remplacement », popularisé par l’écrivain Renaud Camus, oublient une chose : pour qu’il y ait une amorce de remplacement, il faut une volonté de remplacer ! Or personne n’a entendu parler de ce sujet en Afrique, et son évocation soulève au mieux étonnements, au pire moqueries.

Qui quitterait le continent dans le but de remplacer un Européen chez lui ? Peut-on sérieusement penser que les 150 000 étudiants africains inscrits dans l’enseignement supérieur en 2019 espèrent bouter hors des amphis leurs camarades et leurs professeurs « de souche » en vue d’instaurer un entre-soi africain ? Qui voudrait pour cela s’infliger les humiliations subies devant les consulats français dans l’espoir d’obtenir un visa ?

Les immigrés n’ont pas l’intention de se substituer aux Français sur leur sol. J’ai d’ailleurs un chiffre à soumettre à messieurs Camus et Zemmour : en 2017, le nombre de Français en Côte d’Ivoire a augmenté de 4,7 %… Auraient-ils un projet de remplacement ?

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