Politique

[Tribune] Vous avez dit « islamophobe » ?

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Mis à jour le 22 novembre 2019 à 10h55

Par  Fawzia Zouari

Des mannequins voilées exposées à la Foire musulmane du Bourget, près de Paris, en mars 2018 (image d'illustration).

Des mannequins voilées exposées à la Foire musulmane du Bourget, près de Paris, en mars 2018 (image d'illustration). © Christophe Ena/AP/SIPA

Tenir au modèle de société français – et plus particulièrement à la laïcité – ne devrait pas faire de vous un islamophobe ni un suppôt d’Éric Zemmour.

Je n’ai pas participé à la manif contre l’islamophobie qui a eu lieu ce 10 novembre à Paris. Je me méfie du terme « islamophobie », qui découle de la confusion entre, d’une part, la haine du musulman et, d’autre part, la dénonciation de l’islam politique ou la défense des principes de la République.

Parmi ceux qui récusent ce concept – à double tranchant – d’islamophobie, il y a des personnes ouvertes et tolérantes, des agnostiques humanistes, des chrétiens qui ont l’amour du prochain. Il y a des femmes et des hommes qui ont peur de la dérive religieuse, d’où qu’elle vienne. Il y a des militants de gauche qui défendront toujours l’homme humilié ou victime de racisme mais qui ont la sagesse de se soustraire aux manœuvres électoralistes et de rester vigilants face aux doubles discours.

Relais d’idéologies misogynes

Il y a des pourfendeuses du voile qui sont avant tout jalouses des droits de la femme. Et si elles s’opposent à cet accoutrement, c’est parce qu’il leur rappelle le patriarcat et la soumission de naguère et non forcément parce que celles qui le portent sont mahométanes. Elles regrettent que ces dernières deviennent, consciemment ou inconsciemment, le relais d’idéologies misogynes et inégalitaires.

Il y a des Français « de souche » qui n’ont rien contre les immigrés mais qui souhaitent une immigration attachée à une certaine intégration et qui soit partie prenante des choix de la communauté nationale. Des Français qui abhorrent le communautarisme sans vanter la seule identité française ; qui aiment l’histoire de leur pays sans verser dans la détestation de l’étranger ; qui défendent les ouvriers, les artistes, les SDF, quelles que soient leur religion ou leurs origines ; des républicains rétifs à tout projet qui tend à fabriquer des croyants au lieu de fabriquer des citoyens, et c’est normal : le combat pour la laïcité et le lourd tribut payé par la France pour ce principe ne sont pas chose négligeable.

Combat désuet

Et il y a des musulmans amoureux de la France, loyaux vis-à-vis d’un pays qui les a accueillis, à qui ils ont donné leur force de travail et où ils désirent élever leurs enfants, loin de toute radicalisation. Il y a des musulmans laïcs, décidés à promouvoir les valeurs universelles de justice et d’égalité. Il y a des immigrés fiers de leurs origines et qui ne souffrent d’aucun complexe vis-à-vis de la France mais qui osent dire leur préférence pour la laïcité à la française.

Il y a des enfants d’immigrés maghrébins qui ont en assez de voir salie leur image, bloqué leur parcours, en raison d’une poignée d’irréductibles islamisés haineux et amers, décidés à en découdre avec la République. Il y a des croyants qui ont une haute opinion de l’islam et qui veulent en être les représentants dignes et réconciliés avec la modernité ; pour qui l’apprentissage de la citoyenneté vaut autant que l’apprentissage de la foi.

Il y a des musulmanes qui se battent tous les jours pour leur carrière, pour l’égalité et pour tout ce qu’elles méritent, et qui se fichent complètement du combat désuet de celles qui mettent toute leur énergie à réclamer le port du burkini sur les plages ou de pouvoir fréquenter des lieux non mixtes. Il y a des mères musulmanes pour qui la santé de leurs enfants, leur éducation et leur avenir comptent davantage que le menu halal ou non de leur cantine scolaire.

Pour toutes ces raisons, si être islamophobe c’est défendre la laïcité, alerter sur les dangers de l’islamisme, oser critiquer l’orthodoxie musulmane, s’opposer au port du hijab, dénoncer le jihadisme des esprits tout autant que les ravages d’un racisme religieux et du rejet du « petit Blanc », alors je parie que la majorité silencieuse des citoyens musulmans de France est islamophobe et qu’elle ne fera rien pour se soigner.

Et n’allez surtout pas croire que je souffre d’une quelconque crise identitaire, que je me livre à un autodénigrement ni que je m’astreins à un devoir d’allégeance envers qui que ce soit : je reste une immigrée, maghrébine, arabe, musulmane sous le toit commun et neutre de la République.

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