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Cet article est issu du dossier «Madagascar : les douze travaux de Rajoelina»

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Économie

Madagascar : à la recherche du temps perdu

Dans un atelier de confection à Madagascar, en juillet 2018.

Dans un atelier de confection à Madagascar, en juillet 2018. © Miora Rajaonary / Getty images

Malgré une croissance positive et de première réformes encourageantes, le pays n’est pas encore complètement engagé sur la voie de l’émergence, fixée à l’horizon 2023…

Le président bénéficie d’un contexte des plus favorables pour relancer le pays même si l’impatience des Malgaches – et de certains bailleurs de fonds – est de plus en plus perceptible. Après une décennie de crise, la machine semble être repartie, et Madagascar a enregistré en 2018 son meilleur taux de croissance depuis longtemps, avec 5,1 %. Dopé par la demande domestique et la bonne tendance actuelle des exportations, il est même censé atteindre 5,3 % en 2021 et 5,4 % l’année suivante.

Un rythme encourageant, même s’il reste bien en deçà des 8 % minimum nécessaires pour que le pays puisse rêver d’émergence à l’horizon 2023, comme le prévoit le PEM. Il semble surtout trop faible encore pour que la Grande Île résiste au moindre choc extérieur, de la guerre commerciale que se livrent Chine et États-Unis – deux des principaux partenaires commerciaux de Madagascar – à l’ajustement des cours internationaux du pétrole comme de la vanille. Sans oublier les catastrophes naturelles, qui, chaque année, coûtent 1,3 point de PIB au pays.

Le pouvoir a perdu de précieux mois à réorganiser l’administration.

D’où l’urgence de voir l’économie malgache « enfin décoller, insiste un économiste de la Banque mondiale, et le gouvernement suivre la politique de relance keynésienne qu’il a lui-même promise. » Or force est de reconnaître que, jusqu’à présent, la politique volontariste fondée sur l’investissement public continue de se faire attendre.

« L’argent est disponible, mais ce sont les projets de qualité qui manquent », déplore un spécialiste international des infrastructures. Les seules réalisations réceptionnées ces derniers mois avaient été lancées par la présidence précédente, alors que le taux d’exécution budgétaire a atteint un niveau historiquement bas cette année, à moins de 40 %.

Ce n’est pourtant pas faute de besoins, notamment dans les secteurs sociaux, classés prioritaires par les pouvoirs publics malgaches comme par leurs partenaires internationaux. « Le pouvoir a perdu de précieux mois à réorganiser l’administration. Difficile de lancer de grandes réformes ou de larges programmes d’infrastructures dans le même temps », explique un diplomate, qui observe néanmoins une accélération des décaissements ces derniers mois, mais pas à un rythme qui permettrait de rattraper le temps perdu.

« Chasse au gaspi »

Si le gouvernement préfère pour l’instant garder les cordons de sa bourse serrés, c’est d’abord pour améliorer ses comptes en « coupant le gras », selon l’expression d’un consultant, dans les dépenses de fonctionnement de l’État. « Aucun nouveau véhicule n’a été acheté, les quotas de carburant ont été revus à la baisse », confirme un ministre.

L’État a surtout renégocié ses contrats de fourniture, jugés « léonins » par de nombreux observateurs, avec les compagnies pétrolières, obligées de revoir à la baisse leurs marges bénéficiaires. « L’objectif est de réduire les subventions publiques pour que l’argent puisse aller à l’investissement », reprend notre analyste de la Banque mondiale.

Parti avec un certain succès à « la chasse au gaspi », pour reprendre la formule du président Rajoelina lui-même, le gouvernement cherche également à améliorer ses recettes, avec une réussite plus mesurée. « L’impôt et les droits de douane rentrent bien, constate le FMI, mais représentent toujours moins de 12 % du PIB. » Insuffisant, donc, pour donner au gouvernement les moyens financiers de ses ambitions.

L’État doit pourtant vite montrer l’exemple s’il veut rassurer le secteur privé – local et international – et le voir investir à son tour dans le futur du pays. « Rien ne se fera sans le soutien des entreprises », estime la Banque mondiale, qui plaide pour une clarification des relations entre public et privé afin que ce dernier puisse jouer tout son rôle.

L’autre grand sujet qui pourrait fâcher, à terme, c’est l’orientation des dépenses. Les bailleurs de fonds veulent voir les secteurs sociaux se développer et en ont même fait une condition – certes indicative – pour continuer à apporter leur soutien au pays. Une menace toute relative, mais qui pourrait prendre un peu plus de poids d’ici à la fin de cette année, une fois que l’actuelle facilité de crédit, accordée depuis 2016 par le FMI, sera terminée.

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