Politique

[Tribune] Sida, tuberculose et paludisme : le fonds mondial vu d’Afrique

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Directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), à Paris.

Le président Emmanuel Macron a annoncé que l'objectif des 14 milliards de dollars avait été atteint pour lutter contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Le président Emmanuel Macron a annoncé que l'objectif des 14 milliards de dollars avait été atteint pour lutter contre le sida, la tuberculose et le paludisme. © The Global Fund to Fight AIDS, Tuberculosis and Malaria

L’Afrique subsaharienne est la région du monde la plus éprouvée par les trois pandémies auxquelles est consacré le Fonds mondial : le sida, la tuberculose et le paludisme. C’est donc en toute logique que les trois quarts de ses financements sont affectés à cette partie du continent.

Aussi, la 6e Conférence internationale de reconstitution des ressources du Fonds mondial, qui s’est tenue à Lyon le 10 octobre, y a été très suivie. Au cours de cet événement, accueilli cette année par la France, les promesses de dons ont atteint l’objectif minimal fixé par le directeur exécutif du Fonds, Peter Sands : collecter 14,02 millions de dollars pour les trois années à venir.

Sur le terrain africain, la baisse de 38 % de la mortalité entre 2000 et 2017 est la preuve que cette dynamique internationale a produit des résultats incontestables. Cependant, les procédures comptables et administratives imposées par le Fonds mondial posent problème. Le Nouveau Modèle de financement (NMF) mis en place en 2014 est drastique pour les Instances de coordination nationales.

Casse-tête pour les uns, instrument de pouvoir pour ceux qui le maîtrisent

Réunissant toutes les parties prenantes qui rédigent la demande de subvention sous la forme d’une « note conceptuelle », ces instances de délibération sont aussi le siège de la domination du « fichier Excel ». Casse-tête pour les uns, instrument de pouvoir pour ceux qui le maîtrisent, il est devenu, aux yeux des acteurs de la société dite civile, notamment le symbole du règne des procédures sur la réflexion politique.

Dans ce registre, c’est la zone Afrique de l’Ouest et Afrique centrale – où par exemple six pays affichent des taux d’absorption des fonds inférieurs à 70 %, ce qui a des conséquences sur la proportion de patients sous traitement – qui connaît les moins bons résultats. Alors que 67 % des patients éligibles aux ARV sont sous traitement en Afrique de l’Est et en Afrique australe, la zone Afrique de l’Ouest et Afrique centrale fait chuter le pourcentage général de couverture du continent à 34 %.

Solidarité internationale

L’intervention des financements bilatéraux américains, supposés être complémentaires de ceux du Fonds, induit une modification des perspectives, notamment dans les pays francophones. La Côte d’Ivoire connaît une situation inédite, où les financements du programme américain (le Pepfar) représentent 78 % de ces ressources internationales contre les trois pathologies, contre 15 % pour le Fonds. Le Cameroun se situe dans ce sillage avec une entrée en force du Pepfar dans un champ, qui était surtout l’apanage du Fonds mondial.

Celui-ci continue de représenter le plus spectaculaire des instruments de solidarité internationale de l’histoire de la santé publique. Il constitue aussi un prisme par lequel se lisent les rapports de force internationaux, les compétitions nationales, et la mainmise du management sur les discussions et les décisions des États, dont la fragilité, pour certains, ne sert pas la cause de leur souveraineté.

Le Fonds mondial vu d’Afrique : Les instances de coordination nationale, entre réseaux transnationaux et rapports de pouvoir (Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Cameroun)

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