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Économie

L’Italie s’impose discrètement parmi les grands investisseurs en Afrique

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Salini Impregilo a participé au projet de barrage Grande Renaissance sur le Nil Bleu, en Éthiopie.

Salini Impregilo a participé au projet de barrage Grande Renaissance sur le Nil Bleu, en Éthiopie. © AP/Sipa

L’Italie s’est hissée au rang de sixième investisseur mondial sur le continent. Les groupes de la péninsule y étendent leurs activités dans le sillage du géant Eni.

Alors qu’entre l’Afrique et Rome la coopération en matière de développement a longtemps pris le pas sur les affaires, les entreprises italiennes se font, ces dernières années, plus visibles sur le continent.

On le sait peu, mais selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) la péninsule s’est hissée en 2018 au rang de sixième investisseur mondial en Afrique, après la France, les Pays-Bas, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Chine, avec un stock d’investissements directs étrangers (IDE) de 28 milliards d’euros.

Et ce sont les pays d’Afrique du Nord qui restent en première ligne, même si, l’an dernier, l’Afrique du Sud et le Nigeria ont été les deux principaux destinataires de ces IDE, avec respectivement 4,5 et 1,3 milliards de dollars.

Eni, symbole de la présence italienne

La place de l’Italie dans ce classement tient surtout à la forte contribution d’Eni. À elle seule, cette société privée d’hydrocarbures, détenue à 30 % par l’État, pèse pour environ 8 milliards d’investissements, ce qui fait d’elle la plus africaine des sociétés italiennes. Eni est présente dans 14 pays du continent, qui représente 50 % de sa production et 60 % de ses réserves, détaille Marilia Cioni, une des porte-parole de la compagnie, avant de citer, parmi les projets emblématiques de la zone, OCTP, au Ghana, ou Block 15/06, en Angola.

Le groupe est également devenu un acteur majeur du gaz grâce à la montée en puissance du méga-champ égyptien de Zohr.

Si ce géant symbolise à lui seul la présence italienne sur le continent, d’autres entreprises s’y affirment de plus en plus. C’est le cas d’Enel Green Power, devenu, sous la houlette de son patron, Francesco Starace, l’un des premiers opérateurs privés en Afrique dans les énergies renouvelables.

Présente notamment en Afrique du Sud, en Zambie, en Éthiopie, au Kenya et au Maroc, l’entreprise a récemment lancé la Fondation RES4Africa, une plateforme consacrée à la formation, à l’assistance technique et à l’expertise. Terna gère, lui, des réseaux de transport d’électricité sous haute tension.

L’énergie au cœur des investissements italiens en Afrique

Avec le groupe tunisien de gaz et d’électricité Steg, cet opérateur est impliqué dans Elmed, grand projet d’interconnexion électrique transméditerranéen de 600 MW destiné à relier les réseaux des deux pays.

Les industries des transports, de l’agro-industrie et de l’énergie représentent ensemble 63,6 % du portefeuille des projets italiens en Afrique

Autre acteur incontournable, Salini Impregilo intervient – dans plus de 50 pays – dans la construction de centrales hydroélectriques et d’ouvrages hydrauliques. Depuis soixante-dix ans, il n’a cessé de se renforcer en Afrique, qui représente aujourd’hui 17 % de son chiffre d’affaires. L’Éthiopie lui doit de grands barrages, comme Gibe III et le barrage de la Renaissance ; le Zimbabwe, celui de Kariba, et le Ghana, celui d’Akosombo.

Dans le sud de la Namibie, la multinationale vient d’achever la construction du barrage d’eau de pluie de Neckartal, destiné à l’irrigation de terres agricoles.

« Les industries des transports, de l’agro-industrie et de l’énergie représentent ensemble 63,6 % du portefeuille des projets italiens en Afrique », soulignent les experts d’Export Trading & Cooperation (ETC), groupe italien qui accompagne les entreprises et les banques dans leurs projets d’investissement. Auxquels il convient d’ajouter l’industrie alimentaire, qui représente 9,1 % de ce portefeuille.

Ciment et agroalimentaire

Des groupes illustres, autrefois tournés vers l’Europe et qui se sont internationalisés, ciblent désormais le continent. À l’instar de Ferrero, le spécialiste de la confiserie, connu et reconnu pour son Nutella. Cette entreprise originaire d’Alba (Nord) s’appuie sur une présence commerciale dans les 54 pays du continent et sur une présence industrielle en Afrique du Sud et au Cameroun.

À Yaoundé, Ferrero produit aussi bien pour le marché camerounais que pour le Nigeria et la zone de libre-échange de la Cemac.

Enfin, les PME participent elles aussi au mouvement. Elles interviennent principalement dans la fourniture d’équipements industriels, notamment dans le ciment et l’agroalimentaire.

« L’an dernier, la demande en matière d’accompagnement de projets a augmenté de 30 %, souligne Anco Marzio Lenardon, Italo-Béninois et président de l’organisation Uniafrica, créée il y a dix ans par la Chambre de commerce italienne. Les dynamiques ont changé. Nombre de sociétés des régions du Nord, comme l’Émilie-Romagne ou la Vénétie, autrefois concentrées sur les marchés russes ou américains, cherchent aujourd’hui de nouveaux débouchés ». À commencer, donc, par le continent africain.

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