Écoles d'ingénieurs

Pétrole et gaz : comment le Sénégal forme ses nouveaux spécialistes

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Avec le déploiement des industries pétrolières et gazières, les écoles se multiplient pour former au mieux une main-d’œuvre efficace et qualifiée. Selon les estimations, 10 000 emplois directs devraient être créés pour exploiter les ressources au Sénégal.

Ses photos prises au début d’octobre à la conférence Africa Oil and Power du Cap, en Afrique du Sud, et postées sur Twitter le montre souriant et confiant, en compagnie du ministre sénégalais du Pétrole et des Énergies, et de son homologue sud-africain. Depuis qu’il dirige le jeune Institut national du pétrole et du gaz (INPG), créé par décret présidentiel en 2017, Aguibou Ba est devenu un artisan incontournable de la politique de développement de la filière pétrole et gaz du Sénégal. Sa mission : définir, mettre en œuvre et surtout centraliser un plan de formation de la main-d’œuvre locale à tous les niveaux de responsabilité.

Une école extrêmement sélective

Le jeune homme, ingénieur en microélectronique formé dans les écoles supérieures polytechniques de Dakar et de Montréal, ne doute pas une seconde qu’il remplira sa mission. En plus de soutiens politiques et d’une expérience de plus de dix ans chez Schlumberger, notamment à la tête du centre de formation du géant texan des services et équipements pétroliers à Houston, Aguibou Ba est parvenu à attirer les financements de son ancien employeur, mais aussi d’entreprises comme Total, BP, TechnipFMC ou encore Kosmos Energy et l’entreprise nationale Petrosen.

Formés et nourris gratuitement pendant leur cursus, ils bénéficient également d’une bourse allouée jusqu’à leur intégration sur le marché du travail

Elles ont injecté plusieurs dizaines de millions de dollars dans le projet et siègent au sein du conseil d’administration de l’INPG. De quoi donner des coudées franches à l’institut. Ce dernier fonctionne sous la tutelle des ministres de l’Enseignement supérieur, du Pétrole et de l’Énergie, et de l’Économie et des Finances. Extrêmement sélective – 1 % de taux d’admission –, l’école a accueilli ses 22 premiers étudiants en octobre 2018. Inscrits au mastère spécialisé en ingénierie pétrolière et gazière, tous sont déjà titulaires d’un bac+5 de l’enseignement supérieur sénégalais.

Ils viennent des écoles polytechniques de Dakar et de Thiès, de l’Institut des sciences de la Terre (IST), hébergé par l’université Cheikh Anta Diop, ou encore de l’Institut polytechnique de Saint-Louis. Formés et nourris gratuitement pendant leur cursus, ils bénéficient également d’une bourse allouée jusqu’à leur intégration sur le marché du travail, qui doit se faire à partir d’octobre 2020 après avoir effectué un stage de six mois en entreprise.

Ingénieurs « made in Sénégal »

« L’idée est de fournir une spécialité à des profils déjà formés et qu’ils aient quelques années d’expérience avant que les premiers barils ne sortent, en 2022 », explique Aguibou Ba. À terme, ces ingénieurs spécialisés « made in Sénégal » superviseront les productions, le forage, la construction ou encore la maintenance des puits offshore. Ces postes font partie des métiers prioritaires à pourvoir pour l’industrie pétrolière et gazière sénégalaise. Pour autant, ce n’est pas sur ce maillon de la chaîne de valeurs que les besoins sont les plus forts : « Les unités de forage et de production nécessitent moins de 200 personnes, et les navires de support, quelques dizaines », explique Gnagna Lam, analyste au Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos-Petrogaz).

La manne pétrolière sénégalaise devrait créer 100 000 emplois

Selon l’experte, 10 000 emplois directs devraient être créés pour exploiter les ressources. Et indirectement, la manne pétrolière sénégalaise devrait créer 100 000 emplois, la plupart dans les entreprises de services. À l’heure actuelle pourtant, aucune étude chiffrée approfondie n’a été menée sur la question par un organisme. Les fantasmes sur la contribution à l’emploi de cette nouvelle industrie vont donc bon train. « Le réel potentiel de création massive d’emplois est détenu par l’aval, notamment dans les activités de raffinage et de pétrochimie », poursuit Gnagna Lam.

Mais que ce soit Total, Exxon ou le principal opérateur, BP, aucun acteur n’a prévu de déployer ce type d’activité au Sénégal. À Dakar, les écoles de commerce privées n’ont que faire des incertitudes. Flairant un nouveau levier de développement, elles ont rapidement créé des cursus adaptés. Sup de Co propose ainsi un master en trading et logistique du pétrole. De son côté, BEM assure un bachelor logistique et distribution de pétrole et du gaz ainsi qu’un master II en management de l’énergie et des ressources pétrolières. L’ISM répond aux besoins de compétences juridiques avec un MBA en droit et gouvernance des énergies et des mines.

Des métiers variés

Aguibou Ba apprécie moyennement la réactivité de ces structures privées, proche du tissu entrepreneurial, qui court-circuite son action. En juillet dernier, il n’a pas hésité à accuser ses confrères du secteur privé de précipitation : « Il est important de rappeler qu’il faut se focaliser sur les formations qui vont mener à l’emploi. Nous avons en ce moment beaucoup de formations en management du pétrole et du gaz et nous risquons de nous retrouver avec plus de managers que de personnes à manager », a-t-il lancé devant un parterre composé d’experts, d’investisseurs et du président de la République, Macky Sall.

Pour certains, comme Serigne Momar Dieye, directeur général du cabinet de conseil Elogen, spécialisé dans l’industrie pétrolière et président de l’Association sénégalaise pour le développement de l’énergie en Afrique (Asdea), les enjeux sont tels qu’il est bon de multiplier les canaux de formation : « L’INPG a démarré ses activités en octobre 2018 pour former des spécialistes en ingénierie pétrolière et gazière, mais il reste à se préparer pour les techniciens, les ouvriers et les autres employés des services pétroliers. Il ne faut pas non plus oublier les juristes, les fiscalistes, et les métiers administratifs », prévient-il.

Attirer des talents de la sous-région

L’INPG aussi a la mission de diversifier les canaux de formation. Mais il compte garder le contrôle en instaurant un futur système d’accréditation d’établissements partenaires. Pour l’heure, l’institut finalise le déploiement de formations de techniciens au niveau bac+2 en partenariat avec des entreprises. Celles-ci devraient voir le jour à la rentrée 2020. « Nous avons davantage besoin de former des techniciens aux métiers connexes de la logistique, du transport, de la construction. En réalité ces compétences existent mais nous avons besoin de les spécialiser », remarque Aguibou Ba. De leur côté,les entreprises n’ont pas attendu la création d’un centre consacré à la formation des collaborateurs et agents publics locaux. Dans un document de communication publié en 2018, BP indique avoir déjà formé 70 membres de gouvernement et de la société civile grâce à un programme développé avec l’université britannique d’Oxford. La firme, qui recrute actuellement 25 ingénieurs et techniciens sénégalais (et autant du côté mauritanien) et prévoit d’en embaucher 200 au total, revendique aussi 6 000 heures de cours d’anglais déjà dispensés à des agents administratifs et à des universitaires.

En juin, le suisse Techma-Iota et le conglomérat Der Mond Oil and Gas, basé à Abou Dhabi et fondé par Khadija Ba, sœur de Khadim Ba dont la société Locafrique est le principal actionnaire de la Société africaine de raffinage (SAR), ont lancé la Der Mond Academy, un centre de formation spécialisé dans les certifications en hygiène, sécurité et environnement (HSE). Au-delà de l’industrie pétrolière et gazière, son objectif est d’insuffler une « culture HSE » aux entreprises sénégalaises afin qu’elles puissent répondre à des appels d’offres internationaux. Le groupe Der Mond envisage à terme d’attirer des talents de la sous-région, tout comme l’INPG dont l’expérience sénégalaise constitue un test pour un futur rayonnement panafricain.


Nouakchott prépare aussi ses pétroliers

Cinq millions de dollars. C’est la somme que Kosmos Energy et BP ont investie dans la mise en place d’un centre de formation à Nouakchott pour les métiers du gaz et du pétrole.

Le bâtiment de 560 mètres carrés, dont les travaux ont débuté à la fin de mai, devrait être opérationnel avant la fin de l’année. Étudiants, universitaires mais aussi professionnels et cadres de la fonction publique pourront ainsi suivre des programmes de spécialisation dont certains à distance.

En 2018, comme chez le voisin sénégalais, les deux entreprises ont dispensé des cours d’anglais et de management et attribué des bourses d’études aux étudiants ; 50 officiels ont également eu droit à 6 000 heures de cours d’anglais et 45 ont suivi un programme conçu et dispensé par l’OxCarre, un centre de recherche de l’université d’Oxford au Royaume-Uni.

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