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Cet article est issu du dossier «Mauritanie : un changement dans la continuité ?»

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Vie des partis

Mauritanie : les querelles de l’opposition

Sidi Mohamed Ould Boubacar (à g.) et Mohamed Ould Maouloud, le 22 juin, à Nouakchott.

Sidi Mohamed Ould Boubacar (à g.) et Mohamed Ould Maouloud, le 22 juin, à Nouakchott. © Sia KAMBOU/AFP

Après leurs résultats décevants à la présidentielle, deux des principales forces politiques, Tawassoul et l’Union des forces de progrès, tentent de surmonter leurs divisions.

Son incapacité à s’unir a été funeste pour l’opposition lors de l’élection présidentielle du 22 juin. Seul Biram Dah Abeid, soutenu par son mouvement antiesclavagiste, Initiative de résurgence pour le mouvement abolitionniste (IRA), et par le parti nationaliste Sawab (d’obédience baathiste), peut se réjouir de son score. Avec 18,58 % des suffrages exprimés, il arrive deuxième du scrutin, derrière le candidat de l’Union pour la République (UPR, parti présidentiel), Mohamed Ould Ghazouani, élu dès le premier tour avec 52,01 %.

En revanche, deux des principales forces politiques du pays font grise mine. D’un côté, le parti de sensibilité islamique Tawassoul, premier parti d’opposition, qui a soutenu Sidi Mohamed Ould Boubacar, un indépendant arrivé troisième (17,87 %). De l’autre, l’Union des forces de progrès (UFP), dont le candidat, Mohamed Ould Maouloud, n’a obtenu que 2,44 % des suffrages exprimés malgré le soutien d’un autre opposant historique, Ahmed Ould Daddah, le leader du Rassemblement des forces démocratiques (RFD). Après ces résultats très décevants, les deux formations cherchent à surmonter leurs divisions.

Sabotage interne

L’UFP est secouée par une forte crise. Son comité permanent a exclu l’un de ses membres et en a suspendu deux autres pour trois mois en raison de critiques formulées contre la ligne du parti. Malgré sa suspension, Kadiata Malick Diallo, députée et vice-présidente du mouvement, n’en démord pas : elle l’avait prédit, la candidature du leader du parti équivalait à « un suicide collectif ».

Ould Maouloud n’avait aucune chance, car nous avions rompu avec notre base en 2013 en boycottant les élections législatives et municipales

« Au lieu de jouer la carte de l’unité de l’opposition, les dirigeants du parti ont choisi de présenter Ould Maouloud, dit-elle. Il n’avait aucune chance, car nous avions rompu avec notre base en 2013 en boycottant les élections législatives et municipales. Nous dirigions onze mairies et nous n’en avons plus une seule ; nous avions neuf députés et nous n’en avons plus que trois. Découragés, nos cadres ont rallié d’autres partis. J’accuse la direction d’avoir bradé nos acquis et de nier la réalité. »

Un point de vue auquel s’oppose Mohamed Ould Maouloud. Lui accuse les « rebelles » de vouloir faire sécession. « Ils ne visent pas à corriger des défauts, sinon ils attendraient notre congrès prévu fin décembre, affirme-t-il. C’est une crise, mais pas une crise d’idées. Cette minorité n’a aucun projet politique. Ses membres soutiennent les thèses du pouvoir sur la régularité du scrutin présidentiel, ils ne respectent plus la discipline du parti et ne participent plus aux réunions. Nous leur avons adressé un rappel à l’ordre pour leur donner la possibilité de se corriger. Sinon, il faudra qu’ils cessent de saboter le parti de l’intérieur. Et qu’ils le quittent ! »

Le militant abolitionniste mauritanien Biram Dah Abeid.

Le militant abolitionniste mauritanien Biram Dah Abeid. © Site officiel de Biram Dah Abeid

Pourquoi l’UFP et le RFD ne se sont-ils pas ralliés aux candidatures de Biram Dah Abeid ou d’Ould Boubacar ? « Il fallait que l’opposition originelle soit représentée à la présidentielle, et mon entourage m’a forcé la main pour que je me présente », répond Ould Maouloud.

Pourquoi voit-il dans son mauvais résultat une manœuvre de la majorité présidentielle ? « Nous n’avons pas les moyens de le prouver, car nous étions exclus de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante]. Mais mon résultat est en complète contradiction avec les audiences énormes que nos meetings de campagne ont attirées, poursuit le président de l’UFP. Le pouvoir a tout fait pour balayer l’opposition originelle, qui l’a combattu sans relâche, afin de créer une nouvelle opposition, plus facile à diaboliser. »

À tâtons

Au sein de Tawassoul, les tensions sont plus feutrées. Avant même le scrutin présidentiel, un certain nombre de ses cadres avaient annoncé leur ralliement au candidat de la majorité présidentielle et leur refus de voter pour Mohamed Ould Boubacar, soutenu par leur parti. À l’évidence, l’électorat islamique n’a pas bien suivi cette consigne de vote. Cela s’explique notamment par l’appartenance d’Ould Ghazouani à la tribu maraboutique Ideiboussat, dont certaines composantes sont proches de Tawassoul.

Pour ne pas accentuer ces dangereuses divisions, les chouras du parti ont soigneusement évité de parler des résultats de juin, mais leur ligne politique est encore tâtonnante. En effet, il s’agit pour Tawassoul de réaffirmer sa place de premier parti d’opposition au Parlement au moment où Biram Dah Abeid, fort de sa deuxième place à la présidentielle, revendique celle de leader de l’opposition. Tawassoul a donc dû répéter son opposition de principe au nouveau président, tout en lui reconnaissant un changement de ton et de manières qui plaît à beaucoup de ses adhérents.

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