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Cet article est issu du dossier «Mauritanie : un changement dans la continuité ?»

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Tourisme

Mauritanie : le tourisme remonte en puissance

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Chameaux dans le désert, près de Chinguetti, en Mauritanie (image d'illustration).

Chameaux dans le désert, près de Chinguetti, en Mauritanie (image d'illustration). © SCHALK VAN ZUYDAM/AP/SIPA

Depuis leur réouverture en décembre 2017, les circuits dans l’Adrar attirent de plus en plus de voyageurs, séduits par la beauté du désert et des cités anciennes.

Le tourisme remonte en puissance en Mauritanie. Le pays a accueilli 1 488 randonneurs au cours de la saison 2017-2018 et 3 800 en 2018-2019. « Dans le même temps, précise Kadi Medhi, cofondateur de l’agence réceptive Mauritanides Voyages, le nombre de voyagistes français qui proposent notre destination est passé de 9 à 17 et devrait atteindre 28 pour la prochaine saison. » Parmi les opérateurs à l’initiative de ce regain : Voyageurs du monde, Terres d’aventure, Allibert, La Balaguère, Point-Voyages, Club Aventure et Nomade Aventure.

L’engouement des touristes s’explique par la beauté du désert de l’Adrar et de ses villes anciennes. Et par le fait que le ministère français des Affaires étrangères a confirmé la sécurité de la zone : sur la carte des risques tenue à jour par le Quai d’Orsay, le centre de la Mauritanie est passé en 2018 du rouge (« formellement déconseillée ») à l’orange (« déconseillée sauf raison impérative »), et, au début de 2019, le reclassement de la région en jaune (« vigilance renforcée ») a rouvert en grand les portes de la seule partie du Sahel où il fait bon gravir les ergs et les regs.

« Les populations qui nous accueillent sont les plus grands défenseurs de la sécurité, car leur gagne-pain en dépend, explique Kadi Mehdi. On estime que, au cours de la saison 2018-2019, les agences réceptives ont reçu entre 700 000 et 900 000 euros. Pour ma part, je recrute localement guides, chauffeurs, cuisiniers, chameliers, et j’achète tout sur place, même si c’est plus cher. Les structures d’hébergement et les moyens de transport se multiplient et s’améliorent. Par exemple, je peux mobiliser une centaine de chameaux à Ouadane. Quand on sait qu’il faut trois chameaux pour un touriste, on comprend comment un chamelier peut gagner jusqu’à 1 000 euros en quinze jours et être mieux payé qu’un directeur d’administration centrale ! »

Objectif : 100 000 visiteurs en 2030

Les circuits et séjours – proposés aux voyageurs du 19 octobre au 12 avril pour la saison qui commence­ – s’étoffent. En plus des randonnées pédestres et chamelières dans la région de Chinguetti et du « train du désert » Zouerate-Ben Amera (258 clients en 2018-2019) sur la voie ferrée des trains géants du minerai de fer, la palette s’élargit techniquement (circuits en 4×4 ou à VTT) et géographiquement (région du Tagant, dont les villes de Tidjikja et de Tichitt). La colonne vertébrale de cette offre touristique est la liaison en charter Paris-Atar, opérée cette année avec les Boeing 737 de la compagnie française ASL Airlines France. Un vol Marseille-Atar est à l’étude.

La première condition était la sécurité. Elle est assurée. Il nous faut maintenant organiser le secteur

Fort de cette renaissance du tourisme, qui commence à profiter aussi au fameux parc du banc d’Arguin, sur la côte Atlantique, Mahmoud Sid’Ahmed, le nouveau ministre du Commerce et du Tourisme, est en train d’élaborer une politique ambitieuse pour pouvoir accueillir 100 000 visiteurs toutes catégories confondues (randonneurs, chasseurs, pêcheurs, surfeurs, amateurs d’oiseaux de mer, congressistes, etc.) à l’horizon 2030.

« Le tourisme doit devenir l’un des leviers du développement de notre économie, affirme le ministre. L’exemple de l’Adrar prouve qu’il est la meilleure façon d’injecter directement de l’argent dans la poche des habitants, mais aussi la meilleure façon de préserver notre culture et notre artisanat. La première condition était la sécurité. Elle est assurée. Il nous faut maintenant organiser le secteur. »

Mahmoud Sid’Ahmed entend restructurer l’Office national du tourisme pour améliorer la visibilité de la destination. Le recensement des ressources à valoriser permettra de développer une activité touristique locale. La réorganisation du ministère et le toilettage des lois et des règlements contribueront à mieux séduire les investisseurs locaux et étrangers.

« Il nous faut créer un cadre d’investissements qui les orientent vers nos zones naturelles, comme le banc d’Arguin ou le parc de Ndiago, à l’embouchure du fleuve Sénégal, afin d’y créer des capacités d’accueil et d’y organiser des animations, poursuit le ministre. Cela suppose un volet formation, car nous manquons d’interprètes, de chauffeurs, de cuisiniers, de guides et de personnel hôtelier, que nous devons professionnaliser. » Une école de tourisme devrait voir le jour à Nouakchott, qui donnera des cours de langue à ces personnels afin de ne plus recevoir seulement des Français ou des Belges.

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