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Politique

France : de Hervé Berville à Huguette Tiegna, ces jeunes espoirs qui siègent à l’Assemblée

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Mis à jour le 28 novembre 2019 à 16h47
Hervé Berville, Huguette Tiegna, Sonia Krimi et Naïma Moutchou.

Hervé Berville, Huguette Tiegna, Sonia Krimi et Naïma Moutchou. © Photomontage JA

Pour certains, conquérir un siège de député marque l’apogée d’une carrière politique. Pour d’autres, il ne s’agit que d’un marche pied vers d’autres fonctions plus importantes encore, et plus exposées.

Élus en 2017 sur les listes du nouveau parti majoritaire, Huguette Tiegna, Sonia Krimi, Naïma Moutchou et Hervé Berville font partie de ces jeunes députés dont on murmure déjà qu’ils pourraient bien, un jour ou l’autre, accéder à des postes ministériels.

• Huguette Tiegna, le double héritage

Huguette Tiegna, députée de la 2ème circonscription du Lot. A l'Assemblée nationale le 7 novembre 2019.

Huguette Tiegna, députée de la 2ème circonscription du Lot. A l'Assemblée nationale le 7 novembre 2019. © Camille Millerand/ DIVERGENCE pour JA

Quand on est député d’origine étrangère, on se sent parfois coincé entre deux mondes

39 ans, née en France de parents marocains, avocate. Députée LREM du Val-d’Oise, membre de la Commission des lois ainsi que des groupes d’amitié France-Maroc et France-Serbie.

Le profil de la Franco-Burkinabè Huguette Tiegna est atypique. En 2009, elle a quitté Bangassogo – la ville frontalière avec le Mali où elle est née, en 1982, dans une famille d’origine paysanne – et a posé ses valises au Havre, en France, afin de poursuivre sa formation en génie électrique. Rien ne la destinait à devenir députée : « Je n’ai jamais fait de politique, raconte-t-elle. Et n’ai même jamais voté au Burkina. »

En 2015, pour que sa vie bascule, il a suffi d’une rencontre avec Emmanuel Macron lors d’une visite de celui qui n’était encore que ministre de l’Économie dans la start-up (Whylot) où elle travaillait au développement de moteurs électriques pour l’éolien et l’automobile. Son ascension va dès lors être fulgurante.

Dès 2016, elle rejoint En Marche !, est désignée comme candidate dans la 2e circonscription du Lot et arrive en tête avec 53,25 % des voix. La campagne ne fut pourtant pas une partie de plaisir. « Quand je faisais du porte à porte, raconte Huguette Tiegna, on m’a parfois prise pour un Témoin de Jéhovah ! »

Généralement discrète dans l’Hémicycle, il lui arrive pourtant de se faire remarquer. En juillet 2018, elle a surpris en votant pour la loi asile et immigration. « On ne peut pas être d’accord sur tout, estime-t-elle. Mais dès lors qu’on approuve ne serait-ce que 60 % du contenu d’une loi, on peut très bien la voter et négocier le reste ensuite. »

Après dix années en France, elle est en mesure de dresser un bilan : « Quand on est député d’origine étrangère, on se sent parfois coincé entre deux mondes. » Mais ces deux mondes, ces deux héritages, n’est-elle pas en train de les concilier en étant vice-présidente du groupe d’amitié France-Burkina à l’Assemblée nationale ?

• Sonia Krimi, frondeuse en marche

Sonia Krimi, lors de la table ronde qu'elle a organisé sur le thème « La libération de la parole des femmes. Et après ? », à Cherbourg-en-Cotentin, le 20 novembre 2017.

Sonia Krimi, lors de la table ronde qu'elle a organisé sur le thème « La libération de la parole des femmes. Et après ? », à Cherbourg-en-Cotentin, le 20 novembre 2017. © Collab SK/CC/Wikipédia

Elle se qualifie de « femme de gauche qui aime travailler avec des gens de droite »

39 ans, née en France de parents marocains, avocate. Députée LREM du Val-d’Oise, membre de la Commission des lois ainsi que des groupes d’amitié France-Maroc et France-Serbie.

Portable toujours à la main, Sonia Krimi est une femme pressée. Pour réussir à la voir, il faut s’armer de patience, car elle n’hésite pas à faire attendre ses hôtes, surtout quand elle doit participer à une commission de travail sur l’immigration. Un sujet qui lui « tient à cœur » et un motif de discorde avec nombre de ses collègues, même au sein de sa majorité.

« L’immigration est devenue un sujet inaudible », résume-t-elle. Parce que trop de députés l’assimilent à l’islamisme et à la banlieue. Cela les amène à monter en épingle des sujets secondaires comme l’aide médicale de l’État [AME] pour les étrangers – qui ne coûte pourtant à la Sécurité sociale que 900 millions d’euros par an.

Après des études supérieures de commerce à Tunis, la jeune femme débarque en France en 2005 pour passer un second master à l’Edhec, à Toulon, puis, en 2012, soutient une thèse en management.

Aujourd’hui, Sonia Krimi est au nombre des députés LREM qui dénoncent l’augmentation des frais de scolarité des étudiants étrangers. Elle est favorable à la mise en place de « visas multi-entrées » d’une dizaine d’années pour mettre fin à la pression que beaucoup d’entre eux subissent en fin de cursus.

Passée par l’université Paris-2 Panthéon-Assas, où elle a enseigné, et par le secteur privé, Sonia Krimi a gagné beaucoup d’argent et ne s’en cache pas. Elle se qualifie de « femme de gauche qui aime travailler avec des gens de droite ». Binationale franco-tunisienne, elle retourne tous les deux mois à Djerba. Elle voit ces déplacements comme un « acte de résistance » dans ce pays frappé, ces dernières années, par de nombreuses attaques terroristes.

• Naïma Moutchou, la future Rachida Dati ?

Naïma Moutchou, députée française, photographiée dans son bureau à l'Assemblée Nationale le 13/11/2019. François Grivelet pour JA.

Naïma Moutchou, députée française, photographiée dans son bureau à l'Assemblée Nationale le 13/11/2019. François Grivelet pour JA. © François Grivelet pour JA

On le sait peu, mais les parlementaires interviennent souvent dans les relations de la France avec d’autres pays

39 ans, née en France de parents marocains, avocate. Députée LREM du Val-d’Oise, membre de la Commission des lois ainsi que des groupes d’amitié France-Maroc et France-Serbie.

« Mes parents sont berbères. Ils se sont connus au Maroc et ont émigré en France dans les années 1960. Au départ, ils ne parlaient évidemment pas le français, pas plus que l’arabe, d’ailleurs, puisqu’ils n’ont jamais été scolarisés. C’était une sacrée aventure ! »

En 2017, séduite par les prises de position d’Emmanuel Macron, la jeune femme met entre parenthèses sa carrière d’avocate dans un grand cabinet parisien. Brillante et travailleuse, elle se distingue rapidement au sein du groupe LREM de l’Assemblée, au point d’être nommée « whip » de la Commission des lois, terme emprunté à la vie parlementaire américaine qui désigne la coordination du travail des députés du groupe.

Si les affaires étrangères ne sont pas au nombre de ses attributions, elle rappelle qu’il est loisible à chaque député de jouer un rôle vis-à-vis de l’étranger : « On le sait peu, dit-elle, mais les parlementaires interviennent souvent dans les relations de la France avec d’autres pays. Nous rencontrons des délégations, organisons des auditions sur des sujets d’actualité, portons la bonne parole et, parfois, négocions des contrats. Et puis il y a les groupes d’amitié, qui ne sont plus les coquilles vides qu’ils étaient sous les précédentes législatures. »

Mais ce sont surtout ses compétences juridiques qui intéressent ses amis de la majorité. Certains la verraient bien devenir un jour garde des Sceaux, comme Rachida Dati, à laquelle on la compare souvent, ce qui la fait sourire : « Bien sûr, nous sommes juristes… Bien sûr, elle se prénomme Rachida, et moi Naïma… On ne peut nier qu’après sa nomination, elle est devenue un symbole, mais comparaison n’est pas raison ! »

• Hervé Berville, représentant de Macron à Kigali

Hervé Berville Député à l'Assemblée Nationale le 14 novembre 2019© Bruno Levy pour JA

Hervé Berville Député à l'Assemblée Nationale le 14 novembre 2019© Bruno Levy pour JA © Bruno Levy pour JA

C’est le président en personne qui m’a demandé d’y aller, et bien sûr j’ai dit ou

29 ans, né au Rwanda, économiste. Député LREM des Côtes-d’Armor, membre de la Commission des affaires étrangères et du groupe d’amitié France-Burundi-Rwanda.

L’histoire personnelle d’Hervé Berville, l’un des plus jeunes députés de l’Assemblée, a souvent été racontée. Né au Rwanda en 1990, il a été, quatre ans plus tard, évacué vers la France après le massacre de sa famille tutsie. Adopté par une famille bretonne, il a suivi un cursus scolaire et universitaire impressionnant : de Sciences Po Lille à la London School of Economics.

Par la suite, il s’est spécialisé dans l’économie du développement, au Mozambique et au Kenya. C’est d’ailleurs à Nairobi qu’il a créé une section locale d’En Marche !

« En 2014, j’avais adhéré au PS, se souvient-il avec amusement, mais je n’y suis resté qu’un mois et demi. Ça ne correspondait vraiment pas à ce que j’attendais de la politique. » Investi pour les législatives de 2017, il est élu. « J’étais jeune et noir, dans une circonscription de gens plutôt âgés où l’immigration est faible. Mais ça n’a posé aucun problème. Je n’ai même pas eu une affiche taguée ! Les Bretons sont de grands voyageurs, ils sont tournés vers le monde. »

À l’Assemblée, il travaille souvent sur la ruralité – « c’est de là que vient ma famille adoptive » – et sur l’aide au développement. Mais c’est surtout au cours de l’été 2019, quand il a représenté la France lors des commémorations des 25 ans du génocide des Tutsis du Rwanda, qu’il a accédé à la notoriété.

« Le président m’a demandé d’y aller, et j’ai bien sûr accepté. C’est un honneur de représenter la France, en particulier dans le pays où je suis né, et où j’ai d’ailleurs été extrêmement bien reçu. Bien sûr, tous les points de divergence n’ont pas disparu, mais le président Macron estimait que c’était l’occasion de changer la nature des relations entre les deux pays en insistant sur l’avenir et la jeunesse »

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