Économie

Burkina Faso – Lassané Kaboré : « Malgré les difficultés, notre économie est résiliente »

Réservé aux abonnés | | Par - à Ouagadougou
Lassané Kaboré, ministre de l'Économie et des Finances du Burkina Faso

Lassané Kaboré, ministre de l'Économie et des Finances du Burkina Faso © Olympia de Maismont pour Jeune Afrique

À un an de l’élection présidentielle, le ministre burkinabè de l’Économie, des Finances et du Développement se montre confiant quant au programme national de développement. Comme pour l’adoption de la monnaie unique de la Cedeao.

À un an de l’échéance présidentielle, Lassané Kaboré, 51 ans, grand argentier du Burkina Faso, dresse un bilan positif de la mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (2016-2020), évalué à 15 400 milliards de francs CFA (23 milliards d’euros).

Si l’action gouvernementale est rendue difficile en raison de l’insécurité, il se félicite d’avoir pu maintenir une croissance soutenue. Également interrogé sur l’adoption d’une monnaie commune pour la Cedeao, il trace les contours de la mise en œuvre de cette réforme majeure.

Jeune Afrique : À un an de l’échéance du PNDES, quel bilan en tirez-vous ?

Lassané Kaboré : Entre 2011 et 2015, nous avions une croissance moyenne de 5,4 %. De 2016 à aujourd’hui, le taux moyen est de 6,4 %, malgré l’insécurité grandissante et les remous sociaux. Le PNDES a encouragé l’activité économique grâce à la mobilisation des ressources de nos partenaires. Les secteurs de la sécurité et de la défense engloutissent à eux seuls 20 % du budget, mais sans ce Plan nous aurions eu davantage de difficultés.

Il ne faut pas réduire le PNDES à un ensemble de projets. C’est le cadre de référence des réformes à réaliser, des projets et des programmes de développement à exécuter, et qui peut être ajusté si le contexte l’exige.

En raison de l’émergence de priorités comme l’adoption d’un programme d’urgence pour le Sahel, doté d’une enveloppe de 400 milliards de francs CFA, nous pouvons ne pas atteindre certains objectifs fixés, mais c’est ce travail de fond qui consolide la bonne tenue de l’économie.

Quels objectifs par exemple ?

Nous n’avons pas pu démarrer certains projets, comme la construction d’une usine d’engrais ou d’un barrage hydroélectrique dans l’Ouest. Mais plus de 615 km de route ont été bitumés. Nous anticipons la production de 100 mégawatts d’électricité solaire.

Nous avons bouclé avec la BAD le financement d’une route de 218 km vers la frontière du Niger. Nous avons déployé 1 700 km de fibre optique, construit un point d’atterrissement virtuel et un point d’échange internet qui a permis d’accroître la capacité de la bande passante et de réduire le coût de la connexion de 20 %.

Nous avons mis l’accent sur la construction d’écoles et de lycées techniques et avons débloqué plus de 30 milliards de francs CFA pour la gratuité des soins des enfants de moins de 5 ans.

Nous discutons avec les bailleurs de fonds pour le financement de la dorsale nord de la « route du poisson » pour désenclaver l’ouest du pays. Nous travaillons sur l’aménagement des agropôles du Sourou et surtout de Samendéni. Développer ces projets va renforcer la résilience face aux chocs alimentaires et créer des milliers d’emplois.

Cela nécessite des investissements publics. Quid de la santé financière de l’État ?

Malgré un contexte contraint, l’activité économique est résiliente, avec une croissance réelle du PIB anticipée à 6 % cette année grâce à la bonne tenue de l’or et de l’agriculture.

Entre 2018 et 2019, les recettes ont bondi de 10 % et devraient croître de 13,4 % l’an prochain. En 2018, plus de 88,6 % des recettes prévues ont été mobilisées, et, à la fin de juin, cette année, on était à 45 % !

Et les taux d’exécution budgétaires sont du même ordre. Le solde budgétaire global était en déficit de 4,9 % du PIB l’an dernier. Il est anticipé au-dessous de 3 % en 2019 et en 2020, en conformité avec la norme communautaire et nos engagements avec les partenaires de développement.

L’encours de la dette est en légère hausse, à 43,7 % du PIB cette année et à 48,4 % en 2020. Mais cela reste au-dessous de la limite de 70 % fixée en zone Uemoa.

Avec les attaques terroristes, c’est toute l’économie nationale qui est affectée

Quel est l’impact de la situation sécuritaire sur l’activité économique et les mesures de résilience mises en avant par l’exécutif ?

Malgré les efforts entrepris pour éradiquer le phénomène, la multiplication des attaques porte un coup dur à tous les secteurs de la vie économique et sociale. C’est toute l’économie nationale qui est affectée, pas seulement le Sahel, le Nord, l’Est et le Centre-Nord, régulièrement touchés par les attaques terroristes. La détérioration de la situation sécuritaire a un impact considérable sur le quotidien des communautés locales, dans l’agriculture, l’élevage, l’industrie extractive, le commerce et le tourisme.

Le PNDES, qui doit transformer structurellement l’économie pour une croissance forte, inclusive et créatrice d’emplois, est mis à rude épreuve. Pour maintenir le cap du développement, le gouvernement a lancé le Programme d’urgence pour le Sahel (PUS-BF), doté d’une allocation de 400 milliards de francs CFA, pour passer de l’urgence à la résilience en vue d’assurer une bonne mise en œuvre du PNDES.

Vous revenez de Paris, où les ministres de la zone franc se sont réunis. Tout le monde se pose la même question : comment va se dérouler l’adoption de l’éco, la monnaie commune de la Cedeao, l’année prochaine ?

C’est une initiative de la Cedeao, qui a réaffirmé en juin sa volonté d’aller vers cette monnaie unique en 2020 de façon graduelle, avec, premièrement, les pays qui respectent les critères de convergence.

Le précédent schéma, datant de 2009, qui prévoyait que les pays anglophones fassent d’abord leur monnaie à travers l’Institut monétaire d’Afrique de l’Ouest, installé à Accra, suivi d’une fusion avec le reste de la région, a montré ses limites.

À la suite d’une évaluation, en 2013, une task force menée par les présidents nigérien et ghanéen, élargie en 2015 à la Côte d’Ivoire et au Nigeria, a donné une nouvelle impulsion au projet et a abouti à l’adoption d’une nouvelle feuille de route en février 2017.

Quelles réponses ont été trouvées concernant le régime de change et la politique monétaire, considérés comme des points de blocage ?

Ces goulets d’étranglement ont été débloqués avec l’adoption d’un régime de change flexible, un ciblage de l’inflation et une Banque centrale de type fédéraliste, comme la BCE. Il reste à désigner le pays siège de cette institution et à estimer son capital, ainsi que le cadre de politique monétaire.

Mais dès lors que nous sommes convenus du régime de change, le reste devrait se mettre en place aisément. Nous misons sur la création, en 2020, de l’unité de compte en fixant les parités irrévocables par rapport à chaque monnaie, ce qui permettra d’autoriser les entreprises à ouvrir des comptes et à échanger en éco pour leurs transactions sans passer par le dollar américain ou l’euro.

C’est un processus de trois à cinq ans, afin de basculer graduellement vers la nouvelle monnaie. Au fur et à mesure, nous verrons quels pays maîtrisent le déficit et l’inflation pour in fine adopter l’éco. Je pense que les chefs d’État se réuniront à nouveau pour décider de l’horizon de la mise en place de cette monnaie au regard des progrès accomplis.

Le Nigeria sera le grand bénéficiaire de cette intégration monétaire

Donc, il n’y a pas de discussions spécifiques avec le Ghana et le Nigeria ?

Non. Le Nigeria représente 75 % du PIB de la région et près de la moitié de la masse monétaire. Selon moi, avec cette approche progressive, le Nigeria sera le grand bénéficiaire de cette intégration monétaire, alors que nombre d’entreprises rechignent à échanger avec ce pays en raison de leur méconnaissance du naira.

L’arrivée de l’éco va dissiper ces peurs, ou méfiances, vis-à-vis d’un grand centre de consommation, en instaurant la confiance et en servant de tremplin pour tirer les autres économies vers le haut comme l’Afrique du Sud le fait pour les pays de l’Afrique australe, dont les monnaies gravitent autour du rand.

La zone CFA va-t-elle être la première à adopter l’éco ?

Je ne pense pas que ce soit le schéma arrêté. Le Ghana s’est tellement investi. Accra a décaissé un million de dollars pour le fonds de création de l’éco, et la BCEAO, deux millions. Cela constituera un succès pour la Cedeao que ce ne soit pas la zone CFA qui adopte l’éco en premier. Beaucoup de pays tels que le Ghana, la Guinée ou le Nigeria peuvent respecter les critères de convergence et de stabilité macroéconomique.

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