BTP & Infrastructures

Construction : le français NGE veut se faire un nom en Afrique

Chantier du barrage de Nachtigal (Cameroun).

Chantier du barrage de Nachtigal (Cameroun). © NGE

Le groupe français NGE entend capitaliser sur le succès de Nachtigal pour rivaliser avec les majors du BTP, tout en se démarquant des nouveaux acteurs locaux et des mastodontes chinois.

Les travaux de déboisement sont réalisés à 80 %. Et l’installation de la base-vie pour les 2 000 futurs ouvriers et ingénieurs est terminée. Sur les rives du fleuve Sanaga, c’est à l’explosif que les équipes de NGE – sixième groupe de BTP français – déblayent les couches rocheuses pour commencer le chantier du barrage de Nachtigal (Cameroun).

Il y a un an, cette très discrète entreprise a remporté ce contrat à 400 millions d’euros, passant deux phases de préqualification, en 2015 et en 2016, en chef de file d’un consortium comprenant le belge Besix et le marocain SGTM. « NGE a réalisé un coup en gagnant au forceps. Car, face aux autres candidats Vinci et Razel-Bec, ce n’était pas le choix le plus évident », commente un expert qui a travaillé sur la sélection du groupement. L’achèvement de l’ouvrage – dont les capacités atteindront 420 mégawatts (MW), et qui a pour actionnaire principal EDF – est prévu à l’horizon 2023. L’énergéticien est l’un des clients importants de NGE sur les projets hydrauliques en France.

Deux milliards d’euros de chiffre d’affaires

Peu connu en Afrique subsaharienne, NGE, installé depuis 1946 dans le sud de la France, est détenu majoritairement par ses dirigeants et ses salariés (11 000). Il a franchi en 2018 la barre des 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit le double de ce qu’il réalisait il y a dix ans. Présidé depuis 2014 par le centralien Antoine Metzger, le groupe s’est bâti sur une myriade de filiales (150) rachetées au fil de l’eau et est déjà rompu, dans l’Hexagone, aux mégaprojets similaires à celui de Nachtigal.

On joue en première division avec des projets sur lesquels on était absents il y a quelques années

S’il participe aujourd’hui comme tunnelier aux chantiers du Grand Paris Express et au déploiement du très haut débit dans l’est de la France, c’est le développement du réseau autoroutier et des lignes TGV qui a nourri sa croissance rapide depuis les années 1970. En Afrique, NGE n’arrive pas en terrain vierge. Présent depuis vingt-cinq ans au Maroc (865 salariés), il réalise de nombreux travaux routiers et ferroviaires. Le groupe compte 650 salariés au Cameroun, une soixantaine sur des projets de routes et des réseaux d’eaux pluviales en Côte d’Ivoire, et une vingtaine au Sénégal dans la reconstruction de la voie métrique du TER Dakar-Diamniadio et la jetée du port minéralier de Bargny-Sendou.

Projets aéroportuaires, routiers, hydrauliques, miniers…

Mais l’ampleur du projet de Nachtigal reste pour lui inégalée sur le continent. « On joue en première division avec des projets sur lesquels on était absents il y a quelques années. Nachtigal nous donne une impulsion et nous identifie comme une entreprise exportatrice aux yeux des donneurs d’ordres », commente Robert Chamoun, recruté en 2012 comme directeur des opérations internationales de NGE. Cet ingénieur est passé par les équipes de Vinci Construction, où il a supervisé des projets routiers au Mali et en Guinée équatoriale pour une enveloppe totale supérieure à 500 millions d’euros selon ses estimations.

Pour NGE, la réussite de Nachtigal est cruciale s’il veut rester dans cette « première division » des grands chantiers et poursuivre sa stratégie d’internationalisation entamée en 2012. « Quand ils auront sorti Nachtigal, ils pourront s’attaquer aux projets hydrauliques qui font florès en Afrique, car c’est une expertise qui ne court pas les rues », selon un spécialiste. S’appuyant sur sa notoriété grandissante, NGE envisage de soumissionner dans les prochaines semaines pour un autre grand projet dans le voisinage du Cameroun : celui du barrage de Dibwangui, au Gabon.

Un ouvrage d’une capacité de 15 MW, plus modeste que celui de Nachtigal, mais évalué à 100 millions d’euros. L’entreprise, qui cible aussi les aménagements miniers et le futur nouvel aéroport de Libreville, compte déjà des partenaires importants dans le pays, où elle conçoit des études pour la puissante Comilog (filiale du français Eramet et premier groupe minier d’Afrique centrale).

Savoir-faire technique et expertise

À l’ouest, le groupe provençal a remis, en août, une offre pour les pistes du nouvel aéroport de Ouagadougou-Donsin et s’occupe de maintenance pour Sitarail, filiale de Bolloré et opérateur du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou. L’entreprise a également dans son viseur les futurs partenariats public-privé (PPP) routiers au Bénin. Ambitieux sur le continent, NGE n’est cependant pas candidat à tous les appels d’offres, ne se précipitant pas face à des concurrents chinois qui, protégés sur leur marché domestique, peuvent prendre plus de risques à l’extérieur.

Notre stratégie n’est pas de casser les prix face à des acteurs qui ont un modèle économique très différent du nôtre

« Notre stratégie n’est pas de casser les prix face à des acteurs qui ont un modèle économique très différent du nôtre », poursuit Robert Chamoun. S’il se méfie des dragons asiatiques, NGE veut aussi se démarquer des petits poucets locaux. Avec son compatriote Sogea-Satom (filiale de Vinci), NGE s’est ainsi vu recaler, à la mi-septembre, d’un appel d’offres pour la réfection de 200 km de routes au Burkina. Des lots d’un montant de 155 millions d’euros remportés « au moins-disant financier » par le burkinabè Yelhy Technology Africa, le marocain Sintram et le tunisien Soroubat.

« Il existe beaucoup d’entreprises africaines comme le sénégalais CSE, ou les burkinabè CGE et Ebomaf, qui maîtrisent nos technologies sur leurs marchés domestiques et peuvent nous battre sur les travaux routiers en investissant ou en louant du matériel à des coûts abordables. Il y a dix à quinze postulants sur les routes, quatre ou cinq sur les projets plus complexes et de grande taille, ceux qui nécessitent des matériels lourds : c’est là que nous pouvons faire la différence, même si cela demande une mise initiale très élevée, comme dans le cas des travaux ferroviaires », insiste le dirigeant de NGE.

Ce dernier regrette cependant qu’en dépit des besoins nombreux en infrastructures les financements soient souvent aux abonnés absents. En plus de son savoir-faire technique, NGE entend aussi à l’avenir faire valoir son expertise en matière d’ingénierie financière de PPP.


Une implantation encore très francophone

Disposant d’un bureau à Dakar, NGE a « sédentarisé » ses activités ivoiriennes il y a trois ans en ouvrant une filiale à Abidjan. Mais sa plus ancienne implantation en Afrique – et à l’étranger  –, c’est le Maroc, où les revenus de sa filiale Générale routière (GR), installée depuis vingt-cinq ans, ont atteint 600 millions de dirhams (55 millions d’euros) l’an dernier.

Créée au départ pour répondre aux grands projets routiers, GR traite aujourd’hui des appels d’offres pour des chantiers de toutes tailles, à l’instar des ouvrages de l’Office national des chemins de fer marocains (ONCF). Elle réalise aussi des travaux de terrassement pour le producteur d’engrais OCP.

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