Politique

Mali : crispations entre Tiébilé Dramé et Sidi Brahim Ould Sidati autour de l’accord de paix

Le ministre malien des Affaires étrangères, Tiébilé Dramé et idi Brahim Ould Sidati, président de la Coordination des mouvements de l'Azawad.

Le ministre malien des Affaires étrangères, Tiébilé Dramé et idi Brahim Ould Sidati, président de la Coordination des mouvements de l'Azawad. © Montage JA

Le président de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) tient le ministre malien des Affaires étrangères pour responsable du changement de discours de Bamako sur l’accord de paix.

Pour Sidi Brahim Ould Sidati, cela ne fait aucun doute : depuis que des opposants ont fait leur entrée au gouvernement, en mai, Bamako a changé de discours au sujet de l’Accord pour la paix et la réconciliation, allant jusqu’à remettre en question certaines de ses dispositions. Le président de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) en tient même Tiébilé Dramé, le ministre des Affaires étrangères, pour personnellement responsable.

Ancien poids lourd de l’opposition et président du Parti pour la renaissance nationale (Parena), le ministre n’a jamais fait mystère de ses réserves à l’égard de cet accord, signé à Alger en 2015. Résultat, entre les deux hommes, la tension monte depuis des mois.

« La CMA s’est sentie provoquée »

Tout commence le 25 mai, quand Tiébilé Dramé interpelle publiquement Sidi Brahim Ould Sidati, à qui il reproche de ne pas avoir chanté l’hymne national lors de la Journée de l’Afrique : « L’accord d’Alger, c’est le respect du drapeau national, le respect de l’hymne national. » La pique vexe l’ancien maire de la commune de Bèr, par ailleurs patron du Mouvement arabe de l’Azawad.

Nouvel incident, quelques semaines plus tard, quand Dramé réaffirme que la ville de Kidal, contrôlée de facto par les groupes armés, doit revenir dans le giron du gouvernement malien.

Pour ne rien arranger, en septembre, le gouvernement refuse d’organiser à Kidal sa réunion du Comité de suivi de l’accord de paix. La sécurité de la rencontre aurait été confiée aux groupes armés et aux forces internationales (Minusma et Barkhane), ce que Bamako ne peut accepter. « La CMA s’est sentie provoquée. Cela démontrait un manque de confiance envers elle en tant que partenaire », explique un diplomate européen en poste à Bamako. À la fin de septembre, les ex-rebelles ont donc annoncé leur retrait du « dialogue national inclusif ».

Depuis la signature de l’accord d’Alger, la donne a changé. Il y a quatre ans, le gouvernement malien était en position de faiblesse. Aujourd’hui, le climat politique s’étant relativement apaisé, Ibrahim Boubacar Keïta a davantage de latitude. Lors de son discours à la nation, le 22 septembre, le chef de l’État est allé jusqu’à évoquer la possibilité de modifier certaines dispositions de ce texte, « l’essentiel étant d’[en] conserver l’esprit ».

Sur la défensive

L’arrivée de Tiébilé Dramé à la tête de la diplomatie a accéléré cette évolution. Ses détracteurs lui reprochent d’avoir pris la main sur un dossier qui, initialement, n’était pas du ressort de son ministère.

« Il fait partie de ceux qui ont tenu les discours les plus argumentés contre l’accord, explique pour sa part Ibrahim Maïga, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS), à Bamako. L’une des préoccupations des opposants au texte, dont Dramé, porte sur les larges pouvoirs – exécutifs et législatifs – conférés aux présidents de région dans le cadre du processus de décentralisation. Selon eux, cela pourrait donner à ces derniers des idées d’autonomie, voire d’indépendance ! »

Sidi Brahim Ould Sidati exige, quant à lui, des discussions préalables à toute modification de l’accord. En vain pour le moment. « La CMA est sur la défensive, mais elle ferait mieux de prendre ses distances avec les jihadistes actifs dans le Nord et de demander des comptes à l’État sur l’absence d’avancées réelles dans l’application de ce texte », estime un autre diplomate.

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