Finance

[Éditorial] Apparences trompeuses pour les résultats 2018 des banques africaines

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Joël Té-Léssia Assoko est journaliste économique à Jeune Afrique et ancien chef d'édition de Jeune Afrique Business+. Ivoirien, diplômé de Paris-Dauphine et de Sciences-Po Paris, il suit le secteur de la finance en Afrique.

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Le sud-africain Standard Bank reste la plus grande des banques africaines.

Le sud-africain Standard Bank reste la plus grande des banques africaines. © DR

La lecture des chiffres de l’exercice 2018 pourrait mener à conclure un peu vite à que l’année a marqué un net recul des banques sur le continent, mais les résultats sont à nuancer : les sociétés africaines pèsent de plus en plus sur le continent.

À première vue, les chiffres sont formels. Après avoir enregistré une croissance à deux chiffres en 2017, le produit net bancaire cumulé des 200 premières banques africaines a reculé de 5,6 % l’an dernier. Une régression encore plus importante est enregistrée dans le classement des 100 premiers assureurs. Et trois quarts des places boursières présentent un indice en baisse.

Faut-il en conclure que le rebond de 2017 était une aberration statistique ? N’allons pas si vite. Il faut d’abord tenir compte des évolutions des devises africaines vis-à-vis du dollar américain. La chute en Afrique du Sud du rand a ainsi provoqué une baisse importante du total de bilan en dollars de Standard Bank Group, première au classement des banques, alors même que ses actifs ont augmenté en monnaie locale.

Les 200 premières banques africaines

Regain d’initiative

Même tendance en Angola, où la chute du kwanza a entraîné celle de dix banques du pays dans notre palmarès. Le chiffre d’affaires du leader de l’assurance Sanlam baisse également, en raison du ralentissement de l’économie sud-africaine, dans laquelle elle est investie, et ce malgré la forte croissance de ses propres primes émises.

S’ils sont en recul, les résultats de 2018 restent supérieurs aux performances moyennes de la décennie. Il est certes impossible d’éluder les difficultés bien réelles du Nigeria et de l’Afrique centrale, encore affectés par le recul des prix du pétrole. Cependant, les enquêtes et analyses publiées dans cette 21e édition de notre hors-série finance montrent un regain d’initiative de la part des acteurs locaux de l’industrie.

Le renforcement des règles comptables et prudentielles a bénéficié pour l’essentiel aux entrepreneurs du continent. Il en va ainsi du retrait du britannique Barclays, qui a redonné au sud-africain Absa une liberté d’initiative.

Le repli africain du français BPCE profite à la Banque centrale populaire, prolongeant ainsi l’expansion panafricaine des banques marocaines. Enfin, l’assureur Sunu a repris les filiales ­d’Allianz dans cinq pays. Les sociétés africaines pèsent de plus en plus sur le continent.

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