Banque

Coup de frein en 2018 pour le secteur financier africain

Le PIB de l’Angola 
a enregistré l’année dernière une contraction de 1,7 % (ici, à Luanda).

Le PIB de l’Angola a enregistré l’année dernière une contraction de 1,7 % (ici, à Luanda). © Fabian - stock.adobe.com

Baisse des crédits, diminution des actifs et hausse du coût du risque : l’année passée, pleine de défis, aura fini par avoir un impact négatif sur la profitabilité du secteur bancaire africain.

Des facteurs spécifiques au continent, comme le ralentissement de l’activité économique à la suite du tassement des cours des matières premières, mais aussi des paramètres exogènes, comme les changements de régulation à l’échelle mondiale, ont continué de nuire au secteur bancaire africain cette année. Mais alors même que des contraintes réglementaires accrues – surtout dans les pays développés – ont continué de pousser les banques européennes à abandonner leurs ambitions africaines, la reprise significative des activités de fusions et d’acquisitions en 2019 pourrait augurer d’une inflexion.

En 2018, le total des actifs des 200 banques du classement a reculé de 7,9 %, soit la baisse la plus importante depuis plus de cinq ans. Le tassement de l’indicateur suggère une baisse de l’octroi des crédits, confirmé par le ralentissement du produit net bancaire (PNB) agrégé. Il a accusé une contraction de 5,6 % en 2018, marquant la plus grande baisse en quatre ans. Seuls seize établissements de crédits affichent une profitabilité à deux chiffres (PNB rapporté aux actifs).

Les 200 premières banques africaines

Dévaluation du kwanza

L’Angola a vu dix de ses banques chuter au classement, soit plus que n’importe quel autre pays, avec des baisses de PNB allant jusqu’à 45 %. Les acteurs économiques du pays subissent les conséquences de l’abandon par les autorités monétaires de l’arrimage de la devise locale, le kwanza, au billet vert américain au début de l’année 2018, qui s’est traduit l’année dernière par une dévaluation de 46 %, tirant vers le bas les actifs des banques libellés en dollar.

Même s’il ne compte que trois établissements au palmarès, le Soudan connaît la meilleure progression au classement, Faisal Islamic Bank Sudan gagnant 40 places pour atterrir à la 73e position. Au contraire, si l’Afrique du Sud maintient son rang de première place financière du continent avec quinze banques dans le Top 200, dont celles qui occupent les trois premières places, l’établissement national qui affiche la meilleure montée au classement, Land and Agricultural Development Bank of South Africa, n’arrive à grappiller que cinq rangs.

L’année dernière, la deuxième plus grande économie du continent a enregistré une croissance atone de seulement 0,8 %, selon les données du FMI. L’expansion du PIB des pays d’Afrique subsaharienne marquait le pas à un niveau de seulement 3 % en 2018. En Angola, qui figure parmi les deux plus grands pays producteurs de pétrole du continent, le PIB a même accusé une contraction de 1,7 % à la suite de la chute de plus de 20 % des cours du brut. Les prix du charbon et du zinc ont baissé d’autant, tandis que ceux du cuivre, du platine et du café ont subi une correction dépassant les 10 %, tirant à la baisse la croissance de plusieurs économies non diversifiées, et de leur secteur bancaire par extension.

Baisse pour les 200 premières banques

Baisse pour les 200 premières banques © JA

La croissance économique en berne a même remis en cause l’existence de certaines banques

Règles plus strictes

La croissance économique en berne a remis en cause l’existence même de certains établissements bancaires. Au Nigeria, qui compte le deuxième plus grand nombre de banques au classement, la banque centrale a révoqué en septembre 2018 l’agrément de Skye Bank pour manquements aux ratios prudentiels de solvabilité, une raison également invoquée par la banque centrale angolaise lorsqu’elle a retiré la licence d’exploitation à Banco Mais et Banco Postal.

Pour promouvoir la stabilité bancaire, de plus en plus de banques centrales africaines se joignent à la tendance globale adoptée par les autorités monétaires, qui consiste à imposer aux établissements des règles prudentielles plus strictes : provisionnements plus draconiens des créances douteuses, politiques conservatrices de distribution de dividendes pour consolider les fonds propres et imposition d’augmentations de capital et d’émissions de dettes assimilées à des fonds propres.

Au Kenya, une loi votée en 2016 continuait à imposer un plafond aux taux d’intérêt que les banques peuvent facturer aux clients, poussant certains établissements à chercher des relais de croissance dans d’autres pays. Pour près de 10,7 milliards de shillings kényans (plus de 90 millions d’euros) déboursés sous forme d’actions à Atlas Mara, Equity Bank, 49e au classement, a ainsi racheté il y a quelques mois 62 % du capital de la Banque populaire du Rwanda et 100 % du capital de l’African Banking Corporation, qui détient trois filiales au Mozambique, en Tanzanie et en Zambie.

À la fin de 2018, au Nigeria, Access Bank et Diamond Bank ont quant à eux décidé de s’unir pour devenir la plus grande banque du continent en nombre de clients.


Les Européens battent en retraite

Plusieurs banques européennes ont opté pour la réduction de leur voilure en Afrique afin de se recentrer sur leurs marchés historiques et prioritaires et de mieux répondre à des critères réglementaires resserrés. Barclays avait ouvert le bal en mai 2017 en rétrocédant à Absa Bank sa holding africaine, basée à Johannesburg.

L’an dernier, la Banque centrale populaire du Maroc a annoncé l’acquisition auprès du groupe français BPCE de ses quatre filiales bancaires en Afrique de l’Ouest. En tout début d’année 2019, et même si elle indique maintenir son engagement en Afrique, la BNP Paribas a indiqué son intention de céder ses filiales dans cinq pays africains, dont l’Union bancaire pour le commerce et l’industrie, à Tunis.


Méthodologie

Notre base de données répertorie 1 288 banques (un chiffre en hausse de 37 %) et 767 sociétés d’assurances (en hausse de 8 %). Chacune a été contactée au moins une fois et parfois jusqu’à sept fois. Il nous aura fallu cinq mois pour obtenir 403 réponses de la part de banques et 179 venant d’assureurs afin de réaliser le palmarès des 200 premiers groupes bancaires africains, les classements par zone et par critère, et celui des 100 premières compagnies d’assurances. Les éléments financiers ont tous une source clairement définie, et nous ont été pour la plupart communiqués par les entreprises. Ces classements portent sur l’exercice 2018. Lorsque les résultats nous ont été donnés en devise locale, ils ont été convertis en dollars, au taux de change en vigueur au 31 décembre 2018 (source : oanda.com).

Lorsque nous ne sommes pas parvenus à obtenir d’informations actualisées, nous avons conservé celles de l’édition précédente (indiquées en italique). Au bout de deux années sans nouvelles d’un établissement, celui-ci disparaît de nos palmarès.

Les classements spécialisés (Bourses, capital-investissement et dette obligataire) sont quant à eux réalisés par les équipes éditoriales de Jeune Afrique à partir des informations publiques ou de certains supports spécialisés.

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