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Cet article est issu du dossier «La Tunisie en pleine révolution culturelle»

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Industrie

[Tribune] La Tunisie se cherche un nouveau modèle industriel

Par

Économiste, banquier d'affaires, PDG de la Banque d'affaires de Tunisie (BAT)

Une usine de Faurecia en République tchèque. L'équipementier automobile fait partie des six grandes entreprises qui vont recruter cette année en Tunisie.

Une usine de Faurecia en République tchèque. L'équipementier automobile fait partie des six grandes entreprises qui vont recruter cette année en Tunisie. © Petr Eret/AP/SIPA/2013.

L’analyse de la place et du poids de l’industrie en Tunisie révèle une décélération de sa croissance – elle est inférieure à la moyenne de celles des autres secteurs – et, donc, de sa contribution au PIB.

Elle met aussi en évidence la désindustrialisation du pays à partir de la fin des années 1990, avec la disparition de pans entiers de notre activité, dont ceux édifiés des années 1960 à 1980 avec la création de pôles de développement censés assurer, à terme, un équilibre régional. Industrie du papier à Kasserine et du sucre à Béja, transformation des phosphates à Sfax, chimie à Gabès, raffinage du pétrole à Bizerte, sidérurgie à Menzel-Bourguiba…

À partir des années 1980, la politique industrielle s’est limitée à l’aménagement de zones destinées à des activités de sous-traitance et d’assemblage à moindre valeur ajoutée. Une centaine ont été créées, réparties au sein des grands centres urbains du littoral et des régions de l’intérieur, ainsi qu’une dizaine de parcs technologiques, dont la localisation et le maillage sont à revoir.

Les inégalités se renforcent

Plusieurs études ont été menées dans les années 1990-2000, mais elles péchaient par manque de vision à long terme et de transversalité. Elles ont ainsi négligé de s’adosser à une politique d’aménagement du territoire planifiée à long terme, à l’horizon 2050, qui seule aurait permis d’anticiper et d’intégrer les changements structurels. Il est donc plus que temps de se reprendre, pour préparer l’ère de l’industrie 4.0.

Or dans le projet de budget 2020, censé donner les moyens d’infléchir les tendances, la part du ministère de l’Industrie est la seule à baisser (de 8,7 %) par rapport à 2019. Et en dépit de toutes les incitations à la décentralisation et au développement régional, le tissu industriel reste concentré sur le littoral. Loin de se réduire, les inégalités se sont renforcées. Les statistiques d’intentions d’investissements des huit premiers mois de 2020 consacrent cette fracture entre l’Est et l’Ouest. Trois gouvernorats (Tunis, Sfax et Sousse) concentrent à eux seuls 75 % des créations de sociétés dans l’industrie, 78 % dans les services et 94 % dans le commerce.

Pourtant le pays dispose de tous les atouts pour devenir un hub technologique international. Malgré la situation politique et économique, le potentiel d’innovation y est bien réel. Selon Bloomberg, la Tunisie est même le pays le plus innovant du continent.

Elle se classe au premier rang pour la qualité de son environnement entrepreneurial, elle dispose de la meilleure connexion internet mobile et elle forme environ 10 000 ingénieurs et techniciens par an dans les TIC et le numérique pour une population de 11,7 millions d’habitants. Les 1 200 entreprises des TIC progressent de 7,5 % par an, emploient 100 000 personnes et contribuent à 7,2 % du PIB – autant que le tourisme. Cet écosystème a encore été amélioré avec le Startup Act, qui offre un meilleur cadre au développement de l’innovation.

 Une stratégie gouvernementale nécessaire

Face à l’inertie des décideurs actuels, le gouvernement à venir devra s’atteler rapidement à la mise en place d’une nouvelle stratégie, en commençant par déterminer et acter les choix de spécialisations sectorielles à haute valeur ajoutée et à contenu technologique élevé : énergies renouvelables, innovation (intelligence artificielle, mécatronique, robotique, jeux…), agroalimentaire (en particulier l’huile d’olive et ses dérivés, où nous pouvons être leader mondial), industrie pharmaceutique (notamment les génériques) et services connexes, où nous avons de réels avantages compétitifs et sur lesquels il faut concentrer tout le dispositif d’incitation, de financement et d’accompagnement. Parallèlement, le tissu industriel existant devra être renforcé par une montée en valeur et en gamme.

En matière d’environnement des affaires, il faudrait supprimer les lois et règlements obsolètes afin de libérer les initiatives (selon le principe de confiance a priori et de contrôle a posteriori) et mettre en place les instruments adéquats pour financer les investissements dans les secteurs porteurs ; améliorer, aussi, les infrastructures et la logistique pour le transport des produits, la mobilité des personnes… Ces quelques mesures, appliquées avec la détermination et l’agilité nécessaires, seraient de nature à inverser les tendances et à nous positionner durablement dans l’industrie du futur.

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