Livres

« Africa Connection », enquête sur le coût du crime organisé pour le continent

L’auteur, Laurent Guillaume, à droite, en compagnie de policiers maliens, en 2016.

L’auteur, Laurent Guillaume, à droite, en compagnie de policiers maliens, en 2016. © Sutikno GINDROZ

Dirigé par le consultant Laurent Guillaume, « Africa Connection » est un ouvrage informé sur les réseaux et trafics illégaux en Afrique.

« Ceci est une façon de tirer la sonnette d’alarme : le crime organisé peut vite devenir une véritable catastrophe pour l’Afrique. » Laurent Guillaume, aujourd’hui consultant pour le bureau des Nations unies contre la drogue et le crime, situé à Dakar, s’est formé dans les services d’enquête de plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest.

Il aborde l’urgence du sujet dans un ouvrage collectif : Africa Connection. Plusieurs chercheurs spécialisés s’y trouvent réunis autour d’un seul mot-clé : criminalité. Le livre se révèle un véritable guide des réseaux africains illégaux, qui représentent un puissant empire économique souterrain. À chaque article correspond un thème : trafic de drogue, d’armes ou d’êtres humains. Objectif : analyser les effets désastreux sur les dynamiques politiques et sociales du continent.

« Lorsque l’on parle de crime organisé, on pense aux mafias italo-américaines, de Lucky Luciano à Al Capone, en passant par Meyer Lansky. Mais il s’agissait de structures pérennes, solides et hiérarchisées suivant des business models dépassés », rappelle Laurent Guillaume, auteur d’un chapitre consacré au trafic de stupéfiants, décrit comme l’un des plus déstabilisateurs.

« Le narcotrafic alimente de cruels conflits, fait tomber des États, appauvrit les populations… », résume-t-il. C’est là le fil rouge d’Africa Connection : le crime organisé est avant tout un problème de géopolitique. Si son impact en Afrique est peu pris en compte lorsqu’il s’agit d’analyser les conflits, ce sont ces trafics qui permettent aux groupes terroristes et jihadistes de proliférer. « Ces groupes ne peuvent pas prospérer dans un État fort : le crime organisé se nourrit de la corruption des élites. »

« Africa Connection. La criminalité organisée en Afrique », sous la direction de Laurent Guillaume, La Manufacture de livres, 258 pages, 18,90 euros.

Fraternités

L’exemple des criminels nigérians revient sans cesse. Depuis les années 1970, « le crime organisé nigérian ne cesse de prendre de l’ampleur » en s’étendant bien au-delà des frontières du pays. Pourtant, personne n’a l’air de s’en alarmer. Une sous-estimation qui pourrait coûter cher.

« Il existe une forme de mépris envers le crime organisé africain. Comme si cela ne nous concernait pas, comme s’il était moins dangereux ou moins structuré », constate Laurent Guillaume. Mais selon lui : « Les Nigérians sont en ce moment les mieux adaptés à la globalisation. Ces fraternités exploitent la diaspora et sont ainsi indétectables. »

L’Afrique de l’Ouest et ses frontières poreuses ont longtemps servi de lieu de passage de la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud et à destination de l’Europe. Elle devient désormais un lieu de production et de consommation pour les nouvelles drogues. C’est le cas de la méthamphétamine, dont des laboratoires locaux ont été démantelés au Nigeria – d’autres pays sont soupçonnés d’en abriter, comme le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Mali, le Togo et le Bénin.

Accessible à chacun dans les prétendues « pharmacies par terre », présentée sous forme de pilules colorées à 50 F CFA (0,07 euro), cette drogue se répand parmi la population la plus paupérisée. « Lors d’une formation, un membre de l’unité de lutte contre le trafic de drogue s’est rendu compte qu’il en faisait usage, alors qu’il pensait utiliser un médicament. Voici pourquoi je répète que le démantèlement de ces réseaux ne peut plus attendre. »

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