Cinéma

Cinéma : « L’Âcre Parfum des immortelles », retour sur un demi-siècle de combats dans la France post-68

Nach, danseuse de krump, et Serge Teyssot-Gay, guitariste de Noir Désir.

Nach, danseuse de krump, et Serge Teyssot-Gay, guitariste de Noir Désir. © willy vainqueur/acacias films

Dans « L’Âcre Parfum des immortelles », Jean-Pierre Thorn relate un demi-siècle de combats politiques et culturels dans la France post-68.

Vétéran des luttes ouvrières, soutien des immigrés et des jeunes des banlieues, auteur de longs-métrages marquants sur les arts de la rue et le mouvement hip-hop, enthousiasmé par la révolte des « gilets jaunes », le cinéaste Jean-Pierre Thorn aurait quelques raisons de désespérer d’un monde dominé par le capitalisme néolibéral et l’individualisme radical.

Il suffit de lui parler quelques minutes à la veille de la sortie de son film autobiographique L’Âcre Parfum des immortelles pour se persuader qu’il n’en est rien. Combatif, il croit plus que jamais aux vertus de la résistance face aux injustices et à ceux qui en sont responsables.

Filmer les luttes ouvrières

À l’origine de ce film, l’évocation d’une passion entre Jean-Pierre Thorn et l’incandescente Joëlle à l’heure de la folle espérance de Mai 68. Cette amante sera vite fauchée par la mort après un voyage à Madagascar, où, erreur funeste et bien dans l’air du temps, les amoureux refusent de prendre des antipaludéens, produits « pour touristes », « symboles du vieux monde à abattre ».

L’Âcre Parfum des immortelles, de Jean-Pierre Thorn(sortie en France le 23 octobre)

La lecture des lettres alors échangées et les souvenirs de l’inconsolable survivant vont rythmer le déroulement de L’Âcre Parfum des immortelles, qui relate un demi-siècle de vie politique et culturelle dans la France version gauche et extrême gauche. Car, après s’être « établi » en usine au lendemain de 1968 autant pour se reconstruire après la disparition de l’aimée que pour continuer le combat, Thorn revient au cinéma pour filmer les luttes ouvrières.

Des films dont il a retrouvé certains des « héros », syndicalistes ou simples travailleurs, qui, quelques dizaines d’années plus tard, se déclarent toujours animés de la même rage pour changer le monde.

BA L’Âcre parfum des immortelles from Macalube Films on Vimeo.

Jeunes des banlieues

La grande œuvre de Jean-Pierre Thorn, son apport le plus original, est cependant à venir. Car dès les années 1990 il s’intéresse, en pionnier, aux jeunes des banlieues, enfants d’immigrés, qui bousculent une France quelque peu endormie avec leurs initiatives sociétales – marches des Beurs, insurrection des cités… – et surtout culturelles. C’est alors que prend son élan le mouvement hip-hop, avec, comme le dit la danseuse Nacera Guerra, « sa soif de crier “j’existe !” ».

Le cinéaste y consacre trois films sans équivalent à ce jour : Génération hip-hop, en 1995, Faire kiffer les anges, en 1996, On n’est pas des marques de vélo, en 2002. Suivront en 2006 Allez, yallah, où il accompagne une caravane de femmes qui combattent l’intégrisme des deux côtés de la Méditerranée, et, en 2010, 93, la belle rebelle, dans lequel il célèbre, du rock au slam en passant par le punk et le hip-hop, cinquante années de résistance musicale dans le département français de la Seine-Saint-Denis.

On a toujours la chance de se transformer et de transformer à une petite échelle son environnement

Jean-Pierre Thorn restera toujours du côté des gens « qui ne veulent plus subir, être asservis ». Même s’il ne récuse pas l’utilité de la violence, comme le graffeur Nordine, qui affirme que pour obtenir un vrai changement, il ne faut pas se contenter de faire du rap ou de la danse mais « couper des têtes », il se sent surtout en accord avec le chorégraphe Farid Berki, pour qui « on a un devoir d’optimisme » puisqu’« on a toujours la chance de se transformer et de transformer à une petite échelle son environnement ».

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