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Cet article est issu du dossier «Tchad : les lignes de front d'Idriss Déby Itno»

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Politique

Tchad – Mahamat Zen Bada Abbas : « Le MPS est une machine à gagner »

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Mis à jour le 18 novembre 2019 à 14h58
Mahamat Zen Bada (Tchad), Maire de Ndjamena, lors d’une visite (interview) à jeune Afrique, le 13 octobre 2008, à Paris, France.

Mahamat Zen Bada (Tchad), Maire de Ndjamena, lors d’une visite (interview) à jeune Afrique, le 13 octobre 2008, à Paris, France. © Vincent Fournier/JA

Élections législatives, longévité au pouvoir, soupçons d’ingérence, alternance politique… Le Secrétaire général du Mouvement patriotique du salut (MPS) Mahamat Zen Bada Abbas répond aux questions de Jeune Afrique.

Enfant de l’indépendance, petit-fils et fils de militaires français – rescapés notamment des batailles de Verdun et de Diên Biên Phu –, Mahamat Zen Bada Abbas, né en juillet 1959 dans le centre du pays, déclare être, avant tout, « un patriote tchadien ».

Autodidacte pur jus, il a été grièvement blessé à trois reprises alors qu’il combattait au sein des forces alliées du Nord contre le régime de Hissène Habré. Très proche de l’actuel pouvoir, l’ancien général de police a été responsable de la campagne d’Idriss Déby Itno lors de l’élection présidentielle de 2016, en même temps qu’il prenait la direction du Mouvement patriotique du salut (MPS), le parti au pouvoir, dont son frère, Maldoum Bada Abbas, fut l’un des cofondateurs en 1990.

« Zen », lui, a été nommé en 1992 à la tête du mouvement des jeunes du parti. En 1999, il est devenu conseiller chargé de mission du chef de l’État. Il a ensuite été préfet de Kanem (Ouest), puis du Sila (Est). Il a intégré le gouvernement en 2002 comme ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Deux ans plus tard, il obtenait le portefeuille de la Décentralisation, avant de prendre en 2005 la tête du ministère de l’Intérieur jusqu’à son élection, en 2007, comme maire de N’Djamena.

Jeune Afrique : Les élections législatives, reportées depuis 2015, pourront-elles enfin se tenir avant la fin de cette année ?

Mahamat Zen Bada Abbas : Oui, le processus est déjà bien enclenché. Dans le cadre du CNDP [Cadre national de dialogue politique], la classe politique a pu discuter et a donné son quitus au gouvernement en mettant en place une Commission électorale nationale indépendante (Ceni) libre, indépendante et paritaire. L’arsenal juridique et tous les textes nécessaires sont prêts : la loi électorale a été promulguée en novembre 2018, de même que le code électoral et la charte des partis.

Dès lors que le processus est enclenché, je ne vois pas pourquoi les élections n’auraient pas lieu, même s’il faut prendre en compte les difficultés d’organisation, après la saison des pluies, dans nos 112 départements, dont certains sont enclavés. Pour notre part, nous sommes sereins. Le MPS est une machine à gagner, et notre bilan s’avère très positif, notamment grâce à la construction de nombreuses infrastructures et à la mise en place d’une politique sociale.

Pourquoi l’opposition s’inquiète-t-elle déjà de fraudes ?

L’opposition est dans son rôle, cela ne m’étonne pas qu’elle conteste. Elle a le même âge que nous, elle est née avec l’avènement de la démocratie. Mais je rappelle que la Ceni est paritaire, composée de quinze membres de l’opposition et de quinze autres de la majorité. Donc la préparation des élections est faite en toute collégialité et de manière indépendante. Le fait que nous soyons au pouvoir confère évidemment un avantage car cela nous donne une assise forte. Mais il appartient à chaque parti politique de présenter un programme qui puisse galvaniser les électeurs pour tenter de battre le MPS. Après, on peut toujours parler de fraudes, comme dans tous les pays du monde. Même aux États-Unis, il est arrivé qu’on demande que les voix soient recomptées manuellement.

Membres du bureau des jeunes du MPS du 2e arrondissement de N’Djamena.

Membres du bureau des jeunes du MPS du 2e arrondissement de N’Djamena. © Abdoulaye Barry

Si, demain, un opposant accède à la présidence, on verra alors s’il ne fait que du social

Que répondez-vous à ceux qui estiment que la majorité utilise l’argument sécuritaire pour s’autoriser des dérives ?

Le Tchad est entouré de pays en grande difficulté. Pensez-vous que nous devrions abandonner la gestion de l’État à ce moment-là ? Non, nous avons un devoir. Le président a prêté serment en jurant, notamment, qu’il protégerait les Tchadiens et l’intégrité du territoire. Et c’est bien la première préoccupation des citoyens. Ceux-ci ont connu trop de guerres…

Si, demain, un opposant accède à la présidence, on verra alors s’il ne fait que du social ! Le MPS ne s’accroche pas au pouvoir. Dans son histoire, il s’est sacrifié pour libérer le Tchad du joug d’une dictature. Cela fait, on a mis en place la démocratie, des partis politiques, une presse libre… Le jour où le peuple dira « non », Idriss Déby Itno quittera la présidence.

Comprenez-vous que certains opposants aient accusé Paris d’ingérence en faveur de votre majorité [après que des forces aériennes françaises ont bombardé une colonne de rebelles dans le nord-est du pays, début février] ?

Ces rebelles veulent imposer le changement au Tchad par les armes. Or personne ne connaît mieux le métier des armes qu’Idriss Déby Itno. Ceux qui s’assoient dans des salons feutrés et pensent que ce qu’a fait l’armée française en février est une ingérence ont tort. La France est un pays souverain qui a signé des accords militaires avec nous pour installer une base de Barkhane au Tchad. Ce n’est pas une occupation mais une coopération face à la menace terroriste. Imaginez que le Tchad soit demain déstabilisé par une colonne de jihadistes… C’est cela qu’on veut ? Dans ce cas, il n’y aura plus d’État de droit, et il n’y aura plus d’opposition.

Dans toute démocratie, l’alternance arrive un jour ou l’autre. Le MPS s’y prépare-t-il ?

Un parti politique est créé pour prendre le pouvoir et, lorsqu’il y parvient, il le conserve aussi longtemps que possible. Le MPS travaille dans la perspective de poursuivre son projet de société, de le faire mieux comprendre aux Tchadiens et de préserver une démocratie solide. Après, alternance ou non, rien n’est figé. Mais le MPS se battra toujours.

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