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Cet article est issu du dossier «Santé : que valent vraiment les hôpitaux africains ?»

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Santé

Algérie : l’urgence hospitalière au bord de l’asphyxie

Grève à l’hôpital Mustapha-Pacha, à Alger, en janvier 2018.

Grève à l’hôpital Mustapha-Pacha, à Alger, en janvier 2018. © Billal Bensalem/NurPhoto/AFP

Manque de lits, pénurie de médicaments, personnel en sous-effectif… Si le budget alloué au secteur de la santé a plus que doublé en dix ans en Algérie, le malaise des services d’urgence illustre les difficultés de tout le secteur.

Aux portes des urgences chirurgicales du CHU Mustapha-Pacha, le plus grand hôpital d’Algérie, le ballet des ambulances est incessant. Elles déversent, dans le brouhaha des sirènes, un flot de malades à intervalles réguliers. Une femme entre en courant pour s’enquérir de l’état d’un proche. Policiers et agents de sécurité surveillent l’accès principal et l’intérieur du service. Des malades attendent, debout ou assis par terre, alors qu’une dizaine de personnes se pressent devant le box dédié au « tri médical ». « Si ce n’est pas urgent, vous allez en salle 3 », explique un agent aux personnes agglutinées devant la porte.

« C’est tous les jours la bagarre »

« C’est tous les jours la bagarre », lâche un infirmier de 25 ans. Après trois années d’études spécialisées, voilà plusieurs mois qu’il travaille ici. « On reçoit des personnes venues des 48 wilayas [régions]. Mais nous sommes en sous-effectif : deux infirmiers au lieu de cinq. »

Et depuis le début de l’année, le personnel de santé a été victime de 1 922 agressions physiques et de 27 909 agressions verbales. Ces violences et les mauvaises conditions de travail poussent « des milliers de praticiens médicaux, spécialistes et généralistes, à quitter le secteur public pour le privé », affirme Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP).

On se retrouve à gérer le manque de places, les problèmes administratifs et les pénuries de médicaments au lieu de pratiquer la médecine

« Il y a un lit d’urgence pour 13 000 habitants. On se retrouve à gérer le manque de places, les problèmes administratifs et les pénuries de médicaments au lieu de pratiquer la médecine », déplore Iskandar Bouazid, résident en chirurgie pédiatrique à l’hôpital Mustapha-Pacha. « Beaucoup de personnel paramédical qualifié, de sages-femmes, d’auxiliaires médicaux sont partis à la retraite, et le personnel qui reste ne peut pas assurer toutes les gardes. Nous faisons remonter les problèmes, mais l’administration, comme le ministère, n’a pas de stratégie à long terme. »

Et les salaires ne compensent pas ces difficultés : dans le secteur public, le salaire mensuel moyen d’un médecin généraliste est de 50 000 dinars (environ 370 euros), et de 70 000 dinars pour un spécialiste.

Passe-droits

Pourtant, le budget alloué au secteur de la santé a plus que doublé en dix ans, passant de 178 milliards à 398 milliards de dinars entre 2009 et 2019. Et le ministre Mohamed Miraoui rappelle qu’une évaluation est en cours « pour mettre en place une stratégie efficiente et définir la carte sanitaire ». Insuffisant pour rassurer les patients, qui dénoncent aussi la « maarifa », qui permet d’avoir accès plus facilement à certains soins ou médicaments.

« J’ai amené ma femme aux urgences, et on a voulu l’envoyer dans une structure éloignée de plusieurs kilomètres pour faire une radio, car le matériel était prétendument en panne. Mais après que j’ai appelé un ami dont une proche est infirmière, nous avons été rapidement pris en charge. En réalité, le matériel fonctionnait normalement », raconte un père de famille.

L’appauvrissement de la population aggrave encore la situation, souligne Iskandar Bouazid : « Certaines personnes ne peuvent pas payer 2 000 dinars pour voir un spécialiste. À l’hôpital, elles peuvent bénéficier d’une consultation gratuite. Du coup, les urgences sont submergées par des patients dont le cas, à 85 %, n’est pas grave. Et ce n’est que l’arbre qui cache la forêt. » Fataliste, il envisage de quitter le pays. Pour la France, peut-être, où il irait grossir le contingent de près de 5 000 diplômés algériens qui y exercent la médecine.

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