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Cet article est issu du dossier «Afrique-France : du discours à la méthode»

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Politique

Politique africaine de la France : Emmanuel Macron, du discours à la méthode ?

Le chef de l’État français à l’Afrika Shrine, à Lagos (Nigeria), le 3 juillet 2018.

Le chef de l’État français à l’Afrika Shrine, à Lagos (Nigeria), le 3 juillet 2018. © SIPA

Coopération économique accrue, dialogue politique renforcé, gestes symboliques forts… Emmanuel Macron a ouvert un nouveau chapitre dans les relations entre Paris et le continent.

C’était il y a deux ans, à l’université de Ouagadougou. Face à un amphithéâtre bondé d’étudiants burkinabè, Emmanuel Macron, arrivé six mois plus tôt à l’Élysée, y délivrait sa vision de la « nouvelle » relation qu’il entendait tisser avec l’Afrique. En formulant une promesse martelée par ses prédécesseurs depuis le général de Gaulle : celle d’en finir avec la Françafrique, ses liens malsains et ses réseaux obscurs.

Rien de très neuf, donc, si ce n’est un changement en termes d’image et de méthode. Un président français pas encore quarantenaire qui se plie à une séance de questions-réponses musclée avec son jeune auditoire, en direct et sans filet de rattrapage.

Emmanuel Macron a eu beau assurer qu’il n’y avait « plus de politique africaine de la France », son désormais célèbre discours de Ouagadougou décline une à une les grandes mesures qu’il entend prendre sous son quinquennat. « C’est une feuille de route, confirme-t-on à l’Élysée. À part sur l’Europe, il n’y a aucun autre domaine où le président a clairement affiché ses intentions de la sorte. »

« Marqueurs symboliques »

Emmanuel Macron à Ouagadougou, le 28 novembe 2017.

Emmanuel Macron à Ouagadougou, le 28 novembe 2017. © Ahmed Yempabou Ouoba/AP/SIPA

Conçu avec les membres de son Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), composé d’une douzaine de personnalités françaises et africaines issues de la société civile, ce discours-programme entend marquer une rupture et le début d’une nouvelle ère. Objectif affiché : bâtir une relation normalisée passant uniquement par les canaux officiels.

Parmi la batterie de mesures annoncées à Ouagadougou, certaines, considérées par son entourage comme des « marqueurs symboliques », ont été rapidement prises. Les archives françaises sur l’assassinat de Thomas Sankara ont ainsi été transmises à la justice burkinabè, et le processus de restitution du patrimoine culturel africain a été enclenché, en particulier avec le Bénin.

Emmanuel Macron et Paul Kagame, lors du Viva Technology, à Paris, en mai 2018.

Emmanuel Macron et Paul Kagame, lors du Viva Technology, à Paris, en mai 2018. © ISA HARSIN/SIPA

Une des grandes idées directrices de la gouvernance macronienne en Afrique est de sortir du « logiciel de crise »

Autre symbole fort : le rapprochement avec le Rwanda de Paul Kagame, notamment à travers le soutien à Louise Mushikiwabo pour son accession à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), à la fin de 2018.

Pour le reste, une des grandes idées directrices de la gouvernance macronienne en Afrique est de sortir du « logiciel de crise » pour mettre l’accent sur une coopération accrue dans des secteurs plus classiques, comme l’éducation, l’entrepreneuriat, le développement durable ou encore la culture et le sport. Mais c’est surtout en termes économiques qu’Emmanuel Macron et ses conseillers envisagent leurs relations avec leurs partenaires africains.

D’où l’intérêt accordé aux poids lourds non francophones du continent, comme le Nigeria, le Ghana ou encore l’Éthiopie, trois pays où le président s’est rendu tour à tour depuis son arrivée au pouvoir. Toujours dans la même logique, il se rendra en Afrique du Sud et en Angola au mois de mai 2020. À chaque fois, des entrepreneurs et des investisseurs français l’accompagnent pour tenter de saisir les opportunités dans les pays concernés. Avec plus ou moins de succès.

Des soldats français sécurisent une zone près de Gao, au Mali,  en 2013.

Des soldats français sécurisent une zone près de Gao, au Mali, en 2013. © Jerome Delay/AP/SIPA

Aussi ambitieux et bien marketé soit-il, le discours présidentiel sur le changement des relations franco-africaines se heurte à certaines réalités moins séduisantes

« Il y a des blocages persistants, estime une source au Palais. La conversion du regard de nos opérateurs économiques sur l’Afrique ne change pas assez vite. Nous avons encore du mal à les convaincre de venir y développer des nouveaux projets. » Aussi ambitieux et bien marketé soit-il, le discours présidentiel sur le changement des relations franco-africaines se heurte à certaines réalités moins séduisantes.

À commencer par la coûteuse opération Barkhane au Sahel, où plus de 4 000 militaires français ont été déployés depuis 2014. Difficile, en effet, d’évoquer la fin de la Françafrique alors que Paris mène sa plus importante opération extérieure sur le continent depuis les indépendances. Le président français, dont les propos sur le taux de natalité dans certains pays africains avaient déjà créé la polémique en 2017, est aussi régulièrement fustigé pour sa politique migratoire à l’égard du continent.

Deux événements majeurs

L’année 2020 sera une année charnière pour la politique africaine d’Emmanuel Macron. Il organisera deux événements majeurs à domicile : le sommet France-Afrique, qui se tiendra au début de juin à Bordeaux, et la saison des cultures africaines, qui se déroulera de juin à décembre à travers la France. L’occasion de recevoir ses pairs africains en grande pompe mais aussi d’intéresser ses compatriotes au continent et à ses évolutions.

Burkina Faso, Guinée, Côte d’Ivoire, plusieurs élections présidentielles à l’issue incertaine doivent avoir lieu dans des pays clés à la fin de 2020

Après le discours de Ouaga, le CPA sera une nouvelle fois appelé à jouer un rôle dans la préparation de ces deux temps forts. En s’appuyant notamment sur les diasporas, dont le chef de l’État souhaite qu’elles constituent un vecteur privilégié d’échanges avec l’Afrique.

Enfin, au-delà des grands discours et des belles intentions, il sera peut-être confronté à ce que tous ses prédécesseurs ont connu avant lui et qui, in fine, marquerait au fer rouge son bilan : sa gestion d’une crise politique dans un pays francophone. Burkina Faso, Guinée, Côte d’Ivoire, plusieurs élections présidentielles à l’issue incertaine doivent avoir lieu dans des pays clés à la fin de 2020. Nul doute qu’elles seront scrutées avec une attention toute particulière par l’Élysée.

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