Politique

Côte d’Ivoire : l’introuvable consensus sur la nouvelle CEI

Youssouf Bakayoko dirigeait la CEI depuis 2010.

Youssouf Bakayoko dirigeait la CEI depuis 2010. © ISSOUF SANOGO/AFP

Aucun consensus n’a été trouvé en vue de la formation d’une nouvelle Commission électorale indépendante (CEI), à mois d’un an de l’élection présidentielle d’octobre 2020. Pouvoir et opposition se renvoient la responsabilité de l’échec de cette institution centrale et controversée.

Les discussions en vue de la formation d’une nouvelle Commission électorale indépendante n’ont pas permis de trouver un consensus. La frange du FPI dirigée par Pascal Affi N’Guessan est donc la seule composante de l’opposition à l’avoir intégrée. Les deux autres sièges réservés à l’opposition sont occupés par Henriette Lagou, candidate malheureuse à la présidentielle de 2015, mais proche du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), et Daudet Yapi Yapo, l’ancien maire de Yakassé-Attobrou.

« L’État n’a pas respecté son obligation de créer un organe indépendant et impartial », estime Abraham Denis Yaurobat, du Groupe de plaidoyer et d’action pour une transparence électorale (GPATE), qui regrette que « la politique ait pollué les débats »

« Les torts sont partagés »

Pouvoir et opposition se renvoient la responsabilité de cet échec. Les autorités sont persuadées que certains opposants avaient pour seul objectif de repousser l’installation de la CEI pour que le calendrier électoral ne puisse pas être respecté. L’opposition estime de son côté que le gouvernement n’a jamais eu l’intention de réformer en profondeur la commission.

« Les torts sont partagés, résume un acteur des négociations. Personne n’a donné l’impression de vraiment croire en ce dialogue. Résultat, nous avons une CEI globalement proche du pouvoir. » « Elle n’est certes pas idéale, mais elle est déjà plus équilibrée que celle que dirigeait Youssouf Bakayoko [depuis 2010]. Le PDCI se comporte comme s’il voulait créer l’instabilité pour en tirer les dividendes », estime de son côté Pascal Affi N’Guessan.

Cette CEI va brûler le pays. Nous n’accepterons jamais qu’elle organise l’élection

Dans les rangs du parti d’Henri Konan Bédié, on estime que les représentants du chef de l’État et du ministre de l’Intérieur devraient être exclus de la CEI. On demande aussi que celle-ci soit présidée par un représentant de la société civile et que la composition des commissions locales soit revue. Le mécontentement est le même dans le camp de Guillaume Soro. « Cette CEI va brûler le pays. Nous n’accepterons jamais qu’elle organise l’élection. On ira jusqu’au bout et Alassane Ouattara assumera les conséquences », s’emporte Affoussiata Bamba Lamine, proche conseillère de l’ancien président de l’Assemblée nationale.

Déterminée à se faire entendre, l’opposition promet de rapidement battre le pavé. Selon nos sources, un compromis pourrait toutefois être trouvé si les autorités acceptent d’ouvrir la commission centrale à au moins deux nouvelles personnalités issues de l’opposition.

Des négociations au point mort

Ces derniers mois, la communauté internationale a plusieurs fois appelé les différents acteurs à trouver un terrain d’entente. Le sujet devrait être évoqué lors de la visite d’Emmanuel Macron en Côte d’Ivoire. Suffisant pour sortir de l’impasse ?

À voir. Car si des discussions informelles entre des proches d’Henri Konan Bédié et d’Alassane Ouattara ont lieu, les négociations officielles sont au point mort. Le chef de l’État, qui aurait aimé que Youssouf Bakayoko soit maintenu à la tête de la CEI, a plusieurs fois confié qu’il trouvait que son gouvernement avait fait assez de concessions. « S’ils ne sont pas contents, je confierai l’organisation des élections au ministère de l’Intérieur », a-t-il lancé en Conseil des ministres, s’agaçant de la lenteur des discussions.

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