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Finance : cap sur l’Asie pour le marocain Attijariwafa Bank

Le siège d'Attijariwafa Bank à Casablanca, le 7 septembre 2011 (image d'illustration).

Le siège d'Attijariwafa Bank à Casablanca, le 7 septembre 2011 (image d'illustration). © Hassan OUAZZANI Pour Jeune Afrique

Installé dans quatorze pays africains, le premier groupe bancaire marocain rêve d’expansion intercontinentale et se dote d’une nouvelle équipe de choc.

Au siège de Casablanca, les équipes d’Attijariwafa Bank (ATW) n’en font plus un secret. Première banque du Maroc et septième sur le continent (53,32 milliards de dollars d’actifs en 2018), la filiale du holding royal Al Mada (ex-Société nationale d’investissement) s’imagine un avenir au-delà des frontières africaines. En octobre, une direction dénommée « Développement institutionnel et commercial Asie-Afrique » a été créée et confiée à une nouvelle recrue, Reda Hamedoun.

Diplômé de HEC, de la Sorbonne et de Harvard Kennedy School, cet ancien chargé de mission du cabinet royal a passé une décennie au sein de la Banque mondiale où il dirigeait jusqu’en novembre 2018 des équipes chargées des infrastructures pour la Chine, avant de conseiller pendant sept mois Hassan Ouriagli, PDG d’Al Mada.

Si ATW n’a pas voulu répondre à nos questions, des sources en interne nous ont confirmé ces récents développements. Fort de son expertise sur la Chine, Reda Hamedoun, 40 ans, a pour mission d’élargir le champ d’action d’ATW à l’Asie. Sans faire table rase du passé, le manager préfère bâtir une équipe neuve, de préférence en recrutant en externe, et budgétise ses besoins pour un démarrage en janvier 2020.

Accompagnement sur les deux continents

À travers sa nouvelle direction, ATW, qui compte déjà un bureau de représentation à Shanghai en partenariat avec Crédit Agricole, veut proposer un accompagnement sur les deux continents, suivant ainsi les traces de son challenger BMCE Bank of Africa (lire ci-dessous). Reda Hamedoun et ses équipes devront donc alimenter le portefeuille actuel avec des entreprises asiatiques à la recherche d’affaires sur le marché africain et vice versa.

« ATW n’a pas la prétention de concurrencer les plus grosses banques asiatiques. C’est impossible d’un point de vue capitalistique et également très dangereux, mais il y a du business à absorber au-delà du golfe de Sinaï, c’est ce qui les intéresse certainement », estime un bon connaisseur du secteur.

S’ils ont débauché Reda Hamedoun, c’est certainement en raison de son réseau asiatique, qui va aider la banque à promouvoir son image

Le groupe, dirigé depuis douze ans par Mohamed El Kettani, mise sur le renforcement jugé inéluctable des flux commerciaux et d’investissements entre les pays asiatiques et ceux du groupe, présent dans vingt-cinq États en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient. Le pari n’est pas gagné d’avance : peu de grandes entreprises chinoises, sud-coréennes ou singapouriennes connaissent ATW, et les attirer ne sera pas simple.

« S’ils ont débauché Reda Hamedoun, c’est certainement en raison de son réseau asiatique, qui va aider la banque à promouvoir son image », estime notre consultant. Au début de novembre, il a conclu un partenariat avec Export-Import Bank of China pour « la promotion des exportations africaines vers la Chine, le financement de l’investissement et la construction de parcs industriels dans les pays de présence » d’ATW.

Axe Proche-Orient/Moyen-Orient

ATW n’exclut pas de s’offrir quelques filiales, et Reda Hamedoun doit identifier les pays les plus intéressants ainsi que les formes juridiques des futures implantations (bureau, succursale, filiale…). « Cette nouvelle direction va, dans un premier temps, définir dans quelle région elle pense avoir le plus de possibilités pour y implanter une entité, et la forme juridique la plus adaptée », démêle notre consultant. ATW peut difficilement reproduire un modèle de banque universelle en Asie.

Aussi, la création de banques d’affaires réparties sur les zones les plus intéressantes paraît plus probable. « Je vois deux principaux territoires où le groupe pourrait s’implanter : le Moyen-Orient et la Chine », nous explique une source souvent missionnée à Dubaï par des clients évoluant entre les deux continents.

À travers son offensive en Asie, ATW œuvre aussi à la configuration d’un axe couvrant le Proche-Orient et le Moyen-Orient, la banque comptant des représentations en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. À preuve, Reda Hamedoun devra collaborer avec la filiale égyptienne, que dirige Boubker Jai, par ailleurs DG du pôle Banque de financement et investissement et des filiales financières. Reprise pour 450 millions d’euros à Barclays en 2017, ATW Egypt est à la peine, ses revenus baissent et sa rentabilité a été divisée par deux, à 2,2 % à la fin de 2018.

Selon nos informations, un nouveau plan de développement censé booster les performances commerciales et opérationnelles est à l’étude, alors que cette filiale n’a pu financer que 183 PME au premier semestre (contre plus de 1 000 pour ses principales rivales) dans le cadre d’un programme mis en place par Le Caire. « Le plus gros du business en Égypte est réalisé avec l’Asie. C’est un bon point de départ », estime un analyste. La nouvelle impulsion asiatique tombe donc à point nommé. De grands clients ayant quitté l’établissement après le départ de Barclays pourraient ainsi être tentés de revenir.


BMCE, en Chine depuis près de vingt ans

Le numéro trois marocain a été la première banque du royaume à s’aventurer en Asie. Son bureau de représentation à Pékin a été ouvert en 2000 et, en avril dernier, sa première succursale à Shanghai a été inaugurée, après une demi-douzaine d’années de négociations.

« Nous avons le privilège de compter désormais parmi la Communauté financière de Shanghai, en tant que banque chinoise, d’origine marocaine et de vocation africaine », s’était alors réjoui Othman Benjelloun, son président. Depuis cinq ans, BMCE a multiplié les accords avec des acteurs de l’empire du Milieu, comme China Development Bank, China Gezhouba Group Corporation et China Railway Construction Corporation (BTP), ou Sichuan Haite Hi-Tech Corporation (aéronautique).

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