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Cet article est issu du dossier «Madagascar : les douze travaux de Rajoelina»

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Politique

[Édito] Madagascar : à grande île, grandes ambitions

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Olivier Caslin est spécialiste des transports et des questions économiques multilatérales. Il suit également l'actualité du Burundi, de Djibouti et de Maurice.

Une vue d'Antananarivo, à Madagascar (photo d'illustration).

Une vue d'Antananarivo, à Madagascar (photo d'illustration). © Wikimedia Commons/Alex Dunkel/Visionholder

Élu sans contestation possible au début de l’année, le nouveau chef de l’État malgache a maintenant cinq ans pour moderniser la Grande Île et lui permettre de révéler toutes ses potentialités.

Andry Rajoelina a une vision pour son pays. Tout entière décrite dans les 124 pages du Plan Émergence Madagascar (PEM), que son gouvernement a présenté aux bailleurs de fonds en octobre.

En 2023, le pays aura changé de visage, tout comme sa capitale. Engorgée, polluée, surpeuplée, Antananarivo veut retrouver son lustre passé, quand elle était l’une des plus belles villes d’Afrique. Aéroport flambant neuf, routes et autoroutes, connexions électriques et voies d’adduction d’eau : les chantiers en cours et à venir ne manqueront pas de façonner un nouveau destin à la métropole. Ainsi en est-il du nouveau quartier de Tana Masoandro, d’où doivent émerger, dès 2020, les tours de verre des nouveaux ministères, reliées à la vieille ville par un train fonctionnant à l’énergie solaire.

Destinations touristiques

Mais les ambitions du président Rajoelina vont bien au-delà de Tana et concernent l’ensemble du territoire. Le Nord, autour de Nosy Be, doit devenir l’une des destinations touristiques les plus prisées de la sous-région, avec la construction de nombreux hôtels de luxe.

Sur la côte orientale, Toamasina va certainement demander plusieurs années pour devenir le « Miami de l’océan Indien » annoncé par le chef de l’État, mais son port ne devrait plus attendre que quelques mois pour enfin jouer son rôle de porte maritime du pays, voire de hub logistique pour l’ensemble de la sous-région.

Alors qu’un projet portuaire de grande dimension est également annoncé à Toliara, de l’autre côté de l’île, avec le soutien des Marocains de Tanger Med, Madagascar pourrait disposer à moyen terme des infrastructures nécessaires pour doper son commerce extérieur, et notamment ses exportations agricoles. Une bonne nouvelle pour le secteur, lui-même en plein renouveau grâce aux programmes de soutien aux différentes filières de production que le gouvernement a mis en place ces derniers mois.

Agenda « nationalisé »

En décidant d’avancer tous azimuts, le président prend le risque de provoquer une certaine incompréhension chez ses partenaires financiers, mais lui et son équipe justifient leur stratégie par une « malgachisation » du développement socio-­économique de l’île – soit le respect de certaines traditions et de rapports de force propres à la société malgache.

En « nationalisant » son agenda et en s’émancipant des influences extérieures, Andry Rajoelina retente l’expérience lancée des décennies plus tôt par Didier Ratsiraka. Sauf qu’à l’inverse de son prédécesseur il mise avant tout sur l’apport du secteur privé, local et international, pour soutenir ses initiatives.

Flatté d’avoir été qualifié de « patriote » par le pape François lors de la visite du souverain pontife à Madagascar en septembre, le président Rajoelina a rappelé qu’il restait avant tout un libéral, convaincu que les frontières doivent s’estomper devant les intérêts économiques, mais toujours dans le respect de ceux de la nation malgache.

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