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[Tribune] L’Afrique doit évoluer vers une meilleure gestion des réserves de change

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Mis à jour le 27 novembre 2019 à 18h27

Par  Ritesh Anand

Deputy Chief Executive Officer at Crown Agents Investment Management Ltd

Des billets de 100 dollars

Des billets de 100 dollars © CC Creative Commons / Pixabay

La dette publique progresse de façon générale en Afrique, et la question des réserves devient essentielle, cruciale même pour des pays comme l’Algérie ou l’Égypte. Trop souvent, la politique monétaire est mal coordonnée avec la politique budgétaire.

Les crises financières, les incertitudes géopolitiques et les fluctuations des marchés mondiaux ont ces dernières années transformé le rôle des Banques centrales au sein de leurs économies respectives. Elles sont essentielles pour assurer la stabilité financière, atténuer l’impact d’événements mondiaux sur les marchés qu’ils recouvrent et préserver les activités de commerce.

Il est primordial pour un pays de mettre en place de saines pratiques de gestion des réserves, car ces dernières sont non seulement indispensables pour accroître sa capacité à faire face à des situations imprévues et à des chocs exogènes, mais elles peuvent également aider les autorités à lutter efficacement contre les crises financières.

Des pratiques de gestion des réserves défectueuses peuvent avoir des conséquences fiscales majeures. Alors que le continent africain a fait d’énormes progrès en la matière au cours des vingt dernières années, il reste encore beaucoup à faire.

Les procédures de prise de décision demeurent parfois lentes, et la coordination entre les politiques budgétaire et monétaire est parfois imparfaite. L’augmentation du niveau de la dette en Afrique ces dernières années est un sujet de préoccupation.

Stabilité économique

Bien que nous observions désormais des signes graduels de changement, de nombreuses économies africaines ne sont toujours pas diversifiées, ce qui les rend vulnérables aux fluctuations des marchés mondiaux. Des pays comme l’Algérie ont été touchés par la chute brutale des prix du pétrole en 2013, les hydrocarbures représentant la quasi-totalité des exportations du pays. Les réserves dans ces pays sont primordiales pour maintenir la stabilité économique.

Au fil des années, les crises économiques ont mis à l’épreuve les structures de gouvernance. En Égypte, les réserves sont principalement utilisées pour couvrir les échanges de produits de base, rembourser la dette extérieure et faire face aux situations de crise. Et, bien que le pays ait réussi à éviter l’effondrement économique pendant la crise financière mondiale de 2008, il a ensuite connu un ralentissement économique après la chute du président Hosni Moubarak, en 2011.

Il s’est ensuivi une baisse de la fréquentation touristique et des investissements étrangers – deux sources dominantes de change pour le pays –, ce qui a entraîné une chute de 60 % des réserves de change, une réduction de 3 % de la croissance économique et une dévaluation rapide de la livre égyptienne.

Bien qu’ils soient en grande partie hors du contrôle des Banques centrales, de tels événements ont mis en évidence l’importance d’un dialogue constant entre le contrôle des réserves et la stratégie d’investissement, qui permet à ces institutions d’anticiper.

Niveaux de réserves

En réfléchissant au niveau adéquat des réserves, on peut prévoir au mieux la répartition stratégique des actifs des banques. En effet, celle-ci varie considérablement en fonction des niveaux de réserves disponibles. Les pays ayant des niveaux de réserves moindres sont plus restreints dans leurs choix : leur priorité étant de préserver les capitaux, ils sont souvent dans l’incapacité de cibler des investissements à haut rendement et à maturité longue.

Alors que les pays ayant des réserves disponibles plus importantes (comme l’Égypte, avec plus de 44 milliards de dollars) peuvent allouer des fonds à des catégories d’actifs plus risquées, en visant des rendements plus élevés.

Il peut être difficile pour les Banques centrales d’ajuster leur gouvernance à mesure que les réserves augmentent, en particulier compte tenu de considérations relatives à la gestion de la liquidité et aux choix de placements liés à l’évolution de situations économiques. Des experts externes peuvent les accompagner dans leur réflexion. Une telle collaboration encourage le personnel de la Banque centrale à chercher activement des informations et à les communiquer efficacement, de sorte que toute faiblesse interne soit identifiée et traitée le plus tôt possible.

La gouvernance de la gestion des réserves devrait être un travail d’ensemble, ou le dialogue et la remise en question ont toute leur place, afin de favoriser la croissance et la stabilité.

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