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Ade Ayeyemi (Ecobank) : « Il faut soutenir politiquement les transferts d’argent »

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Ade Ayeyemi, directeur général du Groupe Ecobank

Ade Ayeyemi, directeur général du Groupe Ecobank © Ecobank

Pour le patron du groupe bancaire panafricain, l’utilisation de la technologie pour formaliser les flux monétaires bénéficiera à la fois aux banques et aux États du continent.

Jeune Afrique : Que représente la contribution financière de la diaspora pour les économies africaines ?

Ade Ayeyemi : Nous parlons de plus de 50 millions de personnes. Chacune d’entre elles gagne en moyenne plus de dix fois le revenu moyen par habitant des personnes vivant sur le continent. Elles ont les moyens d’envoyer de l’argent au pays pour y faire progresser le pouvoir d’achat et la demande.

La responsabilité du secteur bancaire est de trouver comment réduire les problèmes dans le processus. Le niveau technologique et économique actuel permet de transférer de l’argent sur le continent sans aucune friction et de manière quasi instantanée.

Une part importante de l’argent envoyé l’est par des canaux informels, qui sont plus rapides et moins chers. Quels avantages représentent la formalisation de ces transferts ?

Il est préférable que l’argent circule par les canaux formels de la finance. Lorsqu’il passe par le secteur informel, les flux sont imprévisibles et le pays ne peut pas s’y préparer. Prenez par exemple le Nigeria : s’il sait à l’avance qu’il recevra 20 milliards de dollars par an via les canaux formels de la finance, cela devient un flux de capitaux prévisible.

Les 200 premières banques africainesComment convaincre la population d’avoir recours aux banques et aux services de transfert d’argent ?

Les organisations financières, les institutions financières de développement et l’Union africaine veulent faire baisser les prix et améliorer la qualité des services. En clair, elles veulent ramener le taux de change au plus près de celui du marché et rendre les transferts quasi instantanés. Nous devrions autoriser une concurrence libre afin que le système bancaire se comporte de manière raisonnable.

Les flux sont forcément restreints par le taux actuel, qui oscille entre 7 % et 10 %. Nous estimons donc que le prix doit baisser considérablement. Je n’encouragerais pas l’UA ou quelque autre union que ce soit à fixer les prix.

Quel est le juste prix des transferts d’argent ?

Au-delà de 3 % pour un transfert instantané, le prix est trop élevé. S’il s’agit d’un transfert différé, alors les taux devraient avoisiner 1 %. Ces niveaux permettent de rémunérer le service rendu tout en restant attractifs.

Beaucoup d’Africains vivant à l’étranger veulent soutenir les économies de leur pays d’origine

Comment les envois d’argent peuvent-ils jouer un rôle plus productif dans l’économie ?

Il faut reconnaître que beaucoup d’Africains vivant à l’étranger veulent soutenir les économies de leur pays d’origine. Cela encouragera les autres à rester au pays et fera progresser la demande. Nous parlons constamment de migration. Mais si les ressources sont au Nord, les gens qui vivent au Sud iront les chercher là où elles se trouvent.

Il faut prendre en compte l’importance de ces transferts et les soutenir politiquement. On considère souvent les transferts de fonds comme un « flux d’argent noir » dont il ne faudrait pas discuter en haut lieu.

La Banque mondiale s’y intéresse désormais et estime qu’il faut agir. Par ailleurs, de nombreux travailleurs sont sans papiers. Nous devrions chercher à les inclure dans le système bancaire et financier afin que les transferts de fonds puissent servir un objectif plus ambitieux. Les gouverneurs des banques centrales du continent doivent reconnaître que les transferts ne sont pas uniquement à destination d’individus.

Il faudrait plutôt qu’ils transitent par le système financier formel choisi par l’expéditeur ou le destinataire. Une fois que ce système sera devenu la norme, les clients seront en mesure de choisir le meilleur prestataire de services.

À quoi serviront les données issues de la formalisation des transferts de fonds et du développement de la monnaie mobile ?

M-Pesa est un excellent produit, car il a donné accès aux services financiers à un grand nombre de personnes. Le gouvernement kényan était prêt à perdre un certain contrôle au profit de l’inclusion financière. Pourquoi ? Parce que, à l’heure du big data, cela génère davantage de données, qui peuvent ensuite être analysées, et on assiste alors à une hausse du nombre de transactions.

Parce que quand on compare le PIB du Ghana à celui de New York, et qu’on observe que le premier est bien inférieur au second, on peut se poser la question suivante : en ces deux endroits, comptabilise-t-on les flux financiers de manière différente [selon qu’ils sont réalisés de manière formelle ou informelle] ? Ne sommes-nous pas capables de prédire la demande et donc le juste niveau d’investissement dans ces différents pays ?

Aujourd’hui, nous sommes en mesure d’effectuer des opérations entre pays africains aussi rapidement qu’en Europe

Beaucoup d’investissements se font sur la base de croyances. Mais faire passer un grand nombre de transactions par le biais du système financier de manière dématérialisée permet de mesurer les flux qui existaient sans qu’on s’en rende compte. Vous pouvez alors affirmer : « Beaucoup de gens demandent ce produit dans lequel je souhaite investir. » Cela vous permet de prendre une décision informée.

Pourquoi la monnaie mobile prend-elle plus de temps à s’établir en Afrique de l’Ouest qu’en Afrique de l’Est ?

En tant que résident du Togo, un petit État, je peux dire que cela ne dépend pas de la taille du pays. Il faut un véritable leadership pour créer des solutions innovantes et pour les commercialiser.

Le Kenya a simplement fait preuve d’une plus grande agilité que l’Afrique occidentale. Selon moi, c’est probablement parce qu’il n’avait pas de pétrole et qu’il devait donc innover rapidement. Et les autres ont suivi.

D’ailleurs, les systèmes de paiement sur certains marchés ouest-africains sont plus rapides que ceux que l’on trouve sur les marchés aux États-Unis. À travers le continent, on est désormais capable de réaliser des paiements instantanément, ce dont nous sommes très heureux. Et nous sommes également en mesure d’effectuer des transferts entre pays africains aussi rapidement qu’en Europe.

Ade Ayeyemi

Ade Ayeyemi © JA

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