Politique

[Tribune] RDC : Félix Tshisekedi doit prendre (tout) le pouvoir

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Par  Martin Mulumba

Docteur en Droit Public et chercheur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Le président Félix Tshisekedi lors de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 26 septembre 2019.

Le président Félix Tshisekedi lors de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, le 26 septembre 2019. © Michael Brochstein/Sipa USA/SIPA

Alors qu’il tente de faire de son pays un véritable État de droit, le président congolais Félix Tshisekedi ne doit pas se laisser enfermer dans le piège de la coalition, mais s’affranchir de l’ombre de son prédécesseur Joseph Kabila, qui risque de devenir un obstacle pour lui.

Depuis son avènement à la magistrature suprême en République démocratique du Congo (RDC), le président Félix Tshisekedi semble être plus que déterminé à faire de son pays un véritable État de droit et une démocratie. Mais la prudence et la méfiance réciproques de mise lors de la désignation du Premier ministre et de la formation du gouvernement ont montré les limites et la fragilité de la coalition avec le Front commun pour le Congo, de Joseph Kabila. Et sans majorité propre au sein du Parlement, il y a lieu de nourrir quelques craintes non seulement sur la durée de cette alliance, mais aussi et surtout sur la faisabilité des réformes promises.

Car bien qu’il la définisse de façon concertée avec le président, c’est bien le gouvernement qui conduit la politique de la nation et en assume seul la responsabilité devant le Parlement. Alors que le Premier ministre et plus de la moitié du gouvernement sont issus de l’ancienne majorité, celle du président sortant, il sera difficile – mais pas impossible – d’en finir avec ce que Félix Tshisekedi avait à juste titre appelé les « antivaleurs », telles que la corruption ou la mauvaise gouvernance, dont les responsables ne sont autres que ses alliés d’aujourd’hui.

Monarque absolu

Depuis l’indépendance, et plus précisément depuis le coup d’État militaire de Mobutu de 1965, qui avait entraîné la chute du président démocratiquement élu Joseph Kasa-Vubu, l’ex-Zaïre a toujours été considéré comme un pays où le pouvoir était conquis et conservé par la force.

La fonction du président était celle d’un élu du peuple sans l’être réellement ; de facto, le chef de l’État congolais exerçait le pouvoir d’un monarque absolu. La RDC était une grande chefferie, organisée autour d’un homme ayant le monopole de l’autorité et revendiquant la grâce et la sacralité du pouvoir des chefs traditionnels, qu’il combinait avec les habitus patrimonialistes et monarchistes hérités du roi Léopold II.

État de droit

En janvier 2019, la première passation de pouvoirs pacifique entre un militaire arrivé à la tête de l’État comme un prince héritier et un opposant a offert une image inédite, un espoir… Félix Tshisekedi a commencé par donner quelques garanties sur le plan des droits de l’homme à travers la libération de prisonniers politiques et le retour d’opposants en exil. Il a également engagé plusieurs chantiers.

Aujourd’hui, il ne doit pas se laisser enfermer dans le piège de la coalition, mais s’affranchir de l’ombre de son prédécesseur, qui risque de devenir un obstacle pour lui. Il doit s’affirmer davantage, s’émanciper, et savoir s’entourer pour construire l’État de droit qu’il ne cesse de ­prôner.

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