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Cet article est issu du dossier «La Tunisie en pleine révolution culturelle»

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Politique

[Édito] En Tunisie, « le peuple veut »

Par

Frida Dahmani est correspondante en Tunisie de Jeune Afrique.

Kaïs Saïed à Tunis, dimanche 13 octobre 2019, au soir du second tour (image d'illustration).

Kaïs Saïed à Tunis, dimanche 13 octobre 2019, au soir du second tour (image d'illustration). © Ons Abid

La Tunisie joue-t-elle l’acte II de sa révolution ? Certainement puisque, lors des législatives et de la présidentielle d’octobre, les électeurs ont sanctionné un système obsolète et corrompu qui creuse les inégalités. Ils ont exprimé les mêmes revendications qu’en 2011, mais ils n’attendent plus de réponses, ils les exigent.

Conformément au slogan de campagne du nouveau président élu : « Le peuple veut ». Le pays entame donc une nouvelle étape, mais pour le moment le flou prévaut. D’abord en matière de représentativité, avec un Parlement encore plus morcelé, où les conservateurs et quelques extrémistes font leur entrée. Pourtant, la question identitaire avait été largement évacuée par le précédent mandat avec la promulgation de la nouvelle Constitution, en 2014, et l’aggiornamento opéré par Ennahdha, qui a mis le fait religieux à distance.

Construire un modèle différent

Finalement, la Tunisie se révèle telle qu’elle est, avec toutes ses disparités. Et il va désormais lui falloir composer avec un nouveau paysage politique, sans toutefois totalement éclipser l’ancien. Surtout, ne pas tenter de faire du neuf avec du vieux, mais construire un modèle différent, satisfaisant pour tous. Un objectif difficile à atteindre, voire hors de portée selon ceux qui estiment que certaines propositions – notamment la refonte totale du mode de gouvernance souhaitée par le président Kaïs Saïed – sont une utopie.

Il faudra du temps pour remettre à plat le système et évaluer la faisabilité du projet. Il faudra aussi des moyens. Et le bât blesse de ce point de vue, le pays continue de se débattre dans une crise financière due, en partie, à une absence de vision économique. Certes, l’année 2019 a été excellente pour l’agriculture et le tourisme, ce qui a permis de consolider les avoirs en devises et de redresser un peu la barre du dinar (qui avait perdu plus de 50 % de sa valeur face à l’euro). Il n’empêche, le coût de la vie pèse plus chaque mois, faute d’intervention énergique des pouvoirs publics dans l’informel et la nébuleuse des intermédiaires agroalimentaires.

Nouveau contrat social

Face à cette situation de plus en plus délicate, les citoyens boycottent certaines denrées devenues trop chères. Mais comment pourront-ils contrer la nouvelle hausse du prix des hydrocarbures et de l’énergie prévue pour 2020, ou la levée graduelle de la compensation sur certains produits ?

L’État, contraint de recourir à l’emprunt pour régler les salaires du contingent pléthorique d’agents de la fonction publique, n’a que de faibles marges d’investissement, malgré l’urgence qu’il y a à restructurer les entreprises publiques. Il lui sera difficile d’en finir avec la dette et les déficits dans les années à venir, mais il pourra rééquilibrer progressivement les comptes – à condition de prendre des mesures drastiques contre la corruption, l’évasion fiscale et l’économie parallèle.

Le pays est en quête d’un nouveau contrat social, à même d’apaiser les tensions et d’installer la confiance. Un projet réalisable si les Tunisiens, plongés dans les préoccupations du quotidien, prennent la peine d’évaluer le chemin parcouru depuis 2011. On aura beau critiquer et dénigrer, il s’est bien passé quelque chose d’exceptionnel. Il reste au pays à se remettre au travail et à marquer les points qu’il mérite sur les terrains politique, économique et social.

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