Banque

[Tribune] L’Afrique, paradis des fintechs

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Mis à jour le 18 novembre 2019 à 16h09

Par  Yves Eonnet

Fondateur et PDG de TagPay. Coauteur de "Finbtech : les banques contre-attaquent"

Télécoms et smartphones à Dakar

Télécoms et smartphones à Dakar © Sylvain Cherkaoui pour JA

La banque de détail est en train de vivre une transformation fondamentale avec l’arrivée de la banque numérique. L’Afrique est au cœur de cette transformation. À tel point qu’on peut dire que la Silicon Valley de la banque n’est désormais plus en Californie mais bien sur le continent.

L’Afrique, dont une large majorité de la population n’est pas bancarisée, n’est pas confronté à toutes les réticences au changement qui caractérisent les pays occidentaux, suréquipés en offres bancaires. Tout détenteur d’un téléphone portable aura bientôt accès à un service bancaire nouveau, soutenu par des centaines de sociétés de technologie financière – ou « fintechs » – qui innovent sur ce marché. La banque du futur s’invente en Afrique sous nos yeux.

Les 200 premières banques africaines

Les fintechs pour bancariser le continent

En utilisant les technologies et procédures de leurs pairs occidentaux, les banquiers du continent n’ont jusqu’à présent pu servir que 10 % à 15 % des Africains, c’est-à-dire les personnes les plus aisées. La banque digitale, en utilisant l’infrastructure mobile et les toutes dernières technologies, va permettre à la majorité de la population active d’accéder aux services financiers les plus performants.

La banque doit permettre à ces fintechs d’utiliser des méthodes indispensables à leur déploiement

Cette transformation représente une opportunité évidente, mais aussi une grande responsabilité : permettre à une classe moyenne émergente d’avoir accès aux services indispensables à son développement, qu’il s’agisse de l’épargne, des prêts ou des assurances, afin de sortir de l’économie informelle.

Pour satisfaire sa nouvelle clientèle, la banque de détail doit proposer des offres de plus en plus spécialisées. Nous sommes passés de la logique d’« une même banque pour tous », à laquelle chacun doit s’adapter, à celle d’« une banque pour chacun », qui doit comprendre les attentes des clients segment par segment et s’adapter à leurs besoins. Que ce soit les mères de famille, les employés, les nombreux entrepreneurs individuels, les détaillants, les retraités ou encore les étudiants, tous ont des besoins propres auxquels il faut savoir répondre.

Pour y parvenir, des centaines de sociétés technologiques émergent, chacune ayant pour mission de concentrer ses efforts sur une population en particulier. La banque doit donc être capable de permettre à ces nombreuses fintechs d’utiliser des méthodes fondamentales indispensables à leur déploiement comme la gestion de compte, le contrôle de l’identité des clients, la sécurisation des transactions ou la mise en conformité avec la réglementation locale.

L’indispensable apport des fintechs

Il en va de leur responsabilité d’utiliser des architectures informatiques ouvertes offrant les fameuses interfaces de programmation d’applications, pour permettre à tous ces nouveaux acteurs de se connecter à leur système bancaire et de se développer en osmose avec celui-ci. C’est la raison d’être de la banque digitale. Les fintechs africaines dépendent donc directement de la capacité des banques à se numériser.

Yup, établissement de paiement en Afrique de l’Ouest, est par exemple né d’un partenariat entre la Société générale et la fintech TagPay, que je dirige. Cette entreprise utilisant les toutes dernières technologies a développé un nouvel écosystème bancaire et a lancé un laboratoire d’innovations afin de soutenir les fintechs de la région.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Jokkolabs, un réseau de soutien à l’innovation qui s’est associé à elle, a déjà accompagné plus de 400 start-up à travers huit pays du continent. Yup a également permis à la fintech sierra-léonaise Mosabi de proposer à ses clients une application de formation à la gestion financière et à Webbi de s’adapter aux besoins particuliers des pêcheurs de Dakar.

La banque numérique va faire sortir la banque de la culture du coffre-fort, dont le seul objectif était de s’isoler du monde extérieur, pour la faire entrer dans la culture des écosystèmes, où l’objectif premier est la mise en place de partenariats. Dans ce nouveau monde, la banque doit accepter de partager revenus et clients avec les sociétés de technologie financières, afin d’améliorer ses offres. On ne bancarisera pas la classe moyenne émergente sans lui offrir le service qu’elle convoite, et on n’y parviendra pas sans l’apport des fintechs.

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