Politique

Yémen : Abdelmalek al-Houthi, le chef rebelle qui tient tête à l’Arabie saoudite

Des manifestants affichant leur attachement au leader du soulèvement yéménite, Abdelmalek al-Houthi, à Sanaa, le 10 septembre.

Des manifestants affichant leur attachement au leader du soulèvement yéménite, Abdelmalek al-Houthi, à Sanaa, le 10 septembre. © MOHAMMED HUWAIS/AFP

Si son nom fait aujourd’hui trembler les marchés pétroliers, la personnalité et le parcours du chef rebelle restent à bien des égards méconnus.

Secret, insaisissable : rares sont les journalistes qui peuvent se targuer d’avoir interviewé Abdelmalek al-Houthi. L’homme qui fait vaciller l’équilibre régional en visant les sites pétroliers saoudiens rechigne à s’exprimer dans la presse internationale. « On ne le voit jamais à Sanaa, où il se fait représenter. Lui reste dans son fief de Sada », affirme Linda al-Obahi, qui a pris part en tant qu’observatrice à la Conférence de dialogue national lancée en 2013.

Sans doute ce chef tribal des montagnes yéménites n’imaginait-il pas, au début de son combat, en 2004, qu’il allait accaparer à ce point l’attention. En 2015, on ne donnait pas cher de sa peau face à l’armada de la coalition menée par l’Arabie saoudite. Mais quatre ans, une crise humanitaire et des dizaines de milliers de morts plus tard, le royaume est toujours enfoncé dans le bourbier yéménite. Et la coalition de neuf pays a considérablement fondu.

Menace directe

Pis : avec la multiplication des attaques sur le territoire saoudien, les Houthi ont démontré qu’ils pouvaient constituer eux-mêmes une menace directe pour leur puissant voisin. Le soutien de l’Iran a été décisif pour rééquilibrer le rapport des forces face à l’Arabie saoudite. Cette dernière avait entrepris en 2012 de réinstaller le président Hadi, après le départ d’Abdallah Saleh. Deux ans plus tard, la capitale Sanaa tombait entre les mains des Houthi.

C’est un sayyed, un descendant du Prophète, issu d’une lignée de seigneurs zaydites chiites qui a longtemps régné sur la région

Mais l’histoire d’Abdelmalek al-Houthi n’a pas commencé avec le « printemps yéménite ». C’est un sayyed, un descendant du Prophète, issu d’une lignée de seigneurs zaydites chiites qui a longtemps régné sur la région. S’estimant marginalisés au cours de l’évolution du Yémen – de l’unification du pays, en 1990, au Yémen post-Saleh – , les Houthi lancent l’insurrection zaydite en 2004. Le frère d’Abdelmalek, Hussein, est le fer de lance de la rébellion, avant d’être tué la même année. Le père, le vieux Badreddine, désigne alors son benjamin, Abdelmalek, comme chef du mouvement.

Mise en scène

Âgé alors de 25 ans, et destiné à une carrière religieuse, il est encore un garçon timide, plus intéressé par la poésie que par les armes. « Il a bénéficié de la popularité de son frère. Lui apparaissait comme quelqu’un de plutôt inexpérimenté », explique Linda al-Obahi.

Il n’en tient pas moins tête à l’armée, même si le bruit de sa mort circule à plusieurs reprises. Il réapparaît chaque fois sur une vidéo relayée par Al-Massirah, la chaîne TV toute consacrée à sa cause, dans une mise en scène qui rappelle un autre leader chiite. « Il essaie vraiment de s’inspirer du style de Hassan Nasrallah [le chef du Hezbollah] », souffle un familier du Yémen.

Un seigneur de guerre ? Ou un homme lige de plus de l’Iran dans la région ? « Les Yéménites sont très habiles pour utiliser leurs soutiens régionaux au service de leurs propres objectifs locaux », rappelle Farea al-Muslimi, directeur du Sanaa Center for Strategic Studies.

« En revendiquant les attaques contre l’Aramco, les Houthi veulent montrer qu’ils peuvent rivaliser avec les Saoudiens. L’objectif est de forcer Riyad à des négociations directes », conclut Linda al-Obahi.

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