Politique

Idriss Déby Itno : « Parfois la longévité au pouvoir est une bonne chose »

À Paris, le 13 novembre.

À Paris, le 13 novembre. © Vincent Fournier/JA

G5 Sahel, crise libyenne, Boko Haram… Au pouvoir depuis près de trois décennies, le président tchadien ne lâche rien. Et n’hésite pas à pointer du doigt les promesses non tenues de la communauté internationale.

À 67 ans, Idriss Déby Itno (IDI) a vécu plus de vies qu’une main compte de doigts. Il fut tour à tour pilote d’avion, rebelle, condottiere de méharées mécanisées, écrabouilleur des légions de Kadhafi, rebelle à nouveau, chef d’État enfin – depuis près de trois décennies. Il a connu cinq présidents français, de Mitterrand à Macron, résisté à une demi-douzaine de tentatives de renversement, qui échouèrent souvent aux portes de son palais, et lancé son armée – la meilleure de la région – sur des théâtres d’opérations parfois improbables mais aujourd’hui nécessaires : au Sahel, le Tchad est le maillon fort de la fragile chaîne sécuritaire face au péril jihadiste.

Pendant la période euphorique du pétrole cher, quand le taux de croissance flirtait avec les 20 % et que le PIB était treize fois supérieur à celui de 1990, IDI a beaucoup œuvré, transformant le visage de N’Djamena et luttant efficacement contre la pauvreté. Mais la chute brutale des cours du brut a plombé cet élan, entraînant le Tchad dans un cycle douloureux de restrictions rendues obligatoires par les potions amères du FMI. Privé de sa zone de confort, mais contraint de maintenir un niveau élevé de dépenses sécuritaires, Idriss Déby Itno doit gérer une contestation politique et sociale que la perspective de la prochaine présidentielle en 2021 ne pourra qu’alimenter.

Pour lutter contre l’insécurité dans le Sahel, nos partenaires nous ont promis ciel et terre. Mais quel est le résultat ?

Le 13 novembre, en marge du Forum de Paris sur la paix, au cours duquel il fut l’invité de plusieurs panels, autant pour son expertise que pour son langage souvent sans détours, Idriss Déby Itno a reçu Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Au Sahel, la crise sécuritaire s’enlise. Les États de la région sont-ils en train de perdre la guerre face aux jihadistes ?

Idriss Déby Itno : Comment peut-on parler d’échec ? Il faudrait que chacun ait joué le jeu et ait mis à disposition les moyens nécessaires. Nous, pays membres du G5 Sahel, avons eu beaucoup de réunions à travers le monde. Nos partenaires nous ont promis ciel et terre. Mais quel est le résultat ? Le problème, ce n’est pas que nous sommes dépassés, mais que nous n’avons pas les moyens de faire face.

Un exemple : pour faire fonctionner le G5 Sahel, nous avions demandé 400 millions d’euros à nos partenaires. Nous ne les avons pas obtenus. Pour lutter contre Boko Haram, Bruxelles a décaissé 50 millions d’euros en 2014, mais ils se sont volatilisés dans la nature – ou dans le giron administratif européen !

Vous plaidez également, mais en vain, pour une implication plus importante des Nations unies…

Oui, nous aurions voulu obtenir un mandat onusien de type « chapitre VII » pour les troupes du G5 Sahel. L’ONU a refusé. Nous avions également demandé que la force des Nations unies au Mali, la Minusma, ne soit plus seulement une force de maintien de la paix et devienne plus offensive. L’ONU a également refusé. Pendant ce temps, les terroristes ont repris du terrain au Mali et au Burkina Faso et, chaque jour, nous perdons nos soldats.

Faut-il selon vous aller vers une coalition internationale contre les jihadistes, comme en Syrie ?

Commençons par donner des moyens aux soldats africains.

Lors de l’entretien.

Le président Idriss Déby Itno, lors de l'entretien qu'il a accordé à Jeune Afrique le 13 novembre 2019, à Paris. © Vincent Fournier/JA

Il faut se souvenir d’une chose importante : on a détruit les armées africaines dans les années 1990, sous prétexte de plans d’ajustement structurels

Le financement ne doit-il pas également venir du continent ?

Bien sûr, mais la réponse ne peut pas venir que de quatre ou cinq pays. Elle doit être globale. Pour le moment, seul le Rwanda a apporté une contribution au G5 Sahel, à hauteur de 1 million de dollars. Aucun autre pays africain ne l’a fait. Pourtant, c’est une guerre africaine !

Cet article est réservé aux abonnés

Déjà abonné ?

Accédez en illimité à Jeune Afrique Digital
Accès à tout le site web - 2 applis - 1 édition digitale - 2 newsletters

(sans engagement, résiliez à tout moment)

(payez en une fois et profitez de 2 mois offerts !)

1 minute suffit pour vous abonner à Jeune Afrique Digital !

  • + d'analyses
  • + d'informations exclusives
  • + de débats
  • + d'historique (2 ans d'archives)
  • + d'avant-première (accès 24h avant la publication)
  • + de formats (site web, 2 applis, 1 magazine digital, 2 newsletters)

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte