Société

[Chronique] Chute de Jacob Zuma en l’Afrique du Sud : on reconnaît l’arbre à ses fruits

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Ancien journaliste à Jeune Afrique, spécialiste de la République démocratique du Congo, de l'Afrique centrale et de l'Histoire africaine, Tshitenge Lubabu écrit régulièrement des Post-scriptum depuis son pays natal.

Le président sud-africain Jacob Zuma à Hamburg, en Allemagne, en juillet 2017.

Le président sud-africain Jacob Zuma à Hamburg, en Allemagne, en juillet 2017. © Markus Schreiber/AP/SIPA

L’arbre s’appelle Jacob Zuma, 77 ans, ancien vice-président et ex-président sud-africain. Fréquentation d’hommes d’affaires douteux, détournement de fonds publics pour des besoins personnels, pots-de-vin… La liste de ses rapines est longue.

Mais l’intéressé s’en moque. C’est comme si, dans son entendement, la turpitude était au-dessus de tout. Je me demande alors pourquoi certaines personnes décident, sur un coup de tête, d’entrer en politique.

Est-ce par altruisme ? Est-ce parce que, en regardant tout le monde de haut, ces personnages, imbus d’eux-mêmes, sont persuadés d’être les meilleurs et les seuls citoyens capables de développer leurs pays ? Ou est-ce seulement parce qu’ils ont le courage de montrer à l’humanité que, sans eux, rien n’est possible ?

Brigandage institutionnel

Mais les choses sont claires : sauf exception, ces gens, ces prétentieux, ne sont que des prédateurs. Jacob Zuma, sauf son respect, fait partie de cette engeance-là. Je ne jette pas à la poubelle ses qualités de danseur zulu. Quant à sa carrière politique, il doit, s’il a encore un peu de dignité, en avoir honte. Hélas, ce n’est pas son genre.

Il est de ceux qui sont obsédés par l’idée selon laquelle « la chèvre mange là où elle est attachée ». Sauf que ce que la chèvre broute ne lui appartient pas du tout. Sauf que beaucoup de ceux qui entrent en politique n’ont qu’une ambition : vivre au-dessus de leurs moyens en dilapidant les deniers publics.

L’objectif est simple : prouver à qui veut les regarder qu’ils sont riches et au-dessus de tout le monde. Comme si l’enrichissement illicite pouvait valoir l’intégrité.

Cela me pousse à me demander comment on peut être chef d’État, ministre, haut fonctionnaire, maire, etc., et n’avoir qu’une idée en tête : appauvrir davantage un pays déjà pauvre sans le moindre remords. Est-ce là la meilleure façon de gérer la cité et d’assurer le bonheur des citoyens ?

Même si Jacob Zuma et ceux qui lui ressemblent sont – mais qui peut en douter ? – sans scrupule ? Je ne suis pas en train de dire que le brigandage au sommet des États est une spécialité africaine. Il est universel, même si je ne me trompe pas en affirmant qu’il a pris des dimensions olympiques dans nos pays, où l’impunité a remplacé la rigueur de la loi.

Ce n’est pas en dépouillant le continent africain du peu qu’il possède que les prédateurs vont contribuer à son développement

Comment Jacob Zuma, homme sans le moindre scrupule, va-t-il s’en sortir ? En poussant ses avocats à demander mille fois au parquet de reporter sans cesse l’ouverture du procès ? Ce sera donc en février 2020 ? Attendons de voir. Pour ma part, j’ai une petite idée : souris qui n’a qu’un trou est bientôt prise.

Quoi que vous fassiez, Monsieur Zuma, l’avantage n’est pas de votre côté. Vous finirez par tomber dans les filets de la justice. Si vous avez encore un peu de dignité, il est temps de cracher le morceau. Continuer à nier l’évidence ne vous mènera à rien. Votre chute s’est déjà produite et vous n’avez rien à perdre encore. Avouez et arrêtez de sortir tout sourire de l’audience pour faire croire à vos supporteurs que vous êtes l’objet d’un acharnement.

Des gens comme Zuma ne nous mènent nulle part

Non, Jacob Zuma, vous n’avez pas contribué à la valorisation de la fonction présidentielle. Le brigandage au sommet d’un État, qu’il s’agisse de l’Afrique du Sud ou de la plus petite de nos républiques, équivaut, de mon point de vue, à un crime contre l’humanité à grande échelle. Ne l’oubliez pas, même si la probité n’est pas votre point fort.

À tous ceux qui rêvent de se remplir un jour les poches au détriment de leur peuple, je donne un petit conseil : transformez-vous en pickpockets au lieu de vous cacher derrière une dignité sur laquelle vous n’hésitez pas à vous essuyer les pieds. Ce n’est pas en dépouillant le continent africain du peu qu’il possède que les prédateurs vont contribuer à son développement.

Des gens comme Zuma ne nous mènent nulle part. Au contraire, ils contribuent à notre dévalorisation. Mais comment nous en débarrasser ? En cessant d’être leurs marionnettes et en leur disant que nous ne voulons plus voir des voleurs invétérés se moquer de notre destinée et piller ce qui nous appartient. Nous ne sommes pas les dindons de la farce. À bon entendeur…

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