Assurances

Bancassurance : la grande offensive du panafricain Sunu

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Mis à jour le 17 décembre 2019 à 10h49
En 2018, le groupe totalisait 400 milliards de F CFA d’actifs (ici, son siège, à Abidjan).

En 2018, le groupe totalisait 400 milliards de F CFA d’actifs (ici, son siège, à Abidjan). © ISSOUF SANOGO/AFP

La société d’assurances négocie un tournant bancaire et compte bien s’imposer parmi les géants du secteur en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.

Jusqu’à il y a peu, l’activité bancaire de Sunu se limitait à une petite société de microfinance sénégalaise, Kajas, qu’elle contrôle, et à son actionnariat minoritaire dans différents établissements, dont Ecobank en Côte d’Ivoire, au Niger et au Burkina Faso, la BNP Paribas en Côte d’Ivoire et la Banque internationale pour l’Afrique au Niger.

Mais aujourd’hui l’assureur rêve de s’imposer parmi ces grands groupes. En 2018, plus d’un tiers de ses 400 milliards de F CFA (près de 610 millions d’euros) d’actifs étaient déjà concentrés sur le secteur bancaire. En juin 2017, le groupe a créé Sunu Investment Holding, chargé de porter les participations bancaires du groupe. Huit mois plus tard, celle-ci a fait l’achat d’une majorité des parts de la Banque populaire pour l’épargne et le crédit (BPEC), établissement togolais aux 160 000 clients.

Pour imposer son autorité sur la BPEC, Sunu y a installé dans la foulée une nouvelle directrice générale, Myriam Adotevi, ancienne patronne de la filiale béninoise du groupe BGFI. Sa mission : « faire face aux défis de la première société bancaire du groupe Sunu », comme l’explique, dans le dernier rapport annuel du groupe, Pathé Dione.

Servir son cœur de métier

Dans l’esprit du président et fondateur de Sunu, aux commandes depuis 1998, l’objectif de la BPEC est clair : servir le cœur de métier de Sunu, l’assurance. « Ce nouveau canal de distribution des produits d’assurances permettra de renforcer la proximité et la relation clients, mais aussi d’offrir des packages maîtrisés de bancassurance », explique-t-il dans ce même rapport.

Les 200 premières banques africaines

En cours de restructuration, la BPEC, qui, jusqu’à présent, servait principalement les particuliers du secteur public, adoptera le nom de Sunu Banque en 2020. Sunu espère en faire une base de lancement régional pour développer un réseau bancaire dans l’Uemoa. Grâce à l’agrément unique de la BCEAO, l’établissement pourrait ouvrir des succursales dans les huit pays de la zone.

Mais Sunu ne se repose pas sur cette hypothèse. Avec son partenaire AfricInvest, également actionnaire de la BPEC, le groupe est déjà candidat à la reprise des filiales de la BNP Paribas au Burkina Faso, au Mali et en Guinée. « Le vrai défi est le fait d’acheter des entités que nous ne connaissons pas », explique Mohamed Bah, directeur général délégué chargé du développement international, de la stratégie et de la communication au sein de Sunu, et également président de la BPEC depuis son rachat. L’entreprise a des concurrents, elle ne saura qu’en fin d’année si elle a raflé la mise.

Mais cette occasion d’élargissement n’en est qu’une parmi d’autres. Le groupe s’intéresse à toutes les possibilités de rachat de banques et envisage également d’en créer de nouvelles en dehors de la Côte d’Ivoire, à partir de ses nombreuses filiales dans les assurances.

Filiale congolaise

Bien que la Côte d’Ivoire représente encore 45 % de son chiffre d’affaires, Sunu est présent dans 14 pays d’Afrique subsaharienne à travers 27 sociétés d’assurances et autres sociétés affiliées. Le groupe vient d’ailleurs de sécuriser sa présence au sein de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (Cima), l’organisme communautaire franco-africain du secteur, en recapitalisant à hauteur de 25 milliards de F CFA ses filiales dans cette zone. De nouvelles règles imposaient à Sunu d’y augmenter le capital de ses sociétés d’assurances de 1 à 3 milliards de F CFA.

Par ailleurs, Sunu prévoit d’ouvrir au début de 2020 une filiale en RD Congo, après la libéralisation du secteur dans ce pays, et a des visées sur le Tchad et la Mauritanie. En avril 2019, Sunu a par ailleurs acquis la totalité des parts du groupe Allianz dans ses filiales du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et du Togo, et la majorité de ses parts en Centrafrique, répondant ainsi au souhait du régulateur de la Cima de consolider le marché de l’assurance dans la région.

Sunu fusionne actuellement sa filiale en Centrafrique avec celle rachetée à l’assureur allemand, une opération déjà effectuée dans les autres pays concernés.

Notre ambition est d’avoir d’ici à trois ans un réseau solide en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Burkina Faso, ainsi qu’une banque dans la Cemac

Des opérations qui ont pour effet de donner à Sunu l’embarras du choix quant au pays où il pourrait lancer son aventure bancaire. « Avec ses énormes liquidités, Sunu est devenu très agressif et se positionne en direct. Une stratégie qui lui permet de rattraper son retard sur ceux de ses concurrents immédiats qui possèdent des banques », nous explique un expert du monde des assurances dans la Cima.

Et Sunu porte également son attention sur une autre région, l’Afrique centrale. « Notre ambition est forte : avoir d’ici à trois ans un réseau bancaire très solide dans nos pays majeurs que sont la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Burkina Faso, et une banque dans la Cemac », nous confie Mohamed Bah.

L’objectif à terme est de permettre à la clientèle de Sunu d’avoir accès à toute la gamme de ses produits, en intégrant toutes ses filiales bancaires et d’assurances. « Le Togo, où nous avons une vision à 360 degrés grâce à notre banque et à notre société d’assurances, sera le laboratoire de cette stratégie », explique le directeur général délégué.

Numérisation soutenue

En 2017, Sunu avait réalisé 229,2 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont 150,1 millions en assurance vie et 79 millions en non-vie. À la fin de 2018, son chiffre d’affaires était d’environ 244 millions d’euros, porté en partie par ses nouvelles activités bancaires et par le rythme soutenu de la numérisation de ses activités d’assurances.

La grande inquiétude est de savoir si Sunu pourra supporter les effets imprévus de cette offensive boulimique

Le groupe intensifie en effet son plan Digitass, lancé dans tous les pays où il est présent pour numériser tous ses produits d’assurances. Au Liberia, au Nigeria et au Ghana, Sunu a déjà lancé un produit d’assurance automobile disponible sur téléphone portable, et ce même sans accès à internet.

Cette croissance effrénée sur plusieurs fronts fait débat dans le secteur. « La grande inquiétude est de savoir si Sunu pourra supporter les effets imprévus de cette offensive boulimique », glisse une source, certes concurrente, qui reconnaît à Sunu la vitesse de sa percée.

En décembre 2019, le conseil d’administration de l’entreprise devrait plancher sur la stratégie des trois prochaines années. Mais le groupe semble sûr de sa trajectoire, et il est peu probable que le conseil adopte un plan de croissance plus timide.

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