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Saif Malik – Standard Chartered : « Nous sommes la première banque internationale en Afrique »

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Mis à jour le 31 octobre 2019 à 14h53
Saif Malik, coresponsable de la banque globale Afrique et Moyen-Orient .

Saif Malik, coresponsable de la banque globale Afrique et Moyen-Orient . © Crédit : Standard Chartered

À rebours de la tendance générale, l’établissement britannique continue d’investir sur le continent, notamment sur le segment des particuliers et dans le numérique.

Le retrait du continent des banques européennes, échaudées par un renforcement coûteux des règles prudentielles, s’est accéléré depuis deux ans. Les français BNP Paribas et BPCE ont rejoint le britannique Barclays dans la cession de plusieurs actifs africains. Standard Chartered (StanChart) est, avec Société générale, l’une des rares institutions financières à aller à contre-courant.

Le spécialiste du financement des entreprises et des investissements sort de ses bases anglophones et élargit sa palette africaine à la banque de détail, en misant notamment sur le numérique. De passage à Paris, au début d’octobre, Saif Malik, coresponsable régional depuis Johannesburg de la banque globale Afrique et Moyen-Orient de Standard Chartered, a répondu aux questions de JA.

Nous avons le plus grand réseau africain sur ce segment et sommes les principaux conseillers et partenaires des gouvernements et des grandes entreprises pour leurs financements

Jeune Afrique : Quel est l’objectif de votre visite en France ?

Saif Malik : Le couloir Europe-Afrique est la plus grande voie commerciale pour nos clients actifs sur le continent. Nous sommes venus en rencontrer à Londres, à Paris et à Francfort afin de répondre à leurs questions, qu’il s’agisse des situations macroéconomiques, monétaires ou encore électorales. Nous leur apportons l’expertise et la connaissance profonde des marchés que peut avoir la plus grande banque internationale en Afrique.

Société générale revendique aussi ce titre et rappelle qu’elle est, elle, une banque véritablement universelle.

Écoutez, nous opérons sur une quinzaine de marchés, et la quasi-totalité de nos effectifs dans la banque d’entreprise et d’investissement sont africains. Nous avons le plus grand réseau africain sur ce segment. De plus, nous sommes les principaux conseillers et partenaires de la plupart des gouvernements et des grandes entreprises pour leurs financements et sur les marchés des capitaux. Et nous sommes également présents dans la banque de détail.

Vous avez choisi de le faire par la banque numérique. Pourquoi ?

Le numérique est l’une des priorités du programme de transformation de Standard Chartered. Avec notre plateforme numérique, nous offrons de nouveaux produits et services à nos clients, tels que les fonds communs de placement numérisés au Nigeria et au Kenya ou encore les paiements par code QR au Nigeria, en Zambie, en Tanzanie. Notre banque digitale est déjà déployée dans huit pays, dont le Kenya et la Côte d’Ivoire. En novembre, elle le sera au Nigeria.

En Afrique, la banque a maintenant ouvert plus de 100 000 comptes depuis le déploiement initial du numérique

Pour quels résultats ?

Depuis le lancement de cette banque digitale en Côte d’Ivoire, en 2018, plus de 24 000 nouveaux comptes ont été ouverts. En Ouganda, ce nombre a été multiplié par huit, tandis qu’en Tanzanie la banque a recruté plus de nouveaux clients depuis le lancement du numérique en mars de cette année que durant toute l’année 2018. En Afrique, la banque a maintenant ouvert plus de 100 000 comptes depuis le déploiement initial du numérique. Nous voulons doubler notre clientèle de particuliers dans les deux ou trois prochaines années.

StanChart a connu des difficultés sur le continent, avec une perte en 2015, dernière année de publication de vos chiffres africains…

Nous avons revu nos priorités, nous examinons les risques et les inconvénients de certains segments. Nous avons également mis l’accent sur la couverture de la clientèle et sur les corridors commerciaux entre l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient. Cette stratégie porte ses fruits, en particulier dans la banque d’entreprise et d’investissement. Nous nous concentrons sur ce que nous voulons réaliser, sur notre exposition au risque de crédit et sur les noms avec lesquels nous sommes à l’aise.

Vous évoquez les risques de certains segments. L’industrie extractive, par exemple ?

Il y a eu un effondrement du marché des matières premières. Mais nous continuons à soutenir quelques clients importants, par exemple dans les hydrocarbures. Nous sommes un partenaire majeur de cette industrie au Nigeria, en Angola, au Ghana, ainsi qu’au Sénégal.

Nous explorons les possibilités de nous installer au Sénégal et en Éthiopie

Mais StanChart n’est pas implanté au Sénégal…

Non pas encore. Nous opérons depuis la Gambie et explorons les possibilités de nous y installer. Les hydrocarbures seront un moteur pour l’économie sénégalaise dans les décennies à venir, mais cela dépend des décisions politiques prises aujourd’hui, pour échapper aux erreurs rencontrées ailleurs et au syndrome hollandais. Les États doivent avoir à l’esprit la diversification de l’économie.

Nous nous tournons aussi vers l’Éthiopie, même s’il y a encore des restrictions. Un autre marché passionnant est le Mozambique, qui a reçu le plus fort volume d’investissements directs étrangers en Afrique ces trois dernières années. Beaucoup de nos clients d’Europe et des États-Unis s’intéressent à ce marché.

Vous évoquez le Mozambique, qui a connu des problèmes liés à sa dette. Le risque de surendettement des pays africains est-il aussi pressant que certains le craignent ?

De toute façon, il y a un énorme déficit de financement des infrastructures, plus de 100 milliards de dollars par an ! Au Nigeria, en Zambie et au Zimbabwe, les pénuries d’électricité peuvent atteindre dix à douze heures par jour, ce qui accroît l’inefficacité de l’économie. Il faut plus d’installations électriques, de routes, d’aéroports… La clé est d’améliorer la gouvernance et le reporting et d’aller à la rencontre des investisseurs pour obtenir des financements à des coûts abordables.

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