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Cet article est issu du dossier «Comores : nouveaux horizons»

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Économie

Comores : objectif émergence économique en 2030

Le président des Comores Azali Assoumani à sa sortie du palais de l'Elysée, en octobre 2016.

Le président des Comores Azali Assoumani à sa sortie du palais de l'Elysée, en octobre 2016. © Christophe Ena/AP/SIPA

Le président Azali Assoumani se rend à la Conférence de Paris avec un vrai programme : le Plan Comores émergent. Et la ferme intention d’attirer les investisseurs pour financer ses ambitions.

Les 2 et 3 décembre, l’Union des Comores a fixé un rendez-vous à la communauté économique internationale, qu’elle ne peut pas se permettre de manquer. Cet événement, organisé à Paris, se veut plus qu’une simple « conférence des bailleurs », à l’exemple de celles déjà organisées par le passé, à Maurice en 2005 puis à Doha en 2010, dont beaucoup des dons étaient restés à l’état de promesse. Les autorités comoriennes s’adressent cette fois à leurs « partenaires au développement ».

Une formule qui permet d’englober le secteur privé et la diaspora avec les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux traditionnels. C’est que le pays revient de loin. En 2015, son économie était encore à l’arrêt, avec une croissance qui progressait de moins de 1 %. Il n’a donc pas d’autre choix que d’étendre le spectre de ses donateurs potentiels s’il veut être présent à un autre rendez-vous, fixé cette fois par Azali Assoumani : celui de son émergence économique à l’horizon 2030.

Plan Comores émergent

D’autant plus que le chef de l’État a annoncé des objectifs précis qui entraînent la remise en cause de certaines pratiques et habitudes qui ont fait que, presque quarante-cinq ans après son accession à l’indépendance, le pays semble presque aussi démuni qu’aux premiers jours.

L’archipel fait cette fois le déplacement avec un vrai programme, le Plan Comores émergent (PCE), défini pendant de long mois avec l’aide des administrations concernées et des experts du Pnud et de la Banque mondiale. Les chantiers ne sont pas difficiles à identifier tant il y a à faire, en matière d’infrastructures et d’environnement des affaires, de formation des ressources humaines ou d’accès aux financements afin de mettre pour de bon le pays sur la voie du développement économique, mais l’ordre des priorités compte.

Fenêtre de tir

Car le pays n’a plus de temps à perdre, tant son économie semble fragile et, en l’état, incapable de pouvoir faire face au moindre choc extérieur, qu’il s’agisse d’une catastrophe naturelle ou de la variation des cours internationaux de ses principaux produits d’exportation. Le passage dévastateur du cyclone Kenneth en avril a suffi pour faire perdre au pays 1 point de croissance et freiner la dynamique enclenchée ces trois dernières années. Après avoir culminé à 3,8 % en 2018, son taux ne dépassera pas les 2,4 % cette année, après la destruction d’une large partie des cultures vivrières du pays.

C’est justement pour renforcer les fondamentaux d’une économie particulièrement fragile qu’Azali Assoumani vient à Paris chercher « les 4,2 milliards de dollars », qui doivent permettre aux Comores de franchir un pas décisif en matière de développement. Il bénéficie pour cela d’une fenêtre de tir qu’il ne faut pas laisser passer, tant les périodes de stabilité politique ont été jusqu’alors rares dans l’histoire du pays.

À lui d’en profiter pour venir à la rencontre des investisseurs du monde entier et les convaincre de prendre le relais des institutions financières, dont les dons et les prêts accordés dans le cadre de l’Aide publique au développement (APD) concourent chaque année à hauteur de 80 % aux dépenses d’investissements. Au premier rang de ces contributeurs potentiels figurent les membres de la diaspora. Leurs transferts de fonds soulagent certes le quotidien des familles et participent au rééquilibrage de la balance commerciale du pays, mais ils participent peu à la relance de l’économie.

Loin d’être un catalogue de bonnes intentions, le PCE fixe une feuille de route censée rétablir la confiance des investisseurs pour les voir construire et gérer les ports et les aéroports, les centrales solaires et les unités de transformation agricole, les établissements touristiques ou financiers, qui manquent tant au pays.

Transformation en profondeur

L’Union des Comores n’a pas attendu la réunion de Paris pour commencer sa mue. Ces dernières années, le gouvernement a réussi à redémarrer les centrales thermiques du pays qui ont permis de rebrancher l’économie locale sur le courant continu. Un certain nombre de textes ont été promulgués ou complétés pour améliorer l’environnement réglementaire des affaires et, même si tous ne sont pas encore appliqués, ce toilettage a permis aux Comores de gagner quatre places dans le classement Doing Business, dévoilé en octobre par la Banque mondiale.

Pour retrouver un peu de marges budgétaires, et montrer au passage qu’il était lui-même prêt à faire des efforts, l’État comorien cherche surtout à mieux mobiliser ses recettes tout en optimisant ses dépenses.

Les douanes ont par exemple subi une transformation en profondeur qui en fait aujourd’hui l’un des services les plus efficaces du continent, alors que le PCE prévoit à moyen terme d’informatiser les principaux services publics afin de réduire les coûts d’une administration pléthorique qui absorbe chaque année près des deux tiers du budget de fonctionnement de l’État, réduisant à la portion congrue ses capacités propres d’investissements. D’où l’importance que l’Union des Comores réussisse son opération séduction de décembre, pour voir ses partenaires lui donner les moyens de ses ambitions.

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