Politique

Mozambique : face à Filipe Nyusi, Ossufo Momade parviendra-t-il à bousculer un scénario écrit d’avance ?

DR / JA

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À l’occasion de la présidentielle du 15 octobre, et pour la première fois depuis sa création, la Résistance nationale mozambicaine (Renamo) ne sera pas représentée par son leader historique, Afonso Dhlakama. Décédé subitement en mai 2018, il avait été aussitôt remplacé par Ossufo Momade. C’est donc ce dernier qui affrontera Filipe Nyusi, le chef de l’État sortant.

Momade, 58 ans, parviendra-t-il à bousculer un ­scénario qui, depuis les années 1990 et l’avènement du multipartisme, paraît écrit d’avance ? Cinq fois candidat à la présidentielle, Dhlakama n’était en effet jamais parvenu à éroder les positions du Front de libération du Mozambique (Frelimo), au pouvoir depuis 1975.

Après chaque élection, il avait contesté les résultats officiels, allant jusqu’à reprendre les armes en 2013. Puis, il avait fini par enterrer la hache de guerre. Le 6 août dernier, c’est d’ailleurs dans les montagnes du Gorongosa, où il vécut caché pendant de longues années, que le Frelimo et la Renamo ont enfin conclu un accord de paix.

Luttes intestines à la Renamo

En dépit de cet accord, et même s’il paraît le mieux placé des trois opposants qui ­défieront Filipe Nyusi dans les urnes, Ossufo Momade est fragilisé par des luttes intestines. Le 18 septembre, l’une des factions dissidentes de la Renamo a revendiqué deux attaques dans la province de Manica (centre du pays). Son chef, le ­lieutenant-général Mariano Nhongo, ne reconnaît pas l’autorité de Momade et menace par ailleurs de poursuivre les ­hostilités si le scrutin est maintenu. « Si le gouvernement suspend la campagne et reporte l’élection, nous ne tirerons plus un seul coup de feu », a-t-il déclaré.

Doit-on prendre ces déclarations au sérieux ? « Difficile à dire », répond Sérgio Chichava, chercheur à l’Institut des études sociales et économiques de Maputo, pour qui ces accès de violence reflètent surtout la crise interne à la Renamo. Certains reprochent à Momade – comme jadis à Dhlakama – de s’être laissé « acheter » par le Frelimo. D’autres craignent qu’il ne néglige leurs intérêts : « Ossufo Momade [originaire de la province de Nampula, dans le Nord] essuie les critiques des proches de Dhlakama, qui viennent majoritairement du centre du pays et se sentent marginalisés », précise Chichava.

Un Frelimo affaibli

Face à la Renamo, le Frelimo n’est guère plus fringant. À la présidentielle de 2014, son candidat, Filipe Nyusi, n’avait été désigné que tardivement. Et il n’avait obtenu que 2,8 millions de voix, alors que son parti revendiquait 4,2 millions d’adhérents. Aujourd’hui à la tête d’un Frelimo affaibli et miné par la corruption, Nyusi peine à défendre son bilan alors qu’une dette colossale (près de 130 % du PIB) entrave la croissance du Mozambique.

Momade peut-il en profiter ? Cela paraît peu probable, d’autant qu’une fois de plus les accusations de fraude se multiplient. L’opposition soupçonne ainsi le Frelimo de manipuler le recensement de la population en âge de voter dans la province de Gaza, son bastion du Sud. Mais, pour la Renamo, l’enjeu est peut-être ailleurs. L’accord de paix a ouvert la voie à la décentralisation. Désormais, les Mozambicains éliront leurs gouverneurs, jusque-là nommés par Maputo. À l’occasion de ce scrutin, qui aura également lieu le 15 octobre, la Renamo pourrait s’imposer dans certaines grandes circonscriptions du Nord et du Centre.

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