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[Tribune] Comment libérer tout le potentiel des Bourses africaines

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Par  Edoh Kossi Amenounve

Edoh Kossi Amenounve est directeur général de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM)

Vue aérienne de la Bourse de Casablanca (photo d'illustration).

Vue aérienne de la Bourse de Casablanca (photo d'illustration). © Alexandre Dupeyron/Jeune Afrique/2015

Virage vers une économie de marché plutôt que d’endettement, intégration des systèmes bancaires et des marchés de capitaux, émergence d’une classe moyenne faites d’investisseurs potentiels… Quelques orientations permettraient aux Bourses africaines de stimuler l’économie du continent, à l’image de Londres, New-York ou Pékin.

Absence de privatisations, timide intérêt du secteur privé et concurrence des grandes Bourses mondiales : que peuvent encore les places africaines pour accompagner le développement du continent ?

La quasi-totalité des politiques économiques récemment adoptées par les pays émergents ou en développement pour accélérer leur croissance donne la priorité à l’amélioration de la mobilisation des ressources à long terme, que l’on trouve généralement sur les marchés de capitaux.

Pas assez d’introductions en Bourse

L’Afrique compte actuellement 32 Bourses, avec environ 2 000 sociétés cotées, contre 5 899 en Chine, pour une capitalisation boursière de 1 400 milliards de dollars, soit 60 % du PIB du continent, contre 82,89 % pour la Chine. Ces indicateurs montrent bien que les places africaines n’apportent pas encore une contribution suffisante au développement du continent parce qu’elles sont peu utilisées. En effet, les privatisations d’entreprises publiques par la Bourse sont encore rares. Depuis des années, des privatisations sont certes annoncées. Mais si elles ne sont pas annulées, elles sont réalisées au compte-gouttes ou se font toujours attendre.

Les 200 premières banques africaines

Les avantages de l’introduction en Bourse sont pourtant nombreux : plus-value de cession, arrêt des subventions, amélioration des recettes fiscales, actionnariat populaire… Mais cette option n’est pas privilégiée par les entreprises privées du continent lorsqu’elles cherchent à lever des capitaux à long terme, à l’exception de quelques rares grandes entreprises du secteur financier ou des télécommunications (Ecobank, MTN, BMCE Bank of Africa, Vodacom, Safaricom…). Les sorties par voie boursière des fonds de private equity sont également très rares en Afrique, même si Emerging Capital Partners et Helios Investments Partners ont effectué quelques opérations de ce genre récemment.

Il est cependant illusoire de vouloir passer d’une économie d’endettement, dominée depuis plusieurs décennies par le secteur bancaire, à une économie de marché sans une phase transitoire, pendant laquelle on donnerait les moyens au secteur privé de se développer en facilitant son financement grâce au private equity, à des garanties allégées, à des mini-bonds ou à des basket-bonds, etc.

Former un cercle vertueux

On entend également souvent dire que les Bourses du continent ne sont ni liquides ni profondes. Elles n’attireraient donc pas les entreprises africaines, qui leur préféreraient Londres ou New York. Mais la liquidité et la profondeur d’un marché de capitaux ne se décrètent pas. Elles se créent à l’intérieur d’un cercle vertueux : admission de nouvelles sociétés à la cote, information financière et éducation des investisseurs, liquidité, attraction de nouveaux investisseurs, profondeur du marché, admission de nouvelles sociétés à la cote.

Ce cercle vertueux peut se former en Afrique. D’une part, grâce à son potentiel d’investisseurs personnes morales. Et d’autre part, grâce au développement de la classe moyenne, qui favorise l’émergence d’une nouvelle catégorie d’investisseurs personnes physiques, qu’il faudrait « éduquer » et informer pour en faire des participants actifs et avisés sur les marchés.

Retrouvez notre dossier – Bourses africaines : 2018, l’année noire

Ce cercle pourrait être renforcé par une meilleure intégration des Bourses africaines, alors que va entrer en vigueur la Zone de libre-échange continentale (Zleca). Celle-ci ne produira les effets désirés que si l’intégration commerciale est accompagnée par une intégration financière facilitant la libre circulation des capitaux dans le secteur bancaire et sur les marchés.

Libérons le potentiel de mobilisation des ressources à long terme du continent. Activons tous les leviers qui peuvent assurer le développement du secteur privé africain en organisant une transition ordonnée des économies d’endettement vers des économies de marché, grâce à des politiques volontaristes d’attraction des investissements privés. Et intégrons nos systèmes bancaires et marchés de capitaux. C’est à ce prix que le développement du continent pourra s’accélérer, grâce à la mobilisation des ressources nécessaires pour le financement des infrastructures et de l’industrialisation, afin de réaliser une croissance plus forte et mieux partagée par les populations africaines.

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