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Cet article est issu du dossier «Comores : nouveaux horizons»

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Banque commerciale

Comores : les banques en manque de crédits

La Banque pour l'Industrie et le Commerce (BIC), à Moroni

La Banque pour l'Industrie et le Commerce (BIC), à Moroni © David Stanley

Échaudés par leurs difficultés passées, les établissements bancaires se contentent souvent de gérer les dépôts. Pourtant, l’économie, largement sous-financée, a impérativement besoin d’une mobilisation du secteur.

Les Comores connaissent un véritable paradoxe. Alors que l’économie de l’archipel reste largement sous-financée et manque d’investissements tant publics que privés pour véritablement pouvoir décoller, sa place financière affiche une situation de sur­liquidité presque incongrue, au regard de la faiblesse chronique des banques et surtout de la taille réelle du marché bancaire.

Dans un contexte aussi étriqué, les milliards de francs comoriens injectés chaque année dans le pays par la diaspora provoquent des effets distordants qui ne poussent pas les banques à jouer pleinement leur rôle, malgré la libéralisation du secteur opérée en 2005. « Les enseignes se contentent encore beaucoup de gérer les dépôts et rechignent à accorder des crédits », constate Souef Kamalidini, conseiller auprès du ministre des Finances.

Et quand elles le font, c’est essentiellement pour accorder des produits à court terme pour soutenir la consommation intérieure, alimentée par les transferts de fonds de la diaspora.

Prêts improductifs

Les difficultés quotidiennes de la plupart des Comoriens ne leur permettent pas d’économiser – l’épargne privée représente moins de 4 % du PIB, contre près de 14 % en moyenne en Afrique subsaharienne – et les quatre banques commerciales présentes sur la place comorienne ne les y poussent pas.

« Elles proposent des prêts pour financer les grands mariages ou pour aller faire des achats à Dubaï, qui ne créent aucune richesse sur le territoire mais qui leur permettent de limiter leur part de risque », explique l’un des représentants du secteur privé local, qui regrette la frilosité des banques à investir dans l’économie réelle et productive.

Les prêts improductifs représentent plus de 20 % des crédits accordés

Mais certaines d’entre elles reviennent de tellement loin. C’est le cas de la Banque de développement des Comores (BDC), qui, après avoir failli disparaître il y a cinq ans, commence tout juste à retrouver une certaine vitalité, ou de la Banque pour l’industrie et le commerce (BIC), dont l’actionnaire principal, BNP Paribas, cherche à se débarrasser depuis plusieurs années.

En cause, « la difficulté pour les établissements à gagner de l’argent alors que les prêts improductifs représentent plus de 20 % des crédits accordés, ainsi que le taux de créance élevé auquel ils doivent faire face et qui limitent leurs activités de crédits et donc le financement de l’économie », résume l’un des principaux banquiers de la place.

La situation s’est néanmoins bien améliorée au cours de la dernière décennie. Selon la Banque centrale, l’encours des dépôts a été multiplié par trois, pour atteindre 104 milliards de francs comoriens (plus de 210 millions d’euros) en 2018. Et l’encours des crédits – bien que leur attribution reste limitée à ceux qui possèdent des biens immobiliers – a connu une progression du même ordre, pour un total de 80 milliards de francs comoriens.

Plus d’audace

Alors que seulement 9 % de la population dispose d’un compte en banque, la marge de progression est importante pour les banques commerciales, qui vont devoir faire preuve de plus d’audace dans les produits et les services financiers qu’elles proposent pour que l’épargne puisse se développer et que les crédits puissent se généraliser.

C’est le cas avec les services de mobile money, qui commencent à voir le jour dans le pays. BDC vient même d’inaugurer en octobre, avec Holo, la première interface de mobile banking, « qui permet de toucher un nouveau segment de clientèle », apprécie Gervais Atta, le patron de cet établissement détenu majoritairement, depuis le début de cette année, par le groupe français Duval.

Mais l’urgence pour les banques consiste à réduire significativement l’encours des créances afin de poursuivre l’assainissement de leurs portefeuilles et de retisser des liens de confiance entre elles et avec leur clientèle. « Le potentiel est énorme, mais tout reste à organiser », insiste Gervais Atta, qui se rendra à la Conférence des partenaires pour le développement des Comores les 2 et 3 décembre à Paris pour rassurer les investisseurs étrangers sur le sérieux de la place bancaire locale.

D’autant que les quatre acteurs du secteur semblent prêts à travailler ensemble. Depuis un an, ils partagent certaines informations au sein d’une centrale des risques. Avant qu’une syndication des financements, voire la constitution d’un marché interbancaire ne voient le jour, autour d’une Banque centrale qui disposerait des outils nécessaires pour réorienter les flux de liquidités selon les besoins. Et donner ainsi les moyens à l’archipel et à ses habitants de financer leurs ambitions.

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