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Cet article est issu du dossier «Afrique-France : du discours à la méthode»

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Économie

Afrique – France : une offre économique à relancer

Une usine des Brasseries ivoiriennes du groupe Castel, à Abidjan, en mars 2013.

Une usine des Brasseries ivoiriennes du groupe Castel, à Abidjan, en mars 2013. © Olivier pour JA

Si les exportations de la France en Afrique ont doublé depuis 2001, ses parts de marché y ont été divisées par deux. En cause : une vision archaïque qu’il faut dépasser.

Au moment où le président français tente de faire regagner aux entreprises françaises le terrain qu’elles ont perdu en Afrique, c’est l’occasion de mesurer leurs forces et leurs fragilités. Le baromètre des 1 244 leaders d’opinion en Afrique, publié en février par le Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian), classe la France au septième rang des partenaires considérés comme bénéfiques pour le continent, loin derrière la Chine, le Japon, l’Allemagne ou la Turquie.

En revanche, sur les dix entreprises dont les leaders sont les mieux perçus, trois sont françaises : Orange (2e), Total (6e) et Renault (8e). Air France arrive en tête dans la catégorie des compagnies aériennes.

Le déclin de la présence française est net, mais relatif. Selon un rapport de la Coface publié en juin 2018, les parts de marché de la France en Afrique ont été divisées par deux depuis 2001, tombant de 12 % à 6 %. Dans le même temps, les exportations françaises ont plus que doublé, de 13 à 28 milliards de dollars sur un marché qui lui, il est vrai, a quadruplé.

« Révolution culturelle »

À la demande du ministre français des Affaires étrangères et de celui de l’Économie et des Finances, Hervé Gaymard, ancien ministre lui-même, a analysé les forces et les faiblesses économiques de la France en Afrique dans un rapport publié en avril, intitulé Relancer la présence économique française en Afrique : l’urgence d’une ambition collective à long terme. Il y pointe un certain nombre d’archaïsmes dans les mentalités. « Notre talon d’Achille tient au fait que, dans les esprits, l’Afrique demeure une affaire de spécialistes, car elle est considérée comme un monde économique à part où seuls les passionnés se lancent », commente Hervé Gaymard.

Nous sommes rivés sur l’export, alors que l’avenir c’est l’implantation sur le continent

Ce manque d’allant s’explique par une image vieillotte du continent trop souvent perçu comme à risque en matière politique, économique ou sanitaire. « Nous avons une révolution culturelle à accomplir, poursuit-il. Nous sommes rivés sur l’export, alors que l’avenir c’est l’implantation sur le continent. » Nombreux sont les opérateurs français qui ne pensent que du point de vue des échanges commerciaux, bien que la réussite de sociétés françaises comme Eramet ou Castel tient au fait qu’elles se sont africanisées. Les entreprises françaises comptent 620 000 salariés africains.

Brasseries ivoiriennes, Abidjan, Côte d'Ivoire. Mars 2013. © Olivier pour JA

Brasseries ivoiriennes, Abidjan, Côte d'Ivoire. Mars 2013. © Olivier pour JA © Une usine des Brasseries ivoiriennes du groupe Castel, à Abidjan, en mars 2013. Crédit : Olivier pour JA

Le rapport incrimine encore la perte d’expertise de la France depuis l’abandon de la coopération technique, qu’elle pratiquait avec succès au lendemain des indépendances. « France Expertise a le mérite d’exister, mais elle n’a pas les moyens nécessaires, avec quelques dizaines de millions d’euros, quand la coopération technique allemande GIZ dispose d’un budget de 2 milliards d’euros, souligne M. Gaymard. Si l’Allemagne a une aussi bonne image de marque en Afrique, c’est qu’elle y a déployé une expertise qui ouvre la voie à ses entreprises. »

Berlin a lancé un bouquet d’initiatives à destination du continent comme « le plan Marshall pour l’Afrique », le « Compact with Africa » via le G20, la « Skills Initiative for Africa » avec l’Union africaine et encore la « Subsahara Afrika Initiative » (Safri). Pas étonnant qu’elle ait détrôné la France, prenant la place de premier fournisseur européen du continent en 2018.

Le goût du long terme

Le rapport énumère 47 propositions pour relancer l’offre française, d’où émerge par exemple la nécessité de « faire de la formation de la main-d’œuvre locale une priorité ». Cela pourrait prendre la forme de « bourses d’excellence », ce qu’Hervé Gaymard tente de mettre en place avec le secteur privé. « Beaucoup de nos entreprises ont besoin de cadres africains de haut niveau et pas seulement pour l’Afrique, dit-il. Il faudrait aussi multiplier les centres d’excellence de formation technique créés ou en cours de création en Afrique du Sud (Dassault) ou au Maghreb (Schneider Electric). »

Les conditions sont réunies pour construire une proposition à l’Afrique notamment dans le domaine de l’agriculture vivrière

Mais surtout, il faut redonner à la France une expertise technique et le goût du long terme. Le rapport donne en exemple l’élaboration d’un grand programme d’aménagement durable du territoire autour du fleuve Sénégal qui, avec le concours de firmes françaises, intégrerait les dimensions juridiques, sociales, financières et techniques dans l’amélioration de l’accès à l’eau et de la production d’énergie.

« Nous avons la chance d’avoir une des meilleures expertises en matière d’agronomie ainsi qu’un secteur agricole coopératif très développé, déclare Hervé Gaymard. Les conditions sont réunies pour construire une proposition à l’Afrique notamment dans le domaine de l’agriculture vivrière dépassant l’autoconsommation et qui profitera du développement urbain accéléré que connaît le continent. »

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