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En pleine consolidation à domicile, Standard Bank peut compter sur la santé de ses filiales africaines

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Mis à jour le 12 novembre 2019 à 15h16
Le siège de Standard Bank au Cap.

Le siège de Standard Bank au Cap. © NicolasMcComber/Getty Images

Si les perspectives de croissance sont faibles en Afrique du Sud, les investissements de la première banque du continent restent prometteurs hors de ses bases, alors qu’elle intensifie ses efforts dans le numérique et la réduction des coûts.

Leader depuis de nombreuses années sur le continent en matière de bilan (2 127 milliards de rands, soit 128,6 milliards d’euros en 2018), Standard Bank Group (SBG) n’a plus à démontrer qu’il sait résister à des environnements opérationnels hostiles et tirer profit de sa diversification.

Ses actifs ont augmenté de 59 % depuis le début de la décennie. Ses revenus ont triplé, et son bénéfice a été multiplié par deux en moins de dix ans. Durant cette période, la croissance économique en Afrique du Sud n’a jamais atteint 4 % et, depuis le second semestre de 2015, elle reste au-dessous de 2 %.

Mais la banque, dirigée depuis Johannesburg par Sim Tshabalala, doit encore prouver qu’elle peut gérer la hausse des coûts sur son marché domestique. Ce dernier reste décisif : il représente encore deux tiers de ses actifs et de ses revenus.

La crainte du déclassement

Or seule l’agence Moody’s accorde encore une note « d’investissement » (Baa3) à l’Afrique du Sud. Les analystes comme les investisseurs s’inquiètent de la faiblesse de la croissance, des questions de corruption et du niveau élevé d’endettement de la nation Arc-en-Ciel, qui mettent en danger sa note souveraine.

Selon Bradley Preston, responsable des investissements boursiers chez Mergence Investment Managers au Cap, un éventuel déclassement par Moody’s de la note souveraine affecterait automatiquement l’inclusion du pays dans plusieurs indices obligataires mondiaux. Cela aurait des répercussions à court et à moyen terme sur les flux de capitaux vers les banques sud-africaines, notamment l’augmentation du coût de leur financement.

Pour le manager, cette situation entraînerait une hausse des prêts non productifs (NPL) et des ratios de pertes sur créances de toutes les banques sud-africaines.

Le groupe s’est séparé de plus de 2000 employés en un an

Exposé à ce « risque souverain », SBG doit, comme ses concurrents, surtout empêcher ses coûts d’augmenter plus vite que les revenus, expliquent les analystes. « C’est l’enjeu clé pour toutes les banques en Afrique du Sud. C’est un problème difficile », affirme Bradley Preston. Standard Bank s’est séparé d’environ 2 100 employés entre juin 2018 et juin 2019 afin de réduire son ratio coûts sur revenus.

Revenus des services bancaires aux particuliers et aux entreprises

Revenus des services bancaires aux particuliers et aux entreprises © Standard Bank Group

Mais ce dernier reste élevé, avec un coefficient d’exploitation de 57 % en juin, au même niveau qu’à la fin de 2018. Si, comme le rappelle Paul Hollingworth – DG de la boutique britannique de conseils financiers Creative Portfolios –, SBG dispose d’une « bonne discipline de crédit » et a prouvé qu’il est capable d’évaluer correctement le risque, la croissance rapide que connaît la banque depuis plusieurs années ne manquera pas d’entraîner une augmentation des créances en souffrance.

Pour le gestionnaire, les perspectives de la banque restent cependant solides. Présent dans vingt pays subsahariens en dehors de l’Afrique du Sud, Standard Bank dispose d’une bonne diversification géographique, avec de solides ratios de liquidité, et a démontré une capacité « remarquable » à maintenir sa rentabilité, même en période de crise économique.

Revenu total par marché dans le segment banque de financement et d'investissementRevenu total par marché dans le segment banque de financement et d'investissement

Revenu total par marché dans le segment banque de financement et d'investissementRevenu total par marché dans le segment banque de financement et d'investissement © Standard Bank Group

Le taux de rendement des fonds propres de la banque a crû de 90 points de base l’an dernier, passant de 17,1 % à 18 %. Paul Hollingworth souligne en particulier la solidité du segment des services bancaires aux particuliers : « Il s’agit d’une banque avec une trajectoire de rentabilité en hausse. » Pour l’analyste, un contrôle plus strict des coûts accroîtrait les possibilités d’investir sur les marchés en croissance : « Ses dirigeants doivent garder un œil sur leurs objectifs en matière d’efficacité. »

Nous sommes tout à fait à l’aise pour envisager des acquisitions à des prix appropriés dans la mesure où elles pourraient correspondre à notre fourchette de risques

Cet objectif d’efficacité a amené SBG à poursuivre son désengagement des activités non africaines afin de se concentrer davantage sur le continent. En août, la banque a vendu la totalité de sa participation restante dans Standard Bank Argentina à Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), à la fois partenaire et actionnaire du groupe sud-africain (à hauteur de 20 % du capital).

L’Afrique de l’Ouest, nouvel axe de développement

En annonçant les résultats du premier semestre, avec une hausse de 5 % du bénéfice, Sim Tshabalala a déclaré qu’il avait un œil sur l’Afrique de l’Ouest : « Nous sommes tout à fait à l’aise pour envisager des acquisitions à des prix appropriés dans la mesure où elles pourraient correspondre à notre fourchette de risques. »

Au premier semestre de 2019, les bénéfices de Standard Bank ont augmenté dans ses filiales sur le reste de l’Afrique, mais sont restés relativement stables en Afrique du Sud

La banque a obtenu une licence d’exploitation en Côte d’Ivoire en 2016 et lance ses opérations au Sénégal, deuxième PIB de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa).

Au premier semestre de 2019, les bénéfices de Standard Bank ont augmenté dans ses filiales sur le reste de l’Afrique, mais sont restés relativement stables en Afrique du Sud. L’an dernier, ces filiales ont contribué à hauteur de 44 % du résultat net du groupe, alors qu’ils ne représentent qu’un tiers de ses revenus.

Performance de Standard Bank en Afrique

Performance de Standard Bank en Afrique © Standard Bank Group

Au premier semestre de 2019, les revenus des filiales africaines du groupe « ont connu une croissance de 15 % contre 3 % pour Standard Bank Afrique du Sud, en raison de l’environnement atone dans le pays », alors que les coûts sur le marché local ont augmenté de 4 %, rappelait en août Arno Daehnke, directeur financier du groupe. « À taux de change constant, les dépôts [dans ces filiales] sont en hausse de 17 % et les prêts de 15 % sur un an », a ajouté le manager.

SimTshabalala a rejoint Standard Bank en 2000.

Selon Sim Tshabalala, les perspectives sont bonnes pour l’Afrique subsaharienne dans son ensemble, avec une croissance économique anticipée en hausse, à 3,5 % cette année, contre 2,9 % en 2018. Dans plus d’un tiers des pays de la région, elle devrait dépasser 5 %, a rappelé le natif de Soweto. Un élément clé de la stratégie de SBG sera d’accroître sa présence numérique pour tirer parti de cette croissance.

Le rythme d’adoption du numérique en nette accélération

La banque a ainsi lancé des banques exclusivement numériques au Botswana, en Zambie et au Zimbabwe en juin, puis au Nigeria en septembre. Elle a déployé des offres numériques en Ouganda, en Tanzanie, au Ghana et au Kenya au premier trimestre de cette année, et en Côte d’Ivoire en 2018.

« Le rythme d’adoption du numérique par les clients sud-africains de la banque de détail et de commerce s’est accéléré pour atteindre 99 % en volumes de transactions, soit un total de 1 milliard de transactions » au premier semestre 2019, s’est félicité en août Arno Daehnke.

Selon le directeur financier de SBG, « les comportements et les attentes des clients ne sont pas différents dans les autres pays d’Afrique où 92 % de l’activité transactionnelle des particuliers se déroule désormais en dehors d’une succursale ». Conséquence de cette hausse des transactions hors réseau, en juin, SBG a augmenté de 91 à 104 le nombre prévu de fermetures d’agences en Afrique du Sud, à la suite de quoi plus de 1 200 employés pourraient perdre leur poste.

La numérisation est cependant une arme à double tranchant, avertissent certains spécialistes du secteur. Selon un rapport de PwC, la banque de détail en Afrique du Sud devrait connaître une « hausse significative » de la concurrence en raison de la numérisation.

Le cabinet d’audit et de conseil affirme que les nouveaux entrants du numérique en Afrique du Sud ne sont pas contraints par les systèmes d’exploitation existants et seront en mesure d’établir un « avantage presque inattaquable » dans la banque universelle puisqu’ils sont en mesure de lancer de nouveaux produits en à peine 3 à 6 mois, quand les banques traditionnelles mettent souvent entre 12 et 24 mois pour lancer de nouveaux produits, selon PwC. L’un des nouveaux acteurs du numérique en Afrique du Sud, TymeBank, vise un million de clients d’ici à la fin de 2019.

Pour SBG, la stratégie numérique a également pour objectif d’approfondir les liens commerciaux et financiers avec la Chine

Pour SBG, la stratégie numérique a également pour objectif d’approfondir les liens commerciaux et financiers avec la Chine. En juin, ICBC, actionnaire minoritaire de SBG, a lancé Africa China Agent Proposition, un mécanisme qui relie les importateurs africains et les exportateurs chinois pour s’approvisionner auprès de partenaires de l’empire du Milieu, tout en atténuant les pressions sur leurs flux de trésorerie.

Les fournisseurs chinois peuvent obtenir une lettre de crédit pour le partenaire chinois de Standard Bank, ICBC, qui leur permettra de fournir des marchandises avant paiement. Selon Manessah Alagbaoso, responsable de l’intégration Afrique-Chine de Standard Bank, les accords actuels selon lesquels les importateurs en Afrique doivent payer leurs fournisseurs avant que les marchandises ne soient expédiées sont insoutenables pour les entreprises africaines.

Standard Bank investit également dans de plus petites entreprises de technologie financière afin de se tenir informé des innovations dans le secteur. En août, il a acquis une participation non divulguée dans la start-up Nomanini, qui relie les commerçants du secteur informel, leurs clients et les banques. En octobre 2018, il avait également investi dans Founders Factory Africa, qui se concentre sur l’incubation de start-up de la fintech à travers le continent et qui a annoncé ses cinq premiers investissements en juin.

Malgré les promesses du numérique et des filiales africaines, le marché sud-africain reste essentiel pour la performance financière de Standard Bank. Comme le souligne Bradley Preston, les banques sud-africaines ont démontré qu’elles peuvent continuer à générer des bénéfices – même faibles – dans un contexte économique difficile.

Mais, pour faire mieux que cela, un meilleur environnement est nécessaire. « Pour se développer rapidement, ces groupes auront besoin d’une hausse de la confiance des entreprises, de la croissance économique et des octrois de crédit. » À l’heure actuelle, il y a peu de signes d’un tel changement transformationnel.

Le pays est sur un meilleur chemin depuis l’élection de Ramaphosa

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa doit marcher sur une corde raide entre, d’une part, la pression populaire pour une expropriation sans compensation des grands propriétaires terriens et, d’autre part, les craintes des investisseurs internationaux.

Un rapport sur la question agraire, rédigé par un comité interministériel dirigé par le vice-président David Mabuza, a été présenté en juin. Selon Indigo Ellis, analyste Afrique chez Verisk Maplecroft à Londres, Sim Tshabalala, patron de la SBG, a raison de souligner que le renforcement des droits de propriété est une condition préalable à la croissance soutenue de l’Afrique du Sud. « Nous ne nous attendons pas à ce que l’Afrique du Sud renforce les droits de propriété au cours des deux prochaines années, mais au contraire qu’elle confirme leur lente dégradation, en particulier en ce qui concerne la réforme agraire », regrette l’analyste.

Cyril Ramaphosa, après avoir été réélu président, sans surprise, par le Parlement sud-africain, le mercredi 22 mai 2019.

Cyril Ramaphosa, après avoir été réélu président, sans surprise, par le Parlement sud-africain, le mercredi 22 mai 2019. © AP/SIPA

De son côté, Christopher Marks, responsable des marchés émergents chez Mitsubishi UFJ Financial Group, estime que l’Afrique du Sud n’est pas au bord du précipice. Il rappelle que Moody’s conserve une perspective stable sur la note souveraine du pays et qu’elle doit être d’abord rabaissée à « négative » avant une dégradation. « Moody’s a été très patient avec Ramaphosa et fait de son mieux pour lui accorder le bénéfice du doute », souligne-t-il.

Les banques ont résisté à la tempête Zuma, et elles ne peuvent que mieux faire sous Ramaphosa

Indépendamment des décisions de Moody’s, d’autres observateurs notent que l’Afrique du Sud est sur un meilleur chemin depuis le départ de l’ancien président Jacob Zuma, en février 2018. Les banques « ont résisté à la tempête Zuma, et elles ne peuvent que mieux faire sous Ramaphosa », analyse Paul Hollingworth. Mais si Moody’s déclasse l’Afrique du Sud, il y aura un « exode » des investisseurs, selon l’expert, même si la perte d’une note de crédit de bonne qualité « ne serait pas la plus grande surprise au monde ».

Toutefois, une baisse de la notation pourrait profiter à Standard Bank et à l’économie sud-africaine à long terme. Une réduction « ferait pression sur le président Cyril Ramaphosa pour qu’il tienne ses promesses. Cela pourrait encourager le gouvernement à être encore plus actif et engagé dans la réforme économique », affirme Paul Hollingworth. Dans ce cas, le prix à payer pour Standard Bank en matière de coûts de financement pourrait en fin de compte valoir la peine.

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