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Littérature : et il est comment le dernier… Louis-Philippe Dalembert ?

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Mis à jour le 03 décembre 2019 à 17h14
Une embarcation de migrants et de réfugiés attend d'être secourue en mer Méditerranée, en février 2018 (image d'illustration).

Une embarcation de migrants et de réfugiés attend d'être secourue en mer Méditerranée, en février 2018 (image d'illustration). © Olmo Calvo/AP/SIPA

C’est une tragédie qui s’écrit sous nos yeux, et, par paresse ou lâcheté, quand ce n’est pas par mépris, nous les gardons fermés. Avec son nouveau roman, l’écrivain haïtien Louis-Philippe Dalembert, lauréat du Prix de la langue française 2019, nous force à les ouvrir.

Et c’est douloureux. Mur Méditerranée nous raconte en effet le voyage de trois femmes, Chochana la Nigériane, Semhar l’Érythréenne et Dima la Syrienne, qui, pour des raisons différentes, ont choisi le chemin de l’exil vers l’Europe.

De leur pays aimé mais incapable de leur garantir une vie décente à l’horreur de la traversée à bord d’un vieux chalutier, toutes trois défient leur destin, laissant derrière elles famille et rêves d’enfants ; les affres du trajet vont les priver de leurs dernières illusions.

Fait réel

Sans pathos mais avec précision, Louis-Philippe Dalembert décrit minutieusement la violence insigne des routes migratoires, l’ignominie des passeurs, le racisme, les extorsions, les abus, les viols, les meurtres…

Pas besoin de savoir que ce roman est inspiré d’un fait réel – le naufrage d’un bateau clandestin secouru par le pétrolier danois Torm Lotte, en 2014 – pour ressentir au plus profond de soi à la fois les souffrances des protagonistes et leur farouche volonté de vivre. Notamment parce que Louis-Philippe Dalembert s’est attaché à peindre Chochana, Semhar et Dima non comme des archétypes sans âme, mais plutôt comme des êtres tissés de contradictions, tantôt égoïstes, tantôt altruistes, tantôt racistes, tantôt ouverts aux autres.

Ainsi s’est-il longuement attaché à décrire les relations, notamment de pouvoir, entre les passagers du rafiot, selon leurs origines géographiques et sociales. Sans se laisser berner par l’idée romantique que tous les candidats à l’exil seraient embarqués dans la même galère, égaux face au malheur, Dalembert montre avec lucidité la domination des Africains du Nord sur leurs frères subsahariens et le racisme viscéral des passeurs libyens ou tunisiens, qui considèrent leurs passagers comme du bétail dont la vie n’aurait aucune valeur.

Immanquablement, ses descriptions rappellent les atrocités de la traite négrière : sur le chalutier perdu au milieu des flots, certaines vies humaines n’ont plus aucune valeur, quel que soit le prix payé, à l’avance, pour le voyage…

Précision journalistique

Visiblement traumatisé par le drame méditerranéen qui n’émeut qu’occasionnellement les médias grand public, l’auteur du Crayon du Bon Dieu n’a pas de gomme et de Noires Blessures a tenté d’unir dans ce texte fiction et précision journalistique. C’est ce qui en fait la force et, parfois, les faiblesses, quand l’homme engagé prend le pas sur le romancier. On aurait mauvaise conscience de le lui reprocher.

Mur Méditerranée, Louis-Philippe Dalembert, Sabine Wespieser Éditeur, 340 pages, 22 euros

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